La guerre (?) des langues*
Peut-il y avoir un droit de propriété sur une langue ? Est-ce que pour le français et à notre insu un brevet dinvention a été déposé ? Une langue venue de la co...
Peut-il y avoir un droit de propriété sur une langue ? Est-ce que pour le français et à notre insu un brevet dinvention a été déposé ? Une langue venue de la colonisation est-elle nécessairement une langue colonisatrice ? Une langue appartient à qui sait la manier, la briser et la plier aux exigences de la création, la forcer à exprimer son émoi profond. En utilisant la langue des «colonisateurs», les écrivains algériens nont pas commis une «littérature colonisée», mais imposé une littérature libre et libérée, une littérature qui leur est propre et qui nest pas larrière-salle ou le prolongement exotique de la littérature française (Mourad Bourboune, poète et écrivain © Nouvel Observateur, 4 mars 1965) -Jécris donc, et en français, langue de lancien colonisateur, qui est devenue néanmoins et irréversiblement celle de ma pensée, tandis que je continue à aimer, à souffrir, également à prier en arabe, ma langue maternelle. Je crois, en outre, en ma langue de souche, celle de tout le Maghreb, je veux dire la langue berbère (© Assia Djebar, Discours cérémonie Prix des Editeurs et Libraires allemands, Prix de la Paix 2000.Citée par www.algériepatriotique, 7 février 2005) -Le pluralisme linguistique nest pas nécessairement le corollaire dun pluralisme identitaire ou nationalitaire (Abderrezak Derdouri, « Les malaises de la société algérienne. Crise de langues et crise didentité ». Essai © Casbah Editions, 2003) -Chaque langue est un miracle, une richesse inépuisable, un monde de rêve et de raison et que malgré leurs différences, les langues sérigent sur des règles qui se ressemblent étrangement témoignant de lunicité de lhumain et du créateur (Dahbia Abrous , « Lâge des certitudes ».Roman © Edition à compte dauteur (Imprimerie Ed-Diwan), Alger 2010) -Ce nest pas la langue qui distingue une littérature dune autre, mais la manière daborder les problèmes humains.Ce qui distingue un écrivain dun autre écrivain, ce nest pas la langue quil utilise, mais les valeurs dont il est porteur. La littérature obscurantiste quelle soit écrite dans la langue du Paradis ou dans la langue du diable est une littérature antihumaine. (Abdelhamid Benhadouga, lors dun hommage rendu à Rachid Mimouni, Paris -Cca, mars 1995. Cité par Djouher Amhis-Ouksel, «Benhadouga, la vérité, le rêve, lespérance». Essai © Casbah Editions, Alger 2013) -Quand la langue parle, juste et bien, la vie même se met à genoux (Magani Mohamed, «Quand passent les âmes errantes». Roman © Chihab Editions, Alger 2015) - Les peuples ne sont dignes des langues dont ils se réclament que sils les fructifient et en partagent le fruit récolté avec le reste du monde (Djebbar A, Dourari A, Harbi M, Laredj W, Taleb-Ibrahimi K, Touati H, « Contribution: Sauvons notre école !» .Contribution © Le Soir dAlgérie, samedi 29 octobre 2016) -Les passages dune langue à une autre sont signes, non pas de dépérissement radical de telle ou telle forme de littérature maghrébine, mais dun début de reconnaissance du multiple (Anne Roche, « Algérie. Textes et regards croisés ». Essai © Casbah Editions, Alger 2017) - La langue est une fenêtre qui permet à la lumière dentrer. Lannuler, cest se trouver face à un mur et se priver dune vue sur lextérieur. Chaque langue appartient à toute lhumanité (Rodaan Al Galidi, écrivain néerlandais dorigine irakienne. Entretien © El Watan / arts et lettres, samedi 11 novembre 2017) - Les Algériens ont la chance de regarder lunivers à travers une étincelante quadrichromie. Quatre grandes fenêtres qui donnent sur des horizons prometteurs. Quatre langues bourrées de sensibilité et dimagination. Un tamazight enraciné, un algérien partagé, un arabe universalisé et un français réapproprié (Sebaa