Le «Nif» algérien…

En Algérie, les mots ne sont pas que de simples mots, certains termes portent en eux toute une histoire et une mémoire, résumant, par leur seule évocation, les ...

Parmi ces mots, il en est un qui se distingue: «Nif». C’est un mot simple en apparence, mais profond de sens, car il incarne une part de l’âme algérienne: la dignité, la fierté, le refus de l’humiliation et la résistance face à quiconque tente de porter atteinte à la valeur de l’être humain. L’honneur et la fierté ne sont ni de l’arrogance ni une volonté de s’imposer aux autres. C’est cette voix intérieure qui dit à l’homme: « n’accepte pas d’être humilié et ne sacrifie jamais ta dignité quel qu’en soit le prix ». Sans doute, ce qu’il y a de plus beau dans le « Nif » algérien, c’est qu’il n’est né ni dans les salons ni dans les livres; il a germé dans les ruelles, les villages et les montagnes, au sein de foyers où l’honneur, la loyauté et l’élan de solidarité faisaient partie intégrante de l’éducation quotidienne. Le père disait à son fils, sans avoir besoin de longs discours: « Sois un Homme »; et ce mot recouvrait un sens bien plus vaste que la simple force physique: il signifiait être un Homme de parole, tenir ses engagements, défendre l’opprimé et ne jamais brader sa dignité pour un profit éphémère. En examinant l’histoire de l’Algérie, on comprend pourquoi la dignité est une composante profonde de la conscience populaire. Ce peuple a traversé de longues épreuves, a affronté l’occupation et a payé un lourd tribut pour rester maître de sa terre et de ses décisions. Dès lors, pour l’Algérien, la liberté n’était pas un simple slogan politique; elle constituait le prolongement naturel d’une idée plus ancienne: l’être humain ne peut vivre libre s’il perd sa dignité. Mais la véritable noblesse d’âme ne se manifeste pas seulement dans les grandes situations; elle transparait aussi dans les petits détails. Elle se manifeste, lorsqu’une personne démunie refuse de s’humilier à cause de son besoin, lorsqu’un homme tient une promesse alors même que l’honorer lui coûte cher; lorsqu’on présente des excuses après une erreur, car reconnaitre sa faute n’est pas un signe de faiblesse, mais de courage, et lorsqu’on soutient son voisin dans l’épreuve, non pas en attendant une contrepartie, mais simplement parce que « le voisin est là pour le voisin ». Cependant, il existe une nuance subtile entre la fierté et l’obstination. L’honneur est une question de dignité, tandis que l’obstination peut être prisonnière de la vanité. La dignité préserve la valeur de l’homme, tandis que l’arrogance le pousse à mépriser les autres. L’honneur vous pousse à dire « non » lorsque dire « oui » serait une humiliation. Mais il vous amène aussi à dire « j’ai eu tort » lorsque la vérité joue contre vous. C’est là que réside la grandeur du « Nif »: il ne s’agit pas d’une enflure du moi, mais d’un respect de soi autant que d’autrui. A une époque où les valeurs évoluent rapidement et où les apparences priment parfois sur l’essentiel, ce besoin se fait plus impérieux. Toutefois, la fierté dont nous avons besoin aujourd’hui, n’est pas celle qui s’exprime par des cris et la confrontation systématique, ni celle qui se manifeste par une susceptibilité excessive au moindre mot. Il nous faut une fierté plus mûre: une fierté qui sait quand s’opposer, quand faire preuve de tolérance, quand garder le silence et quand dire la vérité. La dignité ne consiste pas à remporter toutes les batailles; parfois, elle réside dans le fait de savoir quelle bataille mérite d’être livrée. Ainsi, lorsqu’un Algérien dit d’une personne qu’elle a du « Nif », il ne décrit pas les traits de son visage; il lui reconnait une qualité bien plus profonde, celle d’un être qui ne se brade pas, chez qui le silence est guidé par des principes, la parole par le sens des responsabilités et les prises de position par la mémoire. « C’est le « Nif » algérien ».