Lorsque le patient s’accommode de sa douleur !!!
Toutes les douleurs ne se voient pas, et toutes les souffrances ne se racontent pas.
Que de personnes croisent les autres avec un visage serein, dissimulant derrière leur sourire une longue histoire de maladie et portant en elles des soupirs que nul n’entend. Le patient ne vit pas sa journée comme nous vivons la nôtre. Il s’éveille avec une question et s’endort avec une autre; entre le matin et le soir, il accompagne sa douleur tout comme un voyageur parcourt un chemin ardu dont il ignore l’issue. Il apprend à apprivoiser la souffrance, à composer avec les rendez-vous médicaux, l’odeur des hôpitaux, le silence des salles d’attente et les regards des proches qui tentent de dissimuler leur peur. Dans les moments de maladie, bien des choses changent dans la vie d’un être humain. Ce qui, la veille encore, allait de soi devient alors un vœu: marcher sans fatigue, dormir une nuit entière, manger sans douleur, se réveiller le matin en sentant que son corps n’est plus son adversaire. Comme il est cruel pour l’homme de devenir prisonnier de son propre corps, attendant de lui un instant de répit, une nouvelle rassurante ou le résultat d’un examen qui lui apporterait un peu de sérénité. Parfois, ce que le patient ne dit pas est plus pénible que la maladie elle-même. Il peut dissimuler sa peur à sa mère pour lui éviter de pleurer, à son père pour ne pas le voir s’effondrer, et à ses enfants pour qu’ils ne vivent pas une enfance empreinte d’angoisse. Il lui arrive aussi de sourire devant ses amis en disant: «Je vais bien», alors qu’au fond de lui, mille questions le taraudent quant à l’avenir. Le patient ne craint pas seulement la douleur, il redoute aussi l’inconnu. Le destin ne nous révèle pas ce qu’il nous réserve. L’homme traverse la vie avec sérénité: il planifie le lendemain, remet à plus tard certains de ses rêves et se dit qu’il a encore tout le temps devant lui… puis survient un instant unique qui bouleverse tout l’ordre des choses. Une maladie soudaine, un accident, une nouvelle médicale inattendue, ou simplement une douleur qui commence modestement avant de s’amplifier jusqu’à envahir une large part de la vie. C’est alors que l’on prend conscience d’une vérité souvent oubliée dans le tumulte du quotidien: la vie n’est la propriété permanente de personne, la santé est un bienfait dont on ne mesure la valeur que lorsqu’elle décline et le lendemain n’est pas une promesse qui nous est acquise, aussi sûrs soyons-nous, de le voir advenir. Combien de personnes ont planifié un voyage sans jamais partir, un projet sans jamais le commencer, une rencontre qui n’a jamais eu lieu, ou un rêve sans cesse remis à plus tard, jusqu’à ce que la maladie survienne pour leur dire: tout ce que l’on remet à plus tard, on n’y revient pas forcément. Cependant, il subsiste au cœur du malade quelque chose d’extraordinaire: l’espoir. Le corps peut s’affaiblir, mais l’âme parvient à se raccrocher à un mince fil d’espoir. Le traitement peut s’éterniser, les rechutes se succéder et les jours se ressembler, mais le malade continue d’attendre un lendemain meilleur. Peut-être ce que nous pouvons offrir de plus beau à un malade, ce ne sont ni de grands mots ni des promesses que nous ne sommes pas en mesure de tenir, mais une présence sincère. S’asseoir à ses côtés sans lui faire sentir qu’il est un fardeau, l’écouter sans impatience, l’interroger sur sa douleur sans curiosité déplacée, lui tenir la main lorsque les mots viennent à manquer. Dans la maladie, les choses les plus simples deviennent immenses. Un regard empreint de tendresse, une prière sincère, une brève visite, un appel au bon moment et des mots qui disent au malade: «Je suis là, et tu ne traverseras pas cette épreuve seul.» La vie est parfois cruelle, et le destin réserve au fil des jours, d’innombrables surprises, il peut nous apporter de la joie là où nous ne l’attendions pas, tout comme il peut placer sur notre chemin une épreuve à laquelle nous n’étions pas préparés.