Le fennec ne pleure pas
Le fennec ignore la défaite et la tristesse. Il sait que la victoire dans son milieu hostile est dans l’effort à la mériter, pas dans la certitude de l’obtenir.
Le fennec n’a pas conscience de sa beauté, elle est pourtant en lui. Il ne sait pas que son pays de sable est magnifique par l’étendue éblouissante de son territoire baigné de soleil. Il y vit et s’y est adapté. Il n’a aucune conscience de ce qu’est la déception et les larmes. Il est petit, le Fennec, mais il se moque de la taille du dromadaire qui bosse comme un esclave pour la prétention d’une photo des touristes dans le désert. Il n’a pas le prestige, ni la force, ni l’arrogance du lion qui vend souvent sa fierté au métier de saltimbanque dans un cirque. Il ne se pavane pas également comme la prétention du paon. Le fennec fait ce qu’il peut pour survivre et sa seule quête de vaincre est sur un adversaire qui le menace ou sur une proie qui le fait nourrir. Son objectif dans la vie est d’assurer la subsistance de ses petits et de les protéger dans un terrier, il n’en a pas d’autres. Un jour, comme dans Pagnol, il leur raconta l’histoire de leur oncle, le malheureux aventurier qui voulait conquérir le monde. Il voulait aller gambader sur le vert des pelouses du pays lointain qu’on appelle chez les uns savane et chez les autres un terrain en gazon (vous connaissez cette histoire pour la même quête de la chèvre qui voulait gambader dans la montagne). Dans ce périple, il s’était mis en tête d’arracher trois bandes de la peau du zèbre. Le père leur avait raconté que l’aventurier voulait les arborer sur ses pieds et son pelage pour la vanité à épater le monde de la pelouse verte de ce lointain pays. Il leur a appris que l’essentiel n’était pas d’être le lion, ni le zèbre ni le dromadaire mais de tout faire pour que le monde du désert sache qu’il les a déjà battus par la force de sa persévérance à survivre. Il sait qu’il peut donner la grandeur à ses petits, celle qu’il n’a pu leur offrir par sa dimension. Il s’est invité dans ma chronique d’aujourd’hui, je ne sais vraiment pas pourquoi. Il est si discret et si furtif mais je le sens être derrière moi à lire silencieusement mon écran. Il sait que j’ai déjà écrit une chronique sur lui dans ce journal, il est curieux de découvrir mon sentiment dans la seconde. Sans qu’il ne s’exprime, je l’entends pourtant me chuchoter qu’il est toujours soulagé de constater le redoublement de la lettre n dans l’écriture de son nom. Il en est si souvent désespéré qu’on oublie de l’agrandir.