L’accord entre les États-Unis et l’Iran constitue une première étape

WASHINGTON, DC - L’annonce de dimanche concernant un protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran marque une avancée importante.

Après des mois d’hostilités ouvertes, qui ont entraîné de lourdes pertes – sur le plan des vies humaines comme des moyens de subsistance - et infligé des dégâts économiques majeurs à l’économie mondiale, ce protocole d’accord fournit le socle nécessaire à une diplomatie susceptible de remédier aux répercussions stagflationnistes de la guerre. La guerre ayant assombri les perspectives déjà préoccupantes de la plupart des États et des entreprises, cette annonce est naturellement saluée. Pour autant, aussi cruciale soit-elle, il ne s’agit que d’une première étape. Un véritable retour à la stabilité économique mondiale dépend encore de la capacité de toutes les parties concernées à passer d’un accord-cadre à un accord durable. Évidemment, cette incertitude n’a pas empêché les marchés financiers mondiaux de réagir comme si l’activité économique normale avait déjà été rétablie. Les anticipations d’une réouverture du détroit d’Ormuz et d’une reprise à plein régime des exportations d’énergie vers les marchés internationaux ont entraîné une forte baisse des cours mondiaux du pétrole, qui a elle-même eu pour conséquences une stimulation des marchés boursiers à l’échelle mondiale et une diminution des coûts d’emprunt. Par ailleurs, dans les premières heures qui ont suivi l’annonce de l’accord, certains acteurs du marché obligataire ont revu à la baisse leurs hypothèses quant à l’ampleur des hausses de taux d’intérêt que les banques centrales devraient appliquer, estimant que le mémorandum pourrait conduire à un assouplissement des contraintes du côté de l’offre, qui alimentent l’inflation. Un soulagement durable pour l’économie mondiale dépendra toutefois de la capacité des États-Unis et de l’Iran à surmonter les profondes complexités opérationnelles qu’implique leur accord. Pour les économistes et une importante partie des marchés financiers, il est trop tôt pour affirmer que tout est rentré dans l’ordre. Les prochaines semaines seront placées sous le signe d’une évaluation étape par étape de la situation, visant à déterminer si la diplomatie renouvelée pourra résister aux réalités structurelles. Quatre questions doivent plus précisément être clarifiées. Premièrement, les équipes techniques américaines et iraniennes parviendront-elles à résoudre point par point ce que le vice-président américain JD Vance décrit comme de « nombreux » détails restant à négocier ? Il leur faudra non seulement solutionner les questions en suspens, mais également gérer la transition inévitable du protocole d’accord vers des discussions constructives autour des enjeux fondamentaux à l’origine du conflit – notamment le programme nucléaire iranien et la question plus large de la sécurité régionale. Deuxièmement, la réaction des acteurs internationaux et régionaux sera susceptible soit de consolider, soit de saboter cette paix fragile. D’un côté, les alliés des États-Unis en Europe et au Moyen-Orient souhaitent vivement la fin du choc lié à l’approvisionnement énergétique, espérant un effort multilatéral plus large à l’appui d’une paix durable – une dynamique qui devrait être pleinement perceptible lors du sommet du G7, qui se tient cette semaine en France. De l’autre, Israël continue de frapper des cibles au Liban, et a d’ores et déjà exprimé son refus de se retirer du territoire qu’il occupe depuis le début de la guerre. Troisièmement, la rapidité de la normalisation sera déterminante pour rétablir la santé économique mondiale. La réouverture d’un goulot d’étranglement tel que le détroit d’Ormuz n’est pas un exercice instantané. L’ajustement des tarifs d’assurance maritime, la mise en œuvre d’opérations de déminage et l’accélération de la production énergétique nécessitent tous du temps. Enfin, il est nécessaire que les dirigeants politiques évaluent avec soin dans quelle mesure la guerre a provoqué des séquelles économiques d’une part, et bâti une résilience supplémentaire d’autre part. Le cessez-le-feu ne résout pas automatiquement les effets négatifs tels que la hausse des coûts mondiaux, dont certains ne se sont pas encore matérialisés (en particulier dans le secteur alimentaire). Ces chocs doivent toutefois être mis en balance avec les mesures de renforcement de la résilience que les États et les entreprises ont été contraints de mettre en œuvre – qu’il s’agisse de mettre en place des chaînes d’approvisionnement énergétiques alternatives contournant les goulots d’étranglement actuels ou d’accorder une plus grande importance logistique aux stocks de précaution. La plupart des économistes s’abstiendront de proclamer un retour à la normale tant que ces enjeux seront susceptibles de faire dérailler ou de prolonger le processus. L’approche des dirigeants politiques sera dans un premier temps dominée par la prudence, comme l’illustreront les commentaires relatifs aux réunions de politique monétaire des grandes banques centrales cette semaine. Cela vaut pour la Réserve fédérale américaine, qui se félicitera du cessez-le-feu, mais qui ne considérera certainement pas l’accord-cadre préliminaire comme une neutralisation complète et immédiate des effets négatifs de la guerre sur l’inflation. La Fed et les autres banques centrales attendront les preuves tangibles de la résolution des détails, de la réouverture durable du détroit d’Ormuz, ainsi que du rétablissement effectif de la production et du transport maritime. L’annonce récente constitue une nouvelle positive, mais pas définitive. Le chemin menant d’une déclaration d’intention diplomatique à une chaîne d’approvisionnement énergétique pleinement rétablie et non inflationniste est semé d’embûches politiques, techniques et physiques. Les prochaines semaines révèleront à quelle vitesse les États-Unis et l’Iran pourront surmonter les obstacles à la mise en œuvre de l’accord. D’ici là, l’économie mondiale demeure dans une forme d’espoir en suspens, et pas encore sur la voie d’une reprise définitive. *Ancien président du Queens’ College de l’Université de Cambridge, est professeur à la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie, où il est également Senior Global Fellow à l’Institut Lauder. Conseiller économique en chef d’Allianz, et président de Gramercy Funds, il est l’auteur de l’ouvrage intitulé The Only Game in Town : Central Banks, Instability, and Avoiding the Next Collapse (Random House, 2016) et coauteur (avec Gordon Brown, Michael Spence et Reid Lidow) de Permacrisis: A Plan to Fix a Fractured World (Simon & Schuster, 2023).