ZERDA !
Il était une fois ! Un tout petit village de l’Est algérien.
Chaque année, mi-mai, on célébrait la «Zerda» d’un saint homme de la région. De toutes parts de la région, et même d’au-delà des mers, des familles entières se rassemblaient durant toute une journée et, parfois, deux ou trois. Une journée chargée d’une récitation de la fatiha prononcée sur la tombe du saint homme (en fait, un ermite, un grand sage, ni M’rabet ni chef de zaouia, versé dans l’apprentissage du Saint Coran, tout en étant un propagateur d’idées contestataires de la présence coloniale ce qui lui avait valu, un «exil» forcé dans le Sud algérien), mais aussi et surtout chargée de retrouvailles familiales, de chants et de danses religieux, d’échanges commerciaux , de fiançailles, de pardons et de réconciliations. C’était aussi le moment d’une grande «Wâada» consacrée par l‘abattage de dizaines de bêtes dont la viande était par la suite, partagée, entre les populations présentes pour une somme dérisoire. Bref, une rencontre sur fond religieux doublée d’une «kermesse» populaire (il est vrai qu’il y avait moins de rencontres de foot et encore moins de «prêcheurs» en eau trouble). Des «fêtes» comme on en voit, aujourd’hui encore, dans les pays du pourtour méditerranéen (exemple des «sagras» italiennes). Tout cela a été «effacé» durant les années du socialisme populiste des années 60, relancé dans les années 70 et 80 puis «re-effacé» durant la décennie noire des années 90. Aujourd’hui seules ont échappé, à la moulinette des intégrismes, et sans être formellement interdites, quelques «waâdate» en grande Kabylie et à l’Ouest du pays et au Sud du pays, tourisme obligeant. La fête populaire pacifique et conviviale et réconciliatrice s’est ainsi retrouvée remplacée par les meetings politiques et par les prêches religieux encadrés. Depuis peu, la tradition revient -surtout au Centre et à l’Ouest du pays ainsi qu’au Sud- à la ««Une» permettant aux populations locales, ne serait-ce que le temps d’une journée, d’échapper aux stress multiples rencontrés durant les autres moments d’une vie de plus en plus dure. Ailleurs, le re-démarrage est bien moins facile, sinon inexistant. Et c’est dommage. Pour la solidarité. Pour la convivialité et, surtout, pour la sécurité collective car une fête populaire, comme une «zerda» (ou une «wâada»), «défouloir» sociétal et/ou médication contre le pessimisme, ne peut que renforcer les sentiments d’appartenance et de solidarité à une famille, à une région, à une société, à un peuple. Du «pain sur la planche» pour les associations locales et régionales de jeunes (et pour le nouveau «Forum des Jeunes», nouvellement créé) qui pourraient aider à relancer la tradition en la mettant au service de la solidarité, de la convivialité, de la joie, mais «émancipée» des discours mortifères et «reponsabilisateurs». Après le concours du village le plus propre, le village le «plus festif» ! Avec deux grands gagnants: le tourisme intérieur local et surtout la joie de vivre ensemble. Pourquoi pas ?