L’on ne tue pas les héros
Toutes les défaites sont amères à avaler. Comme toujours, elles n’ont pas d’auteurs. Elles demeurent hétéroclites, métissées, adultérines, sans nulle paternité.
Sauf cette facilité de vouloir, par parti pris préalable, les imputer ou à une personne ou à une conception. Par contre, les victoires restent le plus souvent sous la signature d’une ou plusieurs individualités. Et pourtant, derrière chaque victoire, il y avait eu une gloire qui se miroitait. Et devant elle, se dressait le spectre indomptable d’une probable déroute. Quand le projet chute et l’insuccès l’abat, la responsabilité s’efface. C’est ça en vrai, le jeu hasardeux de tout enjeu compétitif. Sortir d’une joute sportive ne peut exprimer uniquement une défaillance tactique ou un manque de performance. Parfois ce sont les meilleurs de l’histoire qui disparaissent devant les plus forts du moment. Les grands, les plus arborés d’étoiles, les champions peuvent en une seconde, à la défaveur d’un mauvais contrôle, d’un tir manqué, d’une aveugleté arbitrale ou d’un excès de confiance; se trouver hors circuit. L’on a vu des légendes s’effondrer, des mythes se défaire et des fables mourir. C’est encore ça le sort complexe de l’histoire du cuir rond. C’est dire que rien n’obéit à une logique linéaire. Le terrain est un champ de bataille. De l’art tactique et de la grinta dépend la survie. Quand une équipe nous a produit, un temps, de l’enthousiasme et du beau spectacle, un autre de la frustration et de la pire déprime ; faudrait-il, pour cela la crucifier ou l’envoyer aux géhennes de l’ingratitude ? L’on n’a pas à jeter l’anathème sur ceux qui furent une décennie des prophètes et les excommunier pour un zèle de parcours. Nos gars, à nous se sont bagarrés au mieux de leur talent. La règle managériale prône, qu’il n’y a pas de mauvais soldats, il n’y a que de mauvais généraux. Un coach qui n’affiche aucune rage à gagner, manque dans ses tripes, le sang des chouhadas et la hargne du peuple. En cas de péril, l’on n’embrasse pas son adversaire, l’on réconforte les siens. La morale est là. Si le professionnalisme permet de confier l’avenir d’un club local à un étranger ; l’amour de l’équipe nationale ne peut palpiter que dans le cœur patriotique d’un entraîneur typiquement algérien. Par ailleurs, la Fédération Algérienne n’est pas une fabrique de carrelage ou un créneau de promotion immobilière. Pas une chaumière de novices ou de vétérans déchus. C’est un temple où siègent l’énergie, la stature, le punch, le brio, la brillance et le coulissage. Enfin, le score favori d’une partie n’est pas de botter en cage; il s’inscrit d’abord dans un but d’avenir. Chaque édition a ses revers et ses couacs, chaque épopée a ses triomphes et ses héros.