Le chaos de Paname

La France est en ébullition. Une bérézina sociale ou l’automne parisien d’un système en peine finale de mandat.

Le chaos règne en maître dans les rues et les boulevards. Incendies, pillages, vandalisme, l’insurrection dépasse le soulèvement populaire. Une manifestation de lycéens légitimant des doléances demeurées ignorées avait été le déclencheur d’un glissement insécuritaire. Il est indéniable que cette tension est une crise politique qui ne concerne que la France. Une affaire interne. Néanmoins les images de désolation flagrante déroulées en boucle permanente n’ont pu laisser indifférents les nombreux observateurs. Le vandalisme qu’avaient subi boutiques et magasins, édifices publics et patrimoine historique, serait certes l’acte imputé à des voyous, des casseurs, des intrus. Ce qui va, somme toute, donner une épaisse matière aurifère à triturer dans la machine électorale de la droite et ses succursales extrémistes. L’immigration est précisément ciblée. On enfonce davantage le bouchon par les accusations de «wallah», «wech» et des banlieusards. Rien n’indique encore que cette «racaille» est d’une identité de sans papiers, de maghrébins, d’arabes et de musulmans. Le brûleur du beffroi de la mairie de Limoges n’en est pas un. L’histoire récente de tous les désordres urbains vécus en métropole renseigne que les auteurs sont de nationalité française, peu importe leur lointaine origine. Ce sont des jeunes qui ont fréquenté de fait l’école de Jules ferry, grandi dans des banlieues délaissées, marginalisées. Ils sont le produit d’une société qui fait dans la double mesure. Qui stigmate les différences et cultive la haine interraciale. Personne ne peut cautionner le saccage et le pillage. S’ils arrivent toutefois à s’expliquer, rien ne les justifie ou les excuse. Les germes sont enracinés dans le sol fertile de l’intolérance et du rejet de l’autre. En plus de l’émaillage policier s’avérant incapable et insuffisant, voilà que le couvre-feu localisé ou partiel est installé. L’on sent déjà la grosse menace qui va peser sur le fondement sacro-saint de la liberté d’expression et de manifestation tant loué. Samedi est devenu le pire cauchemar explosif de l’éphéméride hexagonal. La chose que l’on condamne, au titre des restrictions des droits et libertés politiques chez des pays qualifiés de «régimes» est vite adoptée comme une solution factuelle. L’ultime utilité pacifique. Une France qui n’est plus ce qu’elle prétend être ne peut servir de modèle. Comme un produit manufacturé, sa démocratie a atteint sa date de péremption. Il lui faut un renouveau dans la culture des manifestations. Le Hirak en reste le sublime exemple.