France
Le raï à l’honneur, 40 ans après
Il y a quarante ans avait lieu le «Festival de raï» de Bobigny, devenu depuis mythique.

Vendredi, la Maison de la culture de Seine-Saint-Denis fête cet anniversaire avec un spectacle évoquant l’arrivée en France de ce chant populaire d’Algérie et son immense succès dans les années 90. L’occasion de faire remonter sur scène Chaba Fadela et Cheb Hamid, qui participaient au festival en 1986. Ils sont invités aux côtés d’artistes de la nouvelle scène comme Meziane Amiche, Samira Brahmia - à la direction musicale de la soirée - et Cheikha Hajla qui chante dans les cabarets raï de France et d’Algérie. Janvier 1986: la foule déborde de la Maison de la culture de Seine-Saint-Denis (MC93) qui accueille pour la première fois en France les grands noms du raï algérien, tels Cheb Khaled et Cheb Mami. C’est le «Festival de raï», une soirée entrée dans l’histoire de cette musique en France. «Ca a été l’étincelle qui a allumé la mèche du raï en France, parce qu’après ces artistes sont restés, ont été programmés», explique à l’AFP Naïma Huber Yahi, spécialiste de l’histoire culturelle de l’immigration maghrébine en France, qui a conçu le spectacle. Cette musique n’arrive pas par hasard mais parce qu’»il y a une volonté artistique de ses promoteurs et un alignement des planètes favorable à son accueil», dit-elle. «C’est l’époque des grandes heures de la world music et de l’avènement médiatique des enfants d’immigrés après la marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983, qui a ouvert une séquence de bienveillance et d’intérêt pour l’avant-garde culturelle de la génération beur.» Cheb Khaled deviendra le premier artiste maghrébin à entrer au Top 50 au début des années 90 avec son tube «Didi». «On connaît toutes et tous ces musiques, on a peut-être dansé dessus dans une soirée, un camping (...) et aujourd’hui le récit de cette France multiculturelle nous rappelle que si on peut danser ensemble, on peut vivre ensemble», commente l’historienne. Durant la décennie noire (1992-2002) en Algérie, plusieurs chanteurs de raï ont été assassinés, tel Cheb Hasni tué en 1994. Puis la mode du raï s’est étiolée dans les années 2000 en France, le contexte ayant changé, avec «les rapports complexes du monde occidental avec le monde arabo-musulman» après les attentats du 11 septembre 2001, et la montée des esthétiques hip hop et rap, relève Naïma Huber Yahi. Il a également pâti de condamnations judiciaires de certaines de ses stars. Avant d’être remis au goût du jour, notamment en 2022 avec le succès de la star planétaire franco-algérienne DJ Snake, et d’être inscrit en 2022 au patrimoine immatériel de l’Humanité par l’Unesco.