De la laideur et de la beauté
Les deux peuvent être le produit d’une biologie ou le résultat artificiel d’un état d’esprit.
L’une est une chose susceptible d’être une miroiterie innée, l’autre est une contrefaçon d’éthique. La beauté ne se reflète pas uniquement sur la surface faciale d’un visage d’homme ou de femme. Un moment d’infortune peut flétrir cette merveille corporelle, alors que celle qui s’encage dans les parois du cœur, la bonté, elle est éternelle. Quant à la laideur, elle n’est pas l’exclusivité d’une image physique. Elle n’estampille pas uniquement des faciès humains. Elle peut se nicher dans la résonance d’une voix indécente ou au sein d’une méchanceté gratuite. Il y a de ces beautés où l’on est béat d’admiration devant la splendeur qu’elles dégagent. Cohérence, symétrie et harmonie avec une perception captive. Et de ces laideurs où l’on débagoule devant la raclure qu’elles dégoulinent. Dissonance, agressivité, insalubrité. L’on peut voir un homme, une femme, un champ, une chambre, une œuvre à moindre effet de beauté, toutefois ses paroles, sa propreté, sa verdure, son art tiendront à accroître le charme qui supplée à ce que l’on voit conçoit comme laideur. Chacun de nous porte en ses yeux, le prisme de toute vision. S’il aspire à la contemplation de ce qui est subliminal, il saura trouver ce qui l’exalte. Si ses verres optiques se pointent sur le mal, l’insalubre ou l’insanité, il ne saura capter que le hideux et l’épouvante. C’est d’un simple regard, d’une banale audition que naissent les jolis contours d’une beauté qui nous jubilent ou les affreux pourtours de la laideur qui nous enténèbrent. L’amour est une beauté, ainsi que la sincérité, les parents, la bonne parole, la mer, la forêt. Là où la laideur règne en maître, c’est quand l’incivilité, l’esbroufe, la lâcheté, le meurtre s’affichent en face et sans rougir. L’arrogance. C’est dire que l’incurie efface le beau et la magnanimité embellit ce qui semblait enlaidi. On est tous laids quand on n’arrive plus à distinguer le bon grain de l’ivraie. Quand on abîme le strict d’humanisme qui nous anime. L’on ne sera beau que si nous gardons en nous une morale et une authenticité exemplaires.