Le football, un sport de filles !?

«Toute la planète est envahie par le football… Toute ?

Non ! Un village peuplé d’irréductibles résiste encore et toujours à l’envahisseur/». Qui ne connaît pas cette introduction, ici très faiblement réécrite, dans l’une des bandes dessinées les plus traduites dans le monde ? Qui ne sait pas que la planète entière a été conquise par le plus grand sport de masse et populaire ? Non, personne ! Nous savions que le football n’était pas un sport populaire aux États-Unis mais imaginez le choc que nous avions reçu sur la tête lorsque nous avions appris qu’il était réservé aux filles. Le football, un sport de filles ? Absolument exact dans ce pays qui a tellement inondé la planète de son industrie, de ses innovations et de son soft-power et qui n’a jamais daigné importer chez lui l’une des clameurs du monde, ce qui soulève et fait rêver les foules, le football. Plus étonnant encore, ils ont dénommé football, ballon des pieds, pour un sport qui n’en fait que très partiellement l’usage. Leur football, c’est le rugby en plus violent. Le notre, ils l’appellent le soccer. Pas plus en retour ils n’ont exporté une autre passion américaine, le baseball. Bien entendu que si on ne s’en tenait qu’à ces deux sports typiquement américains on pourrait toujours les retrouver à travers le monde. Mais dans quelle proportion ? Depuis mon arrivée en France en 1975, on a essayé de me convaincre que leur évolution était promise. Qui peut me faire croire sérieusement que cela est vrai malgré, il faut le reconnaître, un frémissement très marginal (c’est le moins qu’on puisse dire) ? De même, on a essayé de nous convaincre du développement du football aux États-Unis par la communauté d’immigrés originaires d’Europe et surtout de la très importante population hispanophone d’Amérique. Cela m’amuse car c’est comme si on me disait que ces deux communautés étaient récemment arrivées et qu’elles se sont réveillées un beau matin pour se lancer dans leurs racines sportives. Tout cela est peut-être vrai mais ils ont vraiment mis du temps pour s’y mettre et nous sommes très loin de la diffusion massive pour en arriver à une proportion équivalente à celle dans le monde. Si on me mettait sur la table des statistiques, j’en mettrais d’autres comme le pourcentage ridicule de présence dans les écoles, les universités et les grands événements sportifs à la télévision. Pourtant le football américain existe depuis longtemps dans ce village qui semblait résister à l’envahisseur. Le monde entier ne l’avait pas perçu car le football ne pouvait être que masculin, viril et machiste. Ce monde entier avait réussi, après une très longue bataille, à se convaincre de la mixité en athlétisme et natation par la ferveur des championnats et Jeux olympiques. Le village qui résiste à l’envahisseur de la liberté des femmes à assumer tous les sports, c’est bien ailleurs et dans un grand nombre de sociétés. Et beaucoup encore le rejettent comme un blasphème. En attendant, on peut les combattre par l’humour. Imaginez la tête de nos grands-parents si on leur avait dit que nous sortions pour aller jouer au foot...en tutu rose ! Pardon, les filles pour ce cliché du tutu, j’ai honte ! Mais la ségrégation, il vaut mieux en rire.