Tiaret
Chronique d’une journée caniculaire
Tiaret vit un été semblable aux précédents : lourd, immobile, anesthésié. L'été de la « cuvée 2026 » à Tiaret a ceci de particulier qu'il a fait une entrée en l...

En ce lundi 3 août, à 9h, le mercure affiche 31° Celsius déjà. La ville dort encore. Rien ne semble troubler cette torpeur qui enveloppe la ville et ses quartiers, anciens et récents. Aux quatre coins de la ville, pas âme qui vive, à part une poignée de quidams se dirigeant à la manière des «automates» vers le centre-ville. Au beau milieu de la «place rouge», indémodable bourse à ragots de la cité des Rostémides, des silhouettes avachies glissent d'ombre en ombre à la recherche d'un brin de fraîcheur. Fidèle à sa réputation, la « place rouge » donne l'impression de chuchoter dans l'oreille de la ville pour lui raconter des « histoires » qui ne tiennent jamais debout. Sur la place « El Blaça », on y vient aux nouvelles, pour voir qui est encore là, qui est parti, qui nous a quittés, les réseaux sociaux relayant plus de faire-part que d’événements heureux. Ali et ses copains, assis à même le sol face au kiosque à journaux de « Aâmi Boucetta », commentent la tragique actualité nationale et internationale avec le terrible accident de Boumerdès et le coup de grisou migratoire provoqué par le Maroc voisin. Djilali a le cœur serré en apprenant la mort par noyade de trois jeunes Tiarétiens, partis faire trempette sur le littoral mostaganémois. « Un autre jeune de 32 ans est lui aussi mort noyé sur une plage de Aïn Témouchent », lui rappelle son ami assis juste en face de lui. « Deux jeunes sont morts cette semaine, noyés dans la cascade de Sidi Ouadah par une chaleur écrasante », s’émeut encore Djilali, cigarette au bec et main en visière pour se protéger des dards du soleil. Khaled, 39 ans, se qualifie lui-même de « chômeur chronique !» qui court après un job depuis onze ans. Faisant bon et gros cœur contre mauvaise fortune, Khaled, même s'il accepte ce que la vie a fait de lui, a toujours un sang d'encre à la vue du mausolée de Sidi M'hamed, transformé en une «décharge à ciel ouvert», fulmine-t-il. Cet été à Tiaret, tout le monde a la nette impression de devenir «fauché» et pour cause ! Dans une région où il fait bon ou mal vivre en fonction de la saison agricole, cette année, la terre comme le ciel ont été magnanimes avec des conséquences ressenties par tout un chacun. Mais les prix des fruits et légumes ne baissent pas. Quant aux produits carnés et autres fruits de mer, en parler est une « injure» au porte-monnaie de la ménagère. Le marché couvert, un moment rendu à la propreté et la salubrité publique, a repris avec le commerce informel et une flopée de marchands ambulants qui squattent rues et ruelles. Partout dans les salons de thé et autres cafés qui poussent comme des champignons, un seul sujet dans les bouches : la dégradation du réseau routier et les nids de poule qui donnent le vertige aux automobilistes, aux taxis et aux transporteurs publics en particulier. Cette année, en raison d’un épisode caniculaire exceptionnel, jusqu’à 46° Celsius à l’ombre, des coupures cycliques d’énergie électrique viennent s’ajouter au décor. L’eau, cet été, semble mieux maîtrisée que l’an dernier, mais reste un sujet sensible dans une ville où l’accès aux services de base reste à améliorer. Même si de nouvelles piscines ont été ouvertes cet été dans trois communes, ces infrastructures sont encore rares. Tromper l'ennui A une encablure plus haut, la «place Ali Maâchi», occupée quotidiennement par les tempes grises. Les jets d'eau, au milieu de la placette, donnent une certaine fraîcheur à l'air ambiant. Assis sur des bouts de cartons, les retraités glissent d'ombre en ombre pour échapper au soleil brûlant. Avant de quitter les lieux, chacun cache son bout de carton entre deux branches d'un arbre avant de revenir le lendemain, et rebelote ! Une chaleur étouffante aidant, toutes sortes de bestioles ont envahi la ville, comme jamais auparavant. Les moustiques et autres moucherons ont envahi jusqu'aux salons climatisés, donnant des nuits blanches à plus d'un couche-tard. Il est presque dix heures passées et toute la ville n'est pas encore arrachée à son sommeil. Et pour cause, la veille, une canicule à faire tituber un dromadaire a contraint plus d'un Tiaréti à humer l'air frais dehors, jusqu'à très tard dans la nuit. Vers 19 heures, comme chaque été, une foule bigarrée est agglutinée aux alentours de l'ex-place Carnot. Devinez pour quelle raison ! Les jets d'eau, sont utilisés comme des climatiseurs naturels pour se rafraîchir avec les «postillons» dégagés par une eau fraîche provenant directement de Aïn El-Djenane. Jusqu'à une heure tardive de la nuit, des jeunes et des moins jeunes hument l'air frais sur du marbre rutilant au milieu d'interminables palabres au sujet de tout, de tous et de rien en même temps. Cette année, toutes les activités festives ont été suspendues jusqu’à fin août. Alors, pour tromper l'ennui ambiant, tout le monde se débrouille comme il peut. La ville transpire l'ennui jusqu'à l'étouffement ! A part quelques brèves virées nocturnes pour les plus téméraires, des sorties le soir pour humer un peu d'air frais, la plupart des Tiarétiens se terrent chez eux dès 20 heures tapantes pour se shooter à volonté aux images venues d'ailleurs.