Equipe Nationale
Un regret collectif
Il est des défaites avec les honneurs et il y est celles qui laissent des traces, ternissent une réputation et soulèvent davantage de questions que de réponses.

L’élimination de l’EN par la Suisse appartient incontestablement à cette seconde catégorie. Plus qu’un échec, elle révèle les failles d’un projet qui semblait pourtant nourrir de grandes ambitions. Face aux Helvétiques, les Verts ont livré une prestation globalement décevante, incapable de trouver le rythme nécessaire pour rivaliser avec un adversaire mieux organisé. Alors, comment une sélection aussi talentueuse a-t-elle pu sombrer de la sorte ? Qui porte la responsabilité de cette faillite collective ? Le sélectionneur national, les joueurs, les responsables ou l’ensemble d’un système qui accumule les dysfonctionnements depuis des années ? C’est sûr, Vladimir Petkovic porte une grande part de responsabilité en raison des choix discutables et la gestion des moments décisifs. Quatre matches, quatre compositions différentes, aucune identité de jeu. Petkovic a voulu adapter les joueurs à son plan de jeu, pas le plan aux joueurs. Comme s’il était encore à la recherche du système parfait. Exemple : neuf buts encaissés, des lacunes défensives à la pelle, le sélectionneur national n’a pas touché à sa défense. Avec les résultats positifs, cela est devenu un problème d’arrogance et non pas d’incompétence. Ce bilan devra être assumé par le coach national, car il reflète la réalité du terrain. Mis à part le résultat, c’est la manière qui interpelle. Une équipe sans âme, sans véritable identité de jeu, incapable de répondre aux exigences du haut niveau. L’heure n’est plus aux justifications, mais à une analyse lucide et objective. Car un tel ratage ne peut être considéré comme un simple accident de parcours : il impose une remise en question profonde afin d’éviter que ce nouvel échec ne devienne le symbole d’un déclin plus durable. Cette sortie de route ne peut être imputée aux seuls joueurs ou au staff technique. Une partie de la presse sportive porte également une responsabilité dans le climat qui a entouré cette campagne. A force de diffuser un discours défaitiste, certains ont fini par installer l’idée que l’en n’était pas en mesure de rivaliser avec les grandes nations de football, affectant aussi bien le public que l’environnement de la sélection. Résultat ? Plusieurs joueurs surmédiatisés avant la compétition n’ont finalement pas répondu aux attentes. Choix de Petkovic Tout le monde est unanime pour dire que Vladimir Petkovic a échoué dans sa mission de mettre sur pied une équipe cohérente et de lui donner une identité de jeu claire. La raison ? Le sélectionneur national s’est obstiné dans ses choix tactiques et techniques incompréhensibles, ce qui directement a influé négativement sur le rendement des joueurs et les résultats de l’équipe ainsi que les fréquents changements dans l’équipe-type. D’un match à l’autre, le coach modifie son onze de départ, empêchant le collectif de trouver les automatismes indispensables au plus haut niveau. Autres décisions contestées : En défense, le choix de Mandi suscite de nombreuses interrogations compte tenu des prestations peu convaincantes du défenseur de Lille. Alors à quoi a servi la convocation des Chergui, Belaid, Abada et l’absence de Touba. La confiance renouvelée à Zerrouki, dont les performances n’ont surpris plus d’un, reste un autre point d’interrogation. Aussi, le choix d’aligner Maza en pointe, dans un rôle de faux numéro neuf, un poste inhabituel pour le jeune du Bayer Leverkusen. Ce repositionnement a considérablement réduit l’impact de Maza dans le jeu des ‘Verts’. Petkovic a-t-il réellement exploité pleinement le potentiel technique de ses joueurs ? La question reste posée dans la mesure où face à la Suisse, l’équipe-type alignée a suscité une profonde incompréhension ce qui a provoqué le courroux du public algérien. Attribuer tout l’échec du football algérien à Petkovic, c’est refuser de voir la réalité en face. Un sélectionneur est là pour choisir les meilleurs éléments disponibles et construire l’équipe la plus compétitive, il n’est pas responsable par exemple de la formation. Quelles réformes pour éviter d’autres échecs ? Une nouvelle ère s’ouvre pour l’équipe nationale. Si cette élimination est restée en travers de la gorge des supporters algériens, elle doit surtout servir d’électrochoc. L’heure est venue pour établir un bilan et tirer les enseignements de ce ratage afin de reconstruire sur des bases plus solides. Le temps du renouveau semble avoir sonné au sein de l’en. La première question concerne naturellement l’avenir du sélectionneur national. Au-delà du cas du coach, d’autres questions s’imposent : quel rôle joue réellement la DTN, censée définir et piloter la politique de développement du football algérien ? Quelles réformes engager pour éviter d’autres échecs ? Autant d’interrogations qui tiennent en haleine les fans algériens en attendant des décisions fortes pour relancer durablement l’équipe nationale. Car, cela ne sert à rien de changer et garder le système, ce qui va nous amener aux mêmes regrets. Le problème est plus profond et ne se règle pas en limogeant un entraineur ou en écartant des joueurs. Jusqu’à quand allons-nous compter sur la loi Bahamas pour s’imposer à l’échelle internationale ? Les véritables interrogations doivent être adressées aux clubs, principaux acteurs de la formation qui bénéficient des budgets colossaux sans que cela ne se traduise par l’émergence d’un nombre suffisant de talents capables d’alimenter durablement les sélections nationales. Aussi, est-il concevable d’investir des milliers de milliards de centimes dans le football sans être capable de former un gardien de but répondant aux standards internationaux et aux exigences du haut niveau ? Cette interrogation dépasse le simple poste de gardien. Elle pose la question de l’efficacité de notre politique de formation et de la pertinence des investissements consentis. Légende de l'image