Nous avons été Phaéton

Depuis quelques jours, nous sommes écrasés sous une chaleur qui semble venue du bas des enfers d’Hadès.

Je croyais que je vivais en France, je me retrouve sur cette route d’Oran à Saïda sur laquelle le souffle des flammes brûlait nos poumons et se moquait de nos fenêtres ouvertes. Bien au contraire, il s’y engouffrait davantage par un effet d’aspiration. La climatisation dans les voitures n’existait pas ou était encore naissante. Ce courroux s’est abattu sur notre terre par des records de températures jamais aussi élevées depuis le début de l’archivage par les centres de la météo. Et, comme souvent, je n’arrive pas à calmer ma colère contre ceux qui, même s’ils ne sont pas responsables directement, portent une lourde responsabilité pour avoir ralenti notre sortie vers la délivrance terrestre et humaine. Ah ces complotistes ! Ils sont arrivés au bord de ma capacité à comprendre, ils me fascinent, je n’ai plus de mots pour qualifier ceux qui prétendent que la terre est plate et que le réchauffement climatique est une manipulation des esprits par les scientifiques. Je n’arrive pas à les oublier et je reviens toujours à leur souvenir dans plusieurs chroniques. Violemment, ce réchauffement climatique vient pourtant de nous rappeler nos égarements à ne pas avoir suivi les avertissements du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) pour modifier nos comportements. Quant à la COP climat, une occasion internationale pour garnir les notes de frais de transport et de séjours des congressistes et des experts qui applaudissent des résolutions jamais respectées. Nous avons été le Phaéton de la mythologie. Demi-dieu, il est fils de la mortelle Clymène et du dieu Hélios, l’incarnation du soleil, Phaéton avait reçu la permission de son père de conduire le char du soleil pendant une journée pour éclairer et réchauffer le monde des mortels. Hélios lui avait cependant demandé de ne jamais s’écarter de sa nature hybride et de garder la raison pour ne pas se griser par sa partie divine. Mais Phaéton a perdu le sens de l’équilibre entre ses deux conditions, humaine et divine. À trop vouloir apporter la chaleur au monde terrestre par la fougue de son char, il avait oublié ses limites de mortel. Il s’approcha tellement de la terre qu’elle prit feu. Icare s’était brûlé les ailes en voulant voler pour rejoindre le ciel. Phaéton en a fait de même avec sa déraison mais cette fois-ci, c’est la terre qui brûle. L’humain avait cru vaincre et dominer la nature pour ses ambitions de croissance. Elles sont en vérité toujours légitimes depuis le départ de l’aventure humaine. Chauffer et éclairer le monde est une responsabilité du pouvoir du soleil, son père. Mais Phaéton a été présomptueux de sa force, il n’a pas trouvé une voie médiane et s’est laissé aller trop loin, trop vite et croire que sa science trouverait une solution d’équilibre entre sa force et celle de la nature. Il n’a pas compris la mesure de l’équilibre terrestre comme il avait oublié le sien. Phaéton, par sa prétention, eut de nouveau l’arrogance de s’en éloigner trop loin. Il plongea cette fois-ci la terre dans un gel mortel. Phaéton pensait ainsi avoir tous les pouvoirs, celui de la fougue et celui de la prétention de la corriger par la force divine. Le char de Phaéton est passé au-dessus de notre tête en ce mois de juin. Pour une fois nous avions eu l’espoir de voir cet écervelé faire un excès de vitesse pour qu’il s’éloigne mais il a été prudent et s’est promené avec lenteur pour y séjourner. Il n’avait pas écouté Hélios de ne voyager sur son char que pour une journée. Les jeunes n’écoutent décidément plus leurs parents ! Le pire est que parmi cette jeunesse, il y a certainement les germes d’un petit monde de complotistes. Ils sont partout, c’est désespérant !