Un petit goût d’American Dream au centre commercial
Drapeaux et musique tonitruante: des supporteurs équatoriens célèbrent leur joie d’être à la Coupe du monde. «Que la fête commence!», lance un animateur.

Sauf qu’au lieu d’être dans un bar ou un stade, c’est dans le cadre plus improbable d’un immense centre commercial du New Jersey qu’ils se sont retrouvés: l’American Dream, l’un des plus grands des Etats-Unis. Faute d’un autre endroit pour célébrer après avoir fait le trajet depuis New York jusqu’au MetLife Stadium, les supporters font la fête au milieu des boutiques et des attractions: parc aquatique, laser games et montagnes russes. «C’est surprenant, mais c’est très américain», témoigne Samir Rodriguez, 29 ans, venu de Quito. «En Amérique latine on ne vit pas le football comme ça. On va directement au stade ou dans la rue», ajoute-t-il, debout à côté d’une vitrine exposant des montres pouvant coûter jusqu’à 1.495 dollars. Il s’est laissé séduire par l’ambiance en sirotant une canette de Coca-Cola offerte, parmi la douzaine qu’il a mise de côté pour les partager avec sa famille. La marque a aussi organisé un concours de tirs au but qui a attiré une file de supporters. A la clé: une écharpe ou une casquette. Pizzas et hamburgers Parmi les gagnants figure l’épouse d’Eduardo Alban, dont la frappe en pleine lucarne a été applaudie par les spectateurs. «C’est vraiment enthousiasmant d’être avec tous ces supporters», confie cet administrateur d’entreprise venu de Quito, âgé de 50 ans, vêtu du maillot jaune de l’équipe. S’étendant sur près de 280.000 mètres carrés, l’American Dream dépasse largement en superficie le MetLife Stadium, à une quinzaine de minutes à pied. Profitant de sa proximité avec l’enceinte, le centre commercial cherche à attirer les supporters avec des retransmissions de matchs, des concerts et d’autres animations liées à la Coupe du monde. Mais beaucoup expliquent s’y être retrouvés presque par hasard, après avoir fait le déplacement plusieurs heures avant le coup d’envoi. Dans un espace du centre, un groupe de supporters équatoriens dispute une partie de mini-golf sur un parcours inspiré du jeu vidéo Angry Birds, faisant rouler des balles multicolores entre les obstacles. D’autres font la queue pour payer dix dollars à des employés du centre commercial portant des gilets floqués «Face Painter», avant de prendre des selfies avec les joues peintes aux couleurs de leur sélection. Biergarten improvisé Et tandis que des chansons de Calvin Harris et Sean Kingston résonnent dans les haut-parleurs, beaucoup se retrouvent dans les espaces de restauration pour grignoter des classiques de la cuisine américaine: pizzas et hamburgers. Certains semblent déroutés par l’immensité du complexe, plusieurs d’entre eux s’adressant au personnel pour demander le chemin du stade. «C’est davantage un parc d’attractions qu’un centre commercial», tranche Michael Karg, 48 ans, supporter allemand, tout en parcourant la liste alphabétique des restaurants sur une borne numérique. «Je ne serais sans doute pas venu si la navette ne nous avait pas déposés ici, mais au final, c’est agréable», ajoute ce fonctionnaire, vêtu du maillot blanc de l’Allemagne. Lui et ses compatriotes sont rassemblés dans un espace habituellement utilisé comme patinoire, transformé pour l’occasion en une sorte de «biergarten» couvert, avec des bancs installés devant un écran géant. Pour Jens Jenuwein, originaire de Stuttgart, cette visite du centre commercial constitue une nouvelle aventure américaine après un trajet en bus scolaire jaune, réquisitionné par les autorités des transports pour acheminer les supporters depuis New York. «C’est très différent de ce qu’on connaît autour d’un match de football en Europe», raconte cet avocat de 48 ans. «Ici, tout est plus grand. Et on n’a pas cette association entre un stade de football et un centre commercial.