Elles sont dans la cuisine !

Comme en toutes choses quon souhaite voir progresser, il est couramment dit que la perception dépend de quel coté se fixe le regard, la part du verre rempli ou ...

Comme en toutes choses quon souhaite voir progresser, il est couramment dit que la perception dépend de quel coté se fixe le regard, la part du verre rempli ou celle quil reste à remplir. La question de légalité des sexes relève du même travers, la majorité de la population ne fixe le regard que sur la partie pleine. Certains se posent la question « où sont les femmes » ? Jai pour ma part une réponse rapide, dans le vide du verre. Depuis des décennies on nous abreuve de statistiques, qui nous parlent de la lecture des filles et des femmes, qui de la réussite par les diplômes ou dans leur accession aux fonctions les plus élevées. Effectivement, on peut applaudir, crier victoire sur tant de siècles et dostracisme envers les femmes. Je suis stupéfait pourtant quon puisse encore être enthousiaste envers le résultat de cette évolution à notre époque dans notre pays. Pour ma part, au regard dune vie, le volume vide du verre est désolant car encore immense en comparaison avec ce que nous avions rêvé dans lécole oranaise et ailleurs. La promesse était beaucoup plus grande et plus enthousiaste. Nous allions remplir le verre ! LAlgérie allait enfin voir les femmes à leur seule place légitime, celle aux côté des hommes, dans une parfaite égalité. Linstruction de la philosophie, du droit des êtres humains et de limpératif dépassement de toutes les barrières de la ségrégation nous avait donné lespoir que ce serait la voie dune rapide égalité. Ce temps court serait celui qui permettrait à notre génération de sinstaller dans la maturité de notre projet humain. Il nous apparaissait impossible que tous nos camarades que nous fréquentions dans ce même parcours délévation de lesprit ne soient pas dans les mêmes dispositions. Pourquoi fallait-il attendre plus longtemps pour que la société puisse évoluer alors que cette évolution était présente dans léducation et linstruction dans les cours de lycée ? Je veux croire en limpossible changement brusque des sociétés mais nous étions sur les mêmes dispositions de formation et intellectuelles. Il suffisait que la génération précédente passe, celle qui avait eu le malheur de ne pas avoir bénéficié de linstruction aussi massive que la nôtre. Pourquoi après soixante-cinq ans nous arrivons à une constatation du volume vide de leau dans le verre ? Les moyens financiers se sont pourtant développés considérablement, les générations de professeurs qui nous ont suivis ont bénéficié dune instruction censée être plus élevée que la nôtre. Alors bon sang, que sest-il passé pour quon en vienne à constater des statistiques qui ne sont lus quavec autant doptimisme ? Pour moi, il est terriblement désespérant pour quon ne puisse pas encore être arrivé à légalité parfaite des chances. Elles sont meilleures que les garçons dans les études dit-on. Cest certain mais la belle affaire, cela a toujours été le cas. Le fait quelles soient attentives à leurs études et obtiennent des diplômes est loin dêtre suffisant car elles étaient aussi attentives il y a soixante-cinq ans. Ce que jaurais voulu était den arriver à légalité parfaite entre les hommes et femmes dans lascension sociale. Ce nest pas le résultat en valeur absolue qui mimpressionne, il ne manquerait plus que cela que je sois satisfait par ce nombre en prenant en compte laccroissement de la population et les moyens considérables qui ont été mis. Largument du temps quil faut pour quune société évolue, je le rejette pour la raison déjà exprimée. Nous étions tous prêts à cette évolution, il ny avait aucune raison quelle ait pris autant de temps pour en arriver à un écart encore si grand. Un autre argument quon me lance toujours à la figure pour mon impatience et mon désespoir est que la discrimination est identique dans la plupart des pays à haut niveau de développement économique. Je le rejette tout autant pour une raison bien simple, cest en Algérie que je suis né et cest dans lécole algérienne que javais nourri lespoir que notre génération était le point de départ de légalité. Je ne suis né ni au Chili ni aux États-Unis. On me dit aussi que cest le temps engagé pour léducation des enfants et les responsabilités du foyer. Je rejette radicalement largument. On me dit que cest le poids de la pression sociale. Et nous alors, nous ne la subissions pas ? On me dit que cest ladhésion aux valeurs et cultures de la société. Alors là, jarrête car je me fâcherais violemment avec beaucoup et je ne le souhaite jamais dans mes chroniques. Où sont les femmes ? Me disent certains. Eh bien, encore dans la cuisine. Où voulez-vous quelles soient puisque cest le maintien des traditions qui lexige ? Et depuis plus de soixante ans je ne vois toujours pas le plat de la liberté être servi à table. Les feignantes !