Le papy et ses chérubins

Un proverbe argotique du terroir affirme que «le foie enfante deux fois». C’est une foi de vétérans.

C’est dire l’impact de l’amour filial qui se transcende sur toute la progéniture. Je le croise chaque matin enserrant la frêle main du gamin le trottinant vers la crèche de sa proximité. Tout heureux de vouloir arracher un mot, un sourire de ce grand bébé qui semble craindre son nouvel environnement. Un immense plaisir, dit-il de servir de convoyeur à son p’tit fils. Loin d’être une corvée, la mission est une réjouissance réinventée qui se renouvelle sur le souvenir enseveli de ses propres enfants devenus adultes. Un p’tit fils pour ses grands parents est un baume lénifiant qui peut faire palpiter encore les vielles pendules de leur cœur. Il leur procure un état de ce bonheur perdu depuis le départ de leurs propres enfants, dans ce foyer sans âme, livré quotidiennement à une mélancolie qui s’installe de jour en jour. Il est, surtout une énergie souriante, dans l’équilibre toujours cacophonique entre le papy grincheux et la mamie toujours râleuse. C’est lui qui instaure, un instant de paix et de concorde et chasse leurs chamailleries inutiles. Peu importe son genre, un p’tit chérubin est un antihypertenseur. C’est le seul qui peut déchoir de toute rudesse autoritaire ses grands parents. Il les fait capituler juste par une mignonne grimace. Leur susceptible orgueil est vite flétri devant la vue de son angélique frimousse. L’on découvre son instinct paternel lorsqu’on pose une sensuelle caresse sur une tignasse enfantine. Ou quand les drôles gliglis initient un dialogue pour un jeu où un câlin qui ne se termine pas. Se mettre ensemble, sous une couverture et raconter des histoires qui ne font pas dormir debout est une totale complicité ludique. Se remettre à son âge et débiter des fables de ces anciens contes légendaires de «la vache des orphelins», «loundja la fille de l’ogresse», «la septième benjamine» reste un moment de haute complaisance. L’homme, ce papy tantôt gaga, tantôt éducateur, tout content de dire qu’un appel du rejeton ou sa visite est vite pris pour un cri lumineux venant déchirer le silence moribond et dissiper la placidité qui l’entoure. Une maison sans enfants, pense t-il, c’est comme un trône sans roi et d’où s’enfuient le sourire, l’innocence et la naïveté pour ne laisser place qu’à un vide sidéral. Une vie sans saveur.