Rabah, « Algéricides. Chroniques dun pays inquiet ». Essai © Editions Franz Fanon, Tizi Ouzou, 2017) -Il ne suffisait pas de posséder la langue pour écrire ; encore fallait-il être « possédé » par la langue (Mustapha Benfodil, « Body writing. Vie et mort de Karim Fatimi, écrivain (1968-2014).Roman © Editions Barzakh , Alger 2018) - On ne remplace pas une langue par une autre telle une veste quen enlève pour, en un geste, en mettre une autre à la place. La langue se construit et prend racine peu à peu (Razika Adnani, écrivain, philosophe et islamologue. Opinion © LExpression, 24 juillet 2019) - Rendons aux jeunes Algériens leurs langues et apprenons-leur celles des autres pour quenfin leurs langues se délient et quils puissent, en se libérant, contribuer avec leur génie propre, à construire leur propre culture et entrer en conversation avec les autres (Khaoula Taleb Ibrahimi, in Abderrezak Dourari et Khaouala Taleb Ibrahimi (direction scientifique), « Multiculturalisme et unité nationale. Des langues et des cultures en Algérie : de lunité dans la diversité ». Essai © Editions Association Les Amis de Abdelhamid Benzine, Alger 2020) - La langue qui ne sert pas à émanciper lesprit construit des cadavres ambulants (Hedia Bensalhi, « Lagonisant ». Roman © Editions Frantz Fanon, , Boumerdès, 2020) -La langue française et les autres langues dominantes nappartiennent plus à la seule France, ou à la Grande Bretagne (pour langlais) ou à lItalie (pour litalien) ou à lEgypte (pour larabe) mais au Monde (Belkacem Ahcene-Djaballah, «Dictionnaire de poche.Citations algériennes». Recueil © Editions El Qobia, Alger 2021) -Celui qui utilise une seule langue ne peut prétendre à une ouverture desprit. Il cache son infériorité par des slogans et des discours creux. Quand on veut souvrir sur le monde, on apprend le maximum de langues sans préjugés, sans peur de lautre qui nous ne ressemble pas (Boualem Ramdani, journaliste et écrivain. Entretien © Horizons, jeudi 7 avril 2022) -Notre jeunesse est appelée également à souvrir positivement aux langues et aux civilisations (Abdelmadjid Tebboune. Message, Journée du Savoir, 16 avril 2022) -La langue du développement, cest la langue de la curiosité. La langue qui lève les inhibitions, libère les initiatives, respire la spontanéité et se nourrit de curiosité est, sans conteste, la langue de lémancipation. Entre les langues il ne peut y avoir de « grand remplacement «. Si cest le but recherché par une prétention logocratique inavouée alors cest le «grand dépérissement « qui risque dêtre au rendez-vous (Mohamed Abbou, ancien ministre. Opinion © fb, 7 août 2022) -La langue que lon parle constitue les archives dun peuple (Mahougnon Kakpo, écrivain et universitaire béninois. Conférence © 26ème Salon international du livre dAlger, 28 octobre 2023) -On ne protège pas une langue en lenfermant ; on la condamne. On la protège en la faisant respirer, dialoguer, créer, traduire, inventer (Mâamar Farah, journaliste. Chronique © Le Soir dAlgérie, mercredi 23 juillet 2025) - Toute langue est ouverture vers un univers. Chacune delles véhicule une culture, richesse, à terme, une arme contre un ennemi dont on pourra connaître la pensée et anticiper les intentions. Si tu apprends à écrire une langue étrangère, tu transmettras tes idées au-delà de ton horizon et tu sèmeras des graines dans lesprit de lautre, tu attireras lattention du plus grand nombre (Malika Chitour Daoudi, «Marjane». Roman © Casbah Editions, Alger 2025) -Une langue ne peut survivre si elle ne devient pas une langue de science, déconomie et dinnovation (Salah Belaid, président du Haut conseil de la langue arabe© 3ème colloque international sur Lenseignement interdisciplinaire à lère de lintelligence artificielle, Alger, dimanche 17 mai 2026) *Citations dont certaines extraites de louvrage» Dictionnaire de poche des Citations algériennes», A-D B, Ed.El Qobia , Alger 2022