IA : une (nouvelle ?) grande peur
Par le passé lointain ou récent, on en a eu des frayeurs.
Et quelles frayeurs ! A la base, toujours l’homme et son «intelligence naturelle». L’écriture, puis l’imprimerie, puis le téléphone, puis la presse écrite, puis la radio, puis le transistor, puis la télé, puis la ronéo, puis l’imprimante, puis la diffusion des images et de l’information par satellite, puis le fax, puis la publicité, puis l’ordinateur, puis le téléphone portable, puis les réseaux sociaux, puis, puis... On en a eu aussi sur le terrain militaire : le char, le bombardier, les mines, le gaz, le napalm... et la bombe atomique, les drones... Sans parler de la conquête de l’espace et des changements climatiques avec El Nino. A chaque fois, c’est le branle-bas de combat : de la panique, des manifestations et des pétitions, des ouvrages et des écrits dénonçant bien plus qu’encensant... et, annonçant sinon de la fin du monde, du moins la fin d’une certaine humanité. Articles et interventions explosent. Bref, la catastrophe à tout-va. Et pourtant, malgré bien des dégâts causés à la nature, à l’homme, à la société, à l’emploi, aux relations humaines entre adultes et entre adultes et plus jeunes, et même aux enfants, aux relations internationales, à la paix, au climat... la terre continue de tourner. Hélas ? Heureusement ? C’est selon. Aujourd’hui, un nouveau «danger» est là. Inquiétant le monde entier. L’Intelligence artificielle. L’IA. Point n’est besoin de revenir sur ses capacités bienfaisantes ou malfaisantes. Déjà, en très peu de temps, tout a été dit et écrit. Et, même le Pape Léon XIV vient de s’y mettre en appelant à «désarmer l’IA». C’est vous dire. Pour sa part, l’Algérie officielle est allée encore plus loin en plaidant pour une coopération internationale plus équitable proposant la création d’une Agence internationale dédiée à la gouvernance de l’IA. Et, elle a mis en garde contre une concentration croissante et désorganisée des ressources indispensables au développement et au fonctionnement des systèmes artificiels entre un nombre limité de pays et d’entreprises d’intelligence. Une situation qui va contribuer à creuser les écarts entre les États et maintenir nombre d’entre eux dans une dépendance à l’égard de capacités technologiques développées à l’étranger. Pour ces pays, l’enjeu ne se limite plus à l’élaboration de cadres réglementaires, mais porte également sur l’accès à la puissance de calcul, aux infrastructures de données, à l’énergie, aux compétences spécialisées, aux modèles d’IA et aux financements. Cette concentration des capacités est susceptible d’installer une dépendance structurelle qui pourrait également limiter la capacité de certains États à prendre part, de manière effective, aux discussions internationales sur la gouvernance de l’intelligence artificielle. L’appel est lancé. Sera-t-il entendu? A court et moyen termes, à mon avis, cela est peu probable, tant les technologies de l’information et de la communication ont vu ces dernières décennies une mainmise quasi-totale de quelques multinationales .Et, cela va en s’accélérant et s’accentuant. Bien plus largement et bien pire que ce qui s’était passé il y a déjà plus de cinq décennies avec le développement de l’outil informatique et de la communication satellitaire. Qui se souvient encore de la contestation de l’Ordre international de l’Information et de la Communication alors existant et dominant au bénéfice des seuls pays du Nord. Il était une fois ! L’ «affrontement» avait difficilement, mais pas totalement, connu le succès des «pays…Non-alignés», alors agissant en commun et en force, face à des «Etats» occidentaux à l’impérialité exacerbée. Aujourd’hui, les choses ont changé. Face à un Sud global encore assez émietté et en formation, on retrouve surtout des entreprises plus puissantes et plus dangereuses encore que les Etats, dirigées par des individus, surtout mues par l’intérêt financier (avec , bien sûr, une complicité non déclarée de dirigeants politiques de certains pays) et chose nouvelle, par une soif de pouvoir faisant fi des relations internationales classiques. D’ailleurs les plus ardents défenseurs du contrôle de l’IA sont bien ceux (les grandes entreprises) qui, déjà, détiennent, les rênes, ne voulant pas voir des concurrents*. Tous les dérapages et tous les usages, même les plus malfaisants, sont désormais possibles. Causés surtout par l’homme bien plus que par la machine. Beaucoup plus par l’intelligence naturelle que par celle artificielle. Car, une technologie ne peut être dangereuse qu’en raison du mauvais usage qu’en fait l’homme. Le danger est là. La solution? Participer activement aux processus internationaux de régulation et de contrôle, à travers les institutions officiellement reconnues mais aussi et surtout développer ses propres moyens en encourageant les compétences nationales et en mobilisant encore bien plus leurs capacités au service de la science et des technologies. Tout en libérant la créativité et l’initiative individuelle. ------------------------------------------------------------------- *Elon Musk est déjà en train d’imaginer sur le cloud et l’IA dans l’espace avec un projet de fusionner X et xAl puis SpaceX et xAl