Là où ton regard se pose...

Là où ton regard se pose, c’est la poisse qui vient te coller à l’iris. Que ce soit sur l’affichage des listes, de la mercuriale ou à l’écran du Smartphone.

Tout stimule l’angoisse et l’envie de sortir de sa peau. Là où ton tympan se saisit, le chahut te cause les drôles migraines. Dans le bus, le tramway, au café ou dans ta pauvre piaule. Les travaux de réfection n’en finissent jamais aux alentours. Du vrombissement des marteaux piqueurs au grincement des meules et des chignoles, rien n’arrête la grosse tour de Babel. Comme l’on hurle au téléphone, à chaque bout de champ, jusqu’à éventer vers autrui, toutes les confidences du dialogue. Point d’humilité. Même le paysage vestimentaire constitue une agression à la décente norme de se vêtir. Un court short qui dénude des jambes pileuses en face d’une gandoura tubulaire saoudite qui surplombe un jogging Lacoste, étayé d’un palladium Nike n’est qu’une gageure qui se réinvente. L’absurdité en tendance. Au seuil de cet été, des vieux et des jeunes, dans les villes ou les villages tiennent par manque de plan de charge à envahir les artères, leurs bordures et toutes les ombres qui se proposent. L’on s’agglutine comme on peut et au bon vouloir d’un gobelet papetier, d’un surf digital ou d’un journal périmé. La densité populaire tient à rétrécir tout espace vital. Tout semble démentir la statistique du recensement. Nous sommes plus qu’un nombre. Les attentes sont toujours indéterminées des salles d’audience, aux laboratoires d’analyses, jusqu’aux guichets des postes ou aux comptoirs des agences de voyage. Quand tu es pris en tenaille dans un embouteillage circulatoire, pare-choc contre pare-choc, entre un engin d’un milliard et un herbin, ne pense pas aux clauses d’une assurance formelle qui ne se conclut que sur papier. Et là où tes rachitiques pneus crissent, où ton ankylosée suspension tressaille, c’est que tu ne roules pas sur un tapis d’asphalte, mais sur une topographie d’une ingénierie inféconde. Quand la crevasse est un avertisseur sonore, le nid de poule n’est qu’une mélodie d’urgence inutile. Une musique routière. Alors roule méli-mélo et tiens ton gouvernail à dix heures dix, dans ce fatras cahoteux. Enfin, il arrive parfois à ton regard de se poser sur un tricolore flottant dans un ciel bleu, ça ne fait vibrer que l’espoir qui souffle encore en toi.