L’«effet Kaylia»!
Beaucoup d’entre-nous n’ont pas encore oublié. Durant la période la plus sombre de notre histoire contemporaine (la « décennie noire » qui était bien rouge), pa...
Beaucoup d’entre-nous n’ont pas encore oublié. Durant la période la plus sombre de notre histoire contemporaine (la « décennie noire » qui était bien rouge), parallèlement à la résistance populaire et à la lutte anti-terroriste menée par les forces de sécurité et les Patriotes, on a vu l’émergence d’une catégorie de la population qui disait ouvertement N.O.N à l’obscurantisme sociétal et à la régression cultuelle. Les Femmes ! Beaucoup s’étaient tout particulièrement distinguées par leur opposition publique et leur courage : Dans mon entourage direct, les journalistes, les enseignantes et les sportives. Par ailleurs, on a eu des fonctionnaires, des magistrates, etc... Des dizaines de femmes (de tous âges) kidnappées, violées, assassinées (dont 13 journalistes), mais des centaines sont restées debout, n’acceptant ni les oukases « religieux » qui voulaient les forcer à se plier et à se soumettre. Résistantes par la continuation de leurs activités : enseigner, écrire, parler, travailler et courir. Par leurs sacrifices, leur courage et leur « entêtement », elles ont permis à la lumière de la modernité de rester vivante et vivace. Et, pour beaucoup d’entre -elles, tout en s’occupant très, très bien de leur ménage et de leurs enfants. Bien des ces exemples de femmes -courage sont, hélas, assez oubliés aujourd’hui. Mais quelques-uns habitent encore nos esprits. Toujours en vie (et que Dieu leur prête une longue vie) , parmi les journalistes, on a eu Zahia Benarous et Soraya Bouâamama. Et d’autres, et d’autres dont les femmes-journalistes de l’Agence de presse et de la radio! Parmi les juristes, on a eu Leïla Aslaoui. Et d’autres, et d’autres ! Parmi les politiques, on en a eu aussi. Et d’autres, et d’autres ! Toujours sur le front ! Dans le domaine sportif on a eu entre autres et surtout Hassiba Boulmerka : deux fois championne du monde (1991 et 1995) et médaillée d’or olympique (1992) , toujours sur le 1.500 m. Dans bien des chaumières algériennes, en ces temps de tragédies et de sang, on se souvient encore de ses exploits, et surtout de son courage face aux « attaques » de nos « intégristes » visant bien plus sa tenue de sport que ses performances et l’hymne national joué à l’international. La voir courir en short à l’époque était apparu alors un geste non pas de simple contestation mais seulement et tout simplement de résistance. Plus que cela : de liberté. « Un geste » qui avait fait plus pour la libération des femmes que les textes réglementaires alors en cours. L’«effet Hassiba»* ! Qui a duré longtemps, très longtemps. On peut, dans la foulée, citer l’époustouflante équipe nationale de foot féminine qui a récemment remporté une médaille de bronze aux récents championnats d’Afrique des nations (et nominée aux Caf Awards 2026, ainsi que deux de ses joueuses) Il y eut, aussi, Imane Khelif, qui compte un titre Olympique et une médaille d’argent, et dont le parcours a également contribué à renforcer la visibilité du sport féminin algérien sur les plus grandes scènes. L’Histoire est en éternel bégaiement. Aujourd’hui, nous avons un autre « effet », toujours avec une autre héroïne qui, à Paris, a récolté (à Paris), au nom de l’Algérie, une médaille olympique et, à Rotterdam, deux titres de championne du monde en gymnastique: Kaylia Nemour. Comme il se devait en athlétisme en général et en gymnastique en particulier, les tenues sont adaptées aux compétitions. Ce qui, bien sûr n’eut pas l’heur de plaire aux éternels (de plus en plus rares, heureusement) contempteurs de la liberté de mouvement des femmes. Surtout au niveau des réseaux sociaux. Reste cependant que nous sommes encore étouffés par une certaine pudeur, à mon avis assez mal placée car exprimée à tort et à travers. Ainsi, on a rarement vu, au niveau de bien des médias classiques publics et privés, écrits ou audiovisuels, les mouvements de notre championne dans leur entièreté en justaucorps .On présente seulement et surtout des gros plans ou des images floutées. Heureusement qu’il y a les réseaux sociaux. Malgré tous leurs défauts, un instrument de libération des mentalités? *A noter que l’»effet» le plus ancré chez la jeune femme algérienne reste, incontestablement, celui de Hassiba Ben Bouali. Depuis près de 70 ans, il reste l’exemple et la boussole, mélangeant l’engagement de la combattante, le courage de la révolutionnaire, le patriotisme de l’Algérienne, la liberté de la jeunesse et la modernité de la culture.