Entre ville et douar

Il n’y a pas en fait assez de différence. Que la corpulence ou l’extravagance. La ville est la procréation d’un acte administratif, le douar une naissance natur...

La ville n’est plus cette citadinité qui semblait se faire dans le renouveau, dans la sereine beauté architecturale, les ruelles symétriques, les façades envoûtantes. Devenue un grand village à ciel ouvert, des boutiques et un gros marché ; elle s’est bouffée sans nulle modération dans une illusion de modernité tronquée. Le douar n’est plus à son tour ce havre de paix où il n’y avait ni bruit ni vrombissement de machines ou de groupes électrogènes. Il s’échine à vouloir ressembler à la copie d’une ville, sans jamais atteindre l’espoir tenté. Hybride, partagé à travers fausses demeures de maître, serres stériles et hangars industriels ; il s’est fait mal en dévisageant ses origines et ses horizons. La ville n’a plus son air d’orgueil et le douar a perdu le sens de son humilité. Les deux se confondent. L’une s’est transformée en un rien du tout, gonflée par des brins de douar et l’autre s’est confiné en zone d’activités grouillante investie par des brindilles de la ville. La probable dissemblance, c’est que la ville est un siège de commune, le douar lui en est son appendice. Seulement, certains douars concurrencent le statut communal de celle envers laquelle, il n’est qu’une agglomération secondaire. Ainsi, ils s’apprêtent à allonger la queue de la ville. Et plus rien ne distingue l’une de l’autre. La promotion immobilière est l’un des virus les plus toxiques de l’urbanité. Elle défigure l’harmonie, booste la densité et obstrue le voisinage. Ce n’est plus un immeuble, c’est injustement une cité sociale en hauteur. Ses murs abrupts écrasent le peu des belles toitures qui survivent encore. La ville, notamment en ses quartiers remarquables, est vite prise entre les crocs spéculateurs d’un guichet de banque informelle ou d’un produit de blanchiment. Les villas d’antan, leurs loggias aux lilas, bosquets et potagers ; objets d’héritage, constituent les victimes privilégiées de la convoitise foncière. Qui y résiderait ? Une culture décitadinisée ! La hangarisation du douar est la pire déchirure incrustée dans la sainteté de ses terres fertiles. Il n’y a plus l’odeur de la campagne, ni le rouge des coquelicots qui parsemaient à vue l’étendue des champs verdoyants. Le parpaing, les buses, les minoteries, les fabrications tubulaires, les plastiques et autres substituts sortent des manufactures érigées en plein paysage bucolique. Les interminables clôtures en blocs durs règnent le long des routes, façonnant des tronçons en un tunnel à toit ouvert. La bétonnisation n’a pas manqué de s’infiltrer jusqu’à l’habitat dit rural. Des mastodontes à étages fleurissent sans goût ni attrait. Plus d’étables, plus de bergerie, ni poulailler, ni mare aux canards. Des garages cimentés, carrelés sans nul «animalisme» font office de pâturage à domicile. En l’état, le douar peut voir pervertir sa géographie, mais garde son honneur génétique. Quant à la ville, ayant déjà perdu ses repères, elle perd avec, tous ses mérites.