Rendez-leur le Teppaz !

Même si la sensation est contre-intuitive car chaque jeune ne peut vivre sans l’oxygène de TikTok, il y a bien un retour des « objets culturels ».

La submersion numérique des jeunes, nous l'avions connue avant eux avec Internet et toutes les avancées technologiques précédentes. D’une manière générale, nous savons que l'humain, sans combattre l'innovation et le modernisme, crée une résistance avec l'âge et développe une nostalgie de ce qu'il croit avoir été meilleur dans les temps passés. Pourtant, la résistance n’est pas utile dans certains cas. L’explosion du numérique avait dissimulé une réalité que « l’objet culturel » persiste et même prend un essor inattendu ces dernières années. Si l’effet du retour concerne toutes les générations, il est particulièrement visible chez les plus jeunes. Les usagers veulent le retour à l’expérience sensorielle. Ils veulent toucher, matérialiser et fusionner avec l’effet tangible. Ce retour est mondial mais je donnerai essentiellement la référence française que je maîtrise le plus du fait de ma résidence. Il n’y a aucune raison que l’Algérie fasse exception. Commençons par le plus connu et le plus ancien, le disque vinyle qui connaît sa 19è année de progression. On pourrait croire que ce sont les papys qui font de la résistance avec les 45 et 33 tours de leur enfance. Pas du tout ! Près de 50 % des ventes sont le fait des personnes de moins de trente ans. Contrairement à ce qui avait été prédit, surtout avec la chute de la lecture, principalement du jeune public, le livre papier reste ultra-dominant avec 95 % des parts du marché et le livre audio a une grande difficulté à le détrôner. En 2026, sa progression n’a été que de 2,4 % en volume ce qui prouve la grande résistance du livre papier. Chose encore plus étonnante, la montée fulgurante des plateformes mondiales des offres cinématographiques n’a pas empêché un regain de la fréquentation des salles de cinéma. Soit une augmentation des entrées de 12 % entre 2025 et 2026. Dans ce cas, nous ne parlons donc plus de résistance mais de progression significative. Et pour l’exemple suivant, c’est encore plus inattendu. Nous avions cru que les jeux numériques pour les jeunes avaient pulvérisé les jeux de société dont on percevait la mort prochaine (à l’exception de certaines références comme le Monopoly). Eh bien non, les jeux traditionnels très anciens sont en progression constante, environ 8 % par an. 60 % des jeunes joueurs déclarent qu’ils retrouvent du plaisir (car pour les jeux, ils les avaient tout de même connus) à manipuler des cartes et des plateaux. Plus que le vinyle et le cinéma, le contact sensoriel est significatif puisque par nature le toucher dans ces jeux est une donnée essentielle. Pour le dernier que je vais citer, c’est beaucoup plus attendu car son regain est permanent dans le temps, par période qui sont assez courtes. Il s’agit de l’artisanat et des loisirs créatifs. Les raisons sont éternelles, on veut retrouver les savoir-faire artisanaux comme la poterie, la broderie ou les carnets créatifs. Et pour cette tendance de retour, ce sont paradoxalement toujours les jeunes qui les font revivre. Vous allez voir que les jeunes voudront écouter le 45 tours de la chanson « Souvenir, souvenir » de Johnny Hallyday sur un Teppaz. Les ringards !