Recentrer l’état sur la mer

Pour une gouvernance souveraine, intégrée et durable du littoral algérien ! L’Algérie fait face à une urgence stratégique qui dépasse la simple gestion saisonni...

S’étendant sur plus de 2 148 kilomètres de côtes, le domaine maritime algérien constitue une ressource géopolitique, économique et écologique de premier ordre. Pourtant, la gouvernance de cet espace vital souffre aujourd’hui d’un morcellement administratif handicapant : entre l’incurie locale, la prolifération de réseaux informels sur les plages, les atteintes environnementales graves et un contexte méditerranéen global sous haute tension marqué par des rivalités géostratégiques et environnementales majeures, l’État doit opérer une mutation profonde. Il ne s’agit plus seulement de gérer des activités balnéaires, mais d’affirmer une véritable ambition maritime nationale. I. L’épreuve du littoral : du havre naturel au dysfonctionnement systémique Chaque saison estivale agit comme un révélateur des défaillances de la gestion locale. Alors même que les directives du ministère de l’Intérieur réaffirment avec constance le principe de gratuité et de libre accès aux plages, la réalité du terrain témoigne d’un recul notable de l’autorité publique. - Mainmise de l’informel et anarchie locale : Des groupes organisés imposent des péages sauvages, la location forcée d’équipements et une tarification illicite du stationnement. Dans trop de communes, l’attribution des concessions s’effectue dans un cadre populiste, confiant la gestion d’espaces publics sensibles à des acteurs démunis de toute compétence ou expérience managériale. - Projets inadaptés et dégradation du cadre naturel : Au lieu de préserver la qualité originelle du sable, certains maîtres d’ouvrage n’hésitent pas à recouvrir le littoral d’un sable de concassage noir et poussiéreuxdestiné initialement au secteur du bâtiment, dénaturant le paysage et détériorant l’expérience des citoyens. - Pression environnementale non maîtrisée : - La pollution industrielle et domestique continue de se déverser sans traitement adéquat sur des sites majeurs (Reghaïa, Zéralda, Corso), menaçant la santé publique et la biodiversité marine. L’action du ministère de l’Environnement, bien que mobilisée, reste freinée par un manque de coordination intersectorielle. II. Une réponse institutionnelle novatrice : la nomination de Walis Maritimes Face au morcellement des prérogatives entre ministères, collectivités locales et services de sécurité, l’Algérie doit rénover son architecture administrative par la création d’une autorité déconcentrée dédiée : le Wali Maritime. Déployés à travers les 14 wilayas côtières du pays, ces walis spécialisés disposeraient d’un pouvoir de police générale étendu et assureraient la synthèse de l’action de l’État en mer et sur la bande littorale. Leurs missions prioritaires : 1. Restauration de la légalité : - Faire respecter rigoureusement la gratuité du domaine public maritime et réguler fermement les concessions attribuées. - Coordonner la lutte contre les activités illicites (pêche illégale, trafics divers, immigration clandestine) en liaison étroite avec les Garde-Côtes, la Gendarmerie nationale et les autorités portuaires. 2. Tutelle environnementale : Agir en tant que garant de la qualité des eaux de baignade, surveiller les rejets polluants et veiller à la préservation des écosystèmes côtiers. III. Repenser la Méditerranée : Un paradigme stratégique global La mer méditerranée cesse progressivement d’être un simple espace de contacts pacifiques pour devenir le théâtre de tensions géopolitiques, économiques et climatiques majeures. En conséquence, l’Algérie ne peut aborder son littoral comme un simple décor de vacances. La protection du littoral s’inscrit directement dans la souveraineté nationale. Un État fort sur ses côtes est un État en mesure de : - Protéger ses ressources halieutiques et énergétiques off-shore. - Répondre aux risques de marées noires ou d’incidents écologiques majeurs. - Offrir à ses citoyens un cadre de vie sécurisé, équitable et conforme aux standards internationaux de développement durable. Conclusion L’Algérie maritime exige un choix politique fondateur. Il ne s’agit plus d’ajuster marginalement la gestion des saisons estivales, mais d’engager une véritable refonte de notre doctrine maritime. La création de wilayas maritimes, et partant la désignation de 14 walis maritimes constituerait un signal fort : Celui d’un État restauré dans ses prérogatives, soucieux de protéger son patrimoine naturel et déterminé à garantir le droit légitime de chaque citoyen à un littoral sûr, libre et préservé. En recentrant son action sur la mer, notre pays se dotera des instruments institutionnels indispensables pour répondre aux défis majeurs de la Méditerranée du XXII” siècle. *Ancien cadre supérieurde l’Etat