Les villes montrent comment l’action climatique améliore la vie
NEW YORK/BRUXELLES—Dans la lutte mondiale contre le changement climatique, les objectifs et les engagements n’ont pas manqué.

Au bout du compte, les gens jugent pourtant les progrès à l’aune de ce qu’ils vivent au quotidien. Et nulle part l’impact de l’action climatique n’est plus concret que dans les villes du monde. Les maires savent que les mêmes mesures qui réduisent les émissions de gaz à effet de serre (GES) et renforcent la résilience climatique améliorent aussi la vie de tous les jours. Des logements économes en énergie font baisser les factures des ménages. Un meilleur accès aux énergies renouvelables réduit la dépendance aux combustibles fossiles importés et la vulnérabilité aux flambées des prix du pétrole et du gaz. Des transports publics plus performants et des infrastructures cyclables plus sûres offrent des moyens de se déplacer plus abordables et plus sains. Les arbres et les espaces verts améliorent la qualité de l’air, rafraîchissent les quartiers et rendent les villes plus agréables à vivre. L’action climatique consiste néanmoins aussi à protéger les populations contre les effets, déjà bien réels, du réchauffement de la planète. Canicules, inondations, sécheresses et événements météorologiques extrêmes deviennent plus fréquents et plus intenses. Les villes et leurs habitants se retrouvent de plus en plus en première ligne. C’est pourquoi affronter le changement climatique impose de mener l’adaptation de front avec l’atténuation. Partout dans le monde, des responsables locaux adaptent écoles, hôpitaux, maisons de retraite et espaces publics pour protéger les citoyens de la chaleur excessive et d’autres risques climatiques. Des dispositifs d’ombrage, des toitures végétalisées et des solutions de rafraîchissement naturel peuvent renforcer sensiblement la résilience des villes face à la hausse des températures, les enfants, les personnes âgées et d’autres habitants vulnérables en étant souvent les premiers bénéficiaires. La combinaison de mesures d’adaptation et d’efficacité énergétique peut sauver des vies, améliorer le bien-être et réduire les coûts de l’énergie. Ces investissements verts attirent aussi talents, innovation et capitaux privés, faisant de l’action climatique une opportunité économique. Les maires mettent ces principes en pratique depuis des années. Résultat : les émissions de GES ont reculé dans nombre des plus grandes villes du monde, alors même que leur population continuait de croître. De plus, des villes de toutes tailles et de toutes régions travaillent ensemble pour accélérer les progrès accomplis individuellement. Au cours de la dernière décennie, le Pacte mondial des maires pour le climat et l’énergie (Global Covenant of Mayors - GCoM) est devenu une alliance de plus de 14 000 villes et collectivités locales dans 150 pays, représentant plus d’un milliard de personnes. De nombreuses villes membres se sont fixé des objectifs climatiques plus ambitieux que ceux de leurs gouvernements nationaux — et sont en bonne voie pour les atteindre plus rapidement. Pourtant, les villes pourraient aller plus vite et plus loin avec un soutien accru. Elles ont notamment un besoin urgent d’expertise technique et d’accès au financement. Beaucoup d’autorités locales ne disposent toujours pas des ressources nécessaires pour identifier, élaborer et mettre en œuvre des projets climatiques à l’échelle requise. Les partenariats peuvent contribuer à répondre à ces besoins. Le City Climate Finance Gap Fund, soutenu par le GCoM et la Banque mondiale, aide déjà les villes à concevoir des projets capables d’attirer des investissements et d’apporter des bénéfices tangibles à leurs populations. Ces dernières années, il a accompagné plus de 1 400 villes pour transformer l’ambition climatique en actions concrètes. À présent, le GCoM, C40 (un réseau des plus grandes villes du monde engagées dans la lutte contre le changement climatique) et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement s’appuient sur ce travail avec un nouveau partenariat visant à aider les villes à changer d’échelle dans leurs projets climatiques grâce à un appui technique et financier. Cette initiative se concentrera largement sur les régions où l’écart entre l’ambition et les ressources disponibles est le plus grand. Les gouvernements nationaux reconnaissent de plus en plus la capacité des villes à faire avancer la lutte contre le changement climatique. C’est prometteur, mais ce ne devrait être qu’un début. Les maires et les responsables municipaux comprennent mieux que quiconque que les politiques climatiques les plus efficaces sont celles que les gens peuvent voir et ressentir dans leur vie quotidienne : un air plus propre, des rues plus sûres, des factures d’énergie moins élevées, des logements plus sains et une meilleure protection contre les phénomènes météorologiques extrêmes. Avec le bon soutien, les villes peuvent continuer à protéger les populations, renforcer la résilience et créer les conditions d’une croissance durable. Surtout, elles peuvent jouer un rôle de leadership puissant en montrant au monde que l’action climatique n’est pas un fardeau, mais une occasion de bâtir une vie meilleure et des communautés plus dynamiques pour tous. * Fondateur de Bloomberg L.P. et de Bloomberg Philanthropies, et ancien maire de New York (2002-2013), est l’envoyé spécial du Secrétaire général des Nations unies pour l’ambition et les solutions climatiques, ainsi que coprésident du Pacte mondial des maires pour le climat et l’énergie. ** Vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée d’une transition propre, juste et compétitive, et coprésidente du Pacte mondial des maires pour le climat et l’énergie.