Quand un mendiant donne à un autre mendiant
La scène qui a inspiré ce billet est véridique : un mendiant, qui venait de recevoir quelques pièces, n’a pas hésité à en partager une partie avec un autre mend...

La scène qui a inspiré ce billet est véridique : un mendiant, qui venait de recevoir quelques pièces, n’a pas hésité à en partager une partie avec un autre mendiant. Comment quelqu’un qui est lui-même dans le besoin peut-il venir en aide à un autre, tout aussi démuni ? Et pourtant, c’est précisément dans ce paradoxe que se révèle une vérité essentielle : la générosité ne naît pas de ce que l’on possède, mais de ce que l’on est. Nous vivons dans un monde où la valeur des choses se mesure souvent à leur quantité. Nous pensons que l’abondance précède le partage, qu’il faut d’abord avoir avant de pouvoir donner. Pourtant, l’expérience enseigne parfois le contraire. Certains possèdent beaucoup et ne donnent rien. D’autres n’ont presque rien et trouvent encore en eux assez d’humanité pour offrir un geste, une attention, un soutien. Le mendiant qui donne à un autre mendiant nous rappelle que la pauvreté matérielle n’est pas nécessairement la plus grande des pauvretés. Il existe une misère plus profonde encore : celle d’un cœur fermé, incapable de reconnaître, dans la main tendue de son semblable, le reflet de sa propre condition humaine. Oui, peut-être sommes-nous tous, chacun à notre manière, des mendiants. Les uns mendient de l’argent, les autres de la reconnaissance, de l’affection, du bonheur ou de la santé. Nous avançons dans l’existence avec nos manques visibles et invisibles, nos attentes et nos fragilités. Dès lors, donner ne consiste plus seulement à offrir ce que l’on possède en trop. Donner devient un acte de lucidité. C’est dire à l’autre : « Je comprends ton besoin parce que je connais le mien. » La grandeur d’un être ne se mesure donc pas à ce qu’il possède, mais à ce qu’il est capable de partager malgré ce qui lui manque. Et il arrive parfois que ceux qui possèdent le moins nous enseignent le mieux ce qu’est la véritable richesse.