Législatives 2026

Quelques lectures sur les élections, … et réflexions sur le taux de participation

Depuis 2019, la direction politique du pays a engagé une correction de la gouvernance globale du pays, ainsi que la révision de certains choix des politiques pu...

C’est ainsi que de nombreuses réformes économiques et politiques ont été effectuées et devaient, d’abord, servir à l’amélioration des conditions de vie sociales des citoyens, ensuite et plus généralement, au renforcement de la stabilité du pays et de ses institutions. Également, l’agenda concerne la consécration de l’Etat de droit, et la démocratisation de la vie publique ; les élections constituant l’essentiel de la démarche. Dans ce cadre, des modifications sur le système électoral adopté en 2021,en application de la révision de la constitution intervenue au cours de la même année, ont été introduites en 2026. Leurs impacts sur la préparation et sur le déroulement des élections législatives de 2026 révèlent quelques éléments d’appréciation de l’état d’avancement du projet de parachèvement du « renforcement-stabilisation » des institutions dans notre pays. Il est utile pour la clarté du propos, de dire que l’évolution démocratique de tout pays, ne peut être acquise que par l’apport et la contribution de toutes les composantes de l’Etat ; les engagements et les attitudes des sociétés civiles et politiques sont déterminantes, pour la réussite de cette construction démocratique des institutions. Nous abordons, ici, en partant d’une lecture du déroulement et des premiers résultats de l’élection législative de juillet 2026,une question qui nous semble ralentir le développement du pays, et son évolution vers les changements programmés : il s’agit de la problématique de la faiblesse de la participation des citoyens aux élections, qui est devenue récurrente à l’occasion de certains scrutins, en particulier le scrutin législatif. Nous nous intéresserons, ensuite, au projet d’interdiction de l’utilisation de l’argent pour faire la politique, et vice-versa ; un projet qui se met en place progressivement, et qui s’est imposé comme thème de campagne important, dans les dernières législatives.En particulier, nous regarderons ce que cette disposition peut amener comme encouragement et amélioration à la participation citoyenne aux élections