Hrikès, artiste et commerçant

Dans son livre autobiographique, le dramaturge Kaddour Naïmi, fondateur en 1968, à Oran, du Théâtre de la mer, évoque Hrikès, un personnage peu connu du grand p...

Homme du peuple, presque analphabète, disait-on, Hrikès était poète et musicien autodidacte. Banjo en bandoulière, il a notamment contribué, par ses chansons, ses idées et sa gouaille, à la création de la pièce théâtrale sur l’émigration «Mohamed, prends ta valise». Kaddour Naïmi raconte que Hrikès présentait parfois une carte de visite sur laquelle on pouvait lire : «Hrikès, artiste et commerçant». La formule avait sans doute quelque chose de provocant. Elle pouvait être une façon de se moquer de lui-même, mais aussi une petite pique adressée à ceux qui finissent par confondre art et commerce. Certes, l’artiste doit pouvoir vivre de son travail. Il peut répondre à des commandes, chercher un public et faire de son talent un métier. Tout cela est tout à fait normal. Mais l’art devient plus fragile lorsque d’autres considérations commencent à peser sur la création : le besoin de plaire, la peur de déplaire, le regard du public ou encore les contraintes et les mentalités du moment. Hrikès avait résumé, sur sa carte de visite, cette problématique qui reste partout, à des degrés divers, d’actualité : «Un peintre peint ce qu’il vend ; un artiste, lui, vend ce qu’il peint», comme dirait le génial Picasso.