Climat

La moule française rattrapée par la sécheresse et la canicule

Sa coquille noire a subi les canicules de plein fouet, la sécheresse l’a privée de nutriments: la moule a vu sa production amputée d’un quart cet été en France,...

La moule française rattrapée par la sécheresse et la canicule
Sa coquille noire a subi les canicules de plein fouet, la sécheresse l’a privée de nutriments: la moule a vu sa production amputée d’un quart cet été en France, selon les professionnels, qui envisagent l’avenir avec anxiété. Sur le littoral ouest, dans la baie de Pont-Mahé, des pieux de bois s’alignent à perte de vue sur l’estran, la partie alternativement couverte et découverte par la mer avec la marée. Le bateau de Gilles Foucher, mytiliculteur à Pénestin (Morbihan), glisse lentement entre les rangées, arrachant à l’aide d’une grue les moules de leurs pieux, avant de les décharger dans des caisses en plastique. «Nous avons beaucoup de petites moules sous taille, qui ne sont pas vendables», indique l’éleveur breton. Il estime son manque à gagner entre 20 et 25% de sa production habituelle, du fait de l’impact cumulé des canicules et de la sécheresse. A l’échelle de la France, les professionnels estiment leur perte «à un quart de la production», selon Philippe Le Gal, président du Comité national de la conchyliculture. Ces dernières années, la France a produit entre 49.000 et 66.000 tonnes de moules, selon le ministère de l’Agriculture. Au niveau européen, elle était en 2023 dans le top 3 des producteurs de moules, après l’Espagne et l’Italie. Toujours dans l’ouest, au nord de la Bretagne, dans la baie de Saint-Brieuc, le mytiliculteur Guillaume Hurtaud, évoque une année «catastrophique», avec entre 60 et 75% de perte de production sous l’effet conjugué d’attaques «massives» d’araignées de mer, du réchauffement climatique et de l’acidification de l’océan. Le CO2 émis par les activités humaines ne réchauffe pas seulement l’atmosphère: il se dissout également dans les océans et en change la composition chimique. L’eau de mer devient plus acide, et donc plus corrosive, compliquant la croissance des organismes calcaires, comme les moules ou les huîtres. «La moule est de plus en plus petite. Ca fait quatre ou cinq ans qu’on le voit vraiment», remarque M. Hurtaud qui se demande combien de temps il va tenir : «Ce n’est clairement pas rentable». Fabrice Pernet, avec d’autres chercheurs, étudie justement l’effet du réchauffement climatique sur la conchyliculture. «Quand il fait plus chaud, les moules consomment plus d’énergie. Et, en même temps, comme il ne pleut pas, il n’y a pas de sels nutritifs dans l’eau. Donc il y a moins de phytoplancton et elles s’alimentent moins», décrit ce chercheur à l’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer (Ifremer). «Donc la balance énergétique leur est plutôt défavorable». Dans des conteneurs à l’entrée de la rade de Brest, baignée par l’océan Atlantique et dans l’étang de Thau, sur la Méditerranée, ils simulent le réchauffement (+1°C à +3°C) et l’acidification de l’océan prévus d’ici à 2100. L’an dernier, les scientifiques avaient prédit un «effondrement total» de la production de moules en Méditerranée avec les conditions climatiques attendues en 2050, dans une étude publiée par la revue Earth’s Future. Avec les canicules à répétition des derniers mois, l’effondrement a eu lieu dès cet été dans l’étang de Thau, dans le sud. «On a eu 100% de mortalité: on a perdu tout notre élevage de moules dans les conditions ambiantes», c’est-à-dire sans ajout de CO2 ou de chaleur, souligne-t-il. Les moules placées dans les conditions attendues en 2050 (+1°C) sont mortes seulement trois semaines plus tôt. «On est rattrapé par le climat», constate-t-il.