Le Caire
Une refonte des kiosques de rue coûteuse et contestée
Les kiosques du Caire, petites échoppes qui vendent aussi bien des cigarettes aux travailleurs pressés que des bonbons ou des cartes prépayées aux habitants et ...

Les autorités de la capitale ont lancé cette semaine un programme visant à uniformiser ces milliers d’épiceries miniatures, d’une surface de six à neuf mètres carrés, exploitées sous licence. Cette rénovation s’inscrit dans une série de projets visant à remodeler le paysage urbain du Caire, parfois au détriment du patrimoine architectural historique de la ville d’après leurs détracteurs. Selon le gouverneur du Caire, Ibrahim Saber, elle doit permettre d’enjoliver les rues tout en libérant de l’espace sur les trottoirs. Les gérants ont trois mois pour mettre en place le nouveau design, pour un coût qui oscille entre 50.000 et 60.000 livres égyptiennes (835 à 1.000 euros), une note astronomique pour ces petits commerçants. «C’est sûr qu’on a envie que la ville soit plus belle», concède Moamen Hassan, 27 ans, tout en vendant une recharge téléphonique à un client, dans son kiosque installé dans le quartier huppé d’Héliopolis. «Mais dans les quartiers plus pauvres, certains ne pourront pas assumer un tel coût. Ils n’auront pas d’autre choix que de fermer», s’inquiète-t-il. Pour alléger la charge, un dispositif d’aide a été mis en place: les exploitants peuvent verser un acompte de 25% du prix total, et régler ensuite le solde sur deux ans, sans intérêts. Façade crème et lettres d’or Un prototype des nouveaux kiosques a été présenté: avec sa façade couleur crème, ses inscriptions en lettres d’or et ses présentoirs marron foncé, le contraste est saisissant avec les modèles actuels, aux façades bigarrées surmontées de panneaux publicitaires, qui animent les rues du Caire. Dotées d’un extincteur et d’un compteur électrique, ils afficheront aussi un QR code, qui permettra au public et aux autorités d’accéder à des informations concernant la licence ou l’historique des paiements. Ces mini-boutiques, des «koshks» comme les appellent les locaux, font partie du paysage depuis des générations, nichées au pied d’immeubles vieillissants, à proximité des entrées du métro ou au bord d’imposants carrefours, à travers cette métropole tentaculaire. Souvent ouverts du petit matin jusqu’à tard le soir, quand les autres commerces sont fermés, ils sont devenus, dans de nombreux quartiers, des points de repère pour les riverains. «Je passe devant presque tous les jours», confie à l’AFP Sabrine Ahmed, étudiante de 19 ans. «Ca nous facilite la vie». La population s’y montre très attachée, dans un pays qui traverse une grave crise économique, marquée par plusieurs dévaluations de la monnaie nationale et des taux d’inflation annuelle à deux chiffres, frôlant parfois les 40%.