Dans une Libye divisée

Les professeurs unis dans une grève sans précédent

La rentrée scolaire n’a pas eu lieu en Libye, repoussée sine die dans le public par une grève des enseignants pour réclamer de meilleurs salaires, rare mobilisa...

Les professeurs unis dans une grève sans précédent
La rentrée, prévue au départ le 6 septembre, avait déjà été reportée au 13, les autorités affirmant que certains établissements étaient encore en maintenance. Des enseignants du public ont ensuite lancé un mouvement de contestation, rapidement rejoints par le syndicat du secteur. Bien que le pays soit partagé depuis des années entre autorités rivales dans l’est et l’ouest, la mobilisation s’est étendue à l’ensemble du territoire. Depuis, les portails des établissements publics sont clos, et plus de 1,6 million d’élèves, du primaire au lycée, privés de cours. Les enseignants du privé n’ont pas suivi le mouvement. «Les enseignants libyens souffrent», lance Fatima Ali, professeure à l’école Al-Kifah Al-Arabi, à Tripoli. Cette gréviste de 37 ans a manifesté mardi pour «réclamer ses droits, promis en 2018 (...), au même titre que les autres fonctionnaires dont les salaires ont été augmentés». Le «Mouvement des enseignants», comme il est désormais baptisé, a encore organisé une grande manifestation jeudi à Tripoli, devant le siège du gouvernement reconnu par l’ONU, dirigé par Abdelhamid Dbeibah. Il avait déjà rassemblé plusieurs milliers de personnes le 24 septembre devant la mairie de la ville, et annoncé le 27 septembre le lancement d’une «grève générale» jusqu’à satisfaction de ses revendications. Comme Fatima Ali, de nombreux enseignants battent régulièrement le pavé depuis la mi-septembre. De Tripoli à Benghazi dans l’est - fief de l’exécutif rival du puissant maréchal Khalifa Haftar - le mouvement s’élargit et les enseignants durcissent le ton, affirmant n’avoir aucune intention de se contenter de promesses. Vacances annulées ? Les enseignants veulent une «refonte de la grille salariale unifiée» pour tous les fonctionnaires de l’Etat, afin de garantir «une justice sociale et des conditions de vie dignes face à l’inflation», affirme à l’AFP Achraf Abou Raoui, porte-parole du Syndicat général des enseignants de Libye. Ils demandent aussi des arriérés d’allocations et une couverture médicale. Les salaires des fonctionnaires varient en fonction des secteurs. Le responsable syndical juge les disparités trop importantes, au détriment des enseignants. Le salaire d’un enseignant du public «est bloqué entre 1.000 et 2.500 dinars (soit entre 138 et 359 euros) mensuels», l’équivalent d’un loyer mensuel pour un appartement à Tripoli, déplore M. Abou Raoui. Selon les derniers chiffres du ministère de l’Education nationale emploie officiellement environ 600.000 fonctionnaires, qui se répartissent en 180.000 enseignants actifs et 420.000 personnels administratifs. Pour M. Abou Raoui, les enseignants actifs doivent bénéficier de meilleurs salaires. «La profession exige désormais des actes tangibles et des mesures concrètes», martèle-t-il, se félicitant d’une grève générale «suivie à 100%» selon lui. «D’habitude, ce sont les syndicats qui mobilisent les enseignants mais cette fois le mouvement est parti de la base», souligne-t-il. Mardi, le ministère de l’Education a dit envisager la possibilité de remanier le calendrier scolaire en supprimant ou repoussant des vacances pour «compenser le retard de cours» provoqué par la grève. Dans l’immédiat, il multiplie les réunions dans le but d’inclure les enseignants et le personnel administratif du secteur dans le programme de l’assurance-maladie, mais élude la question des salaires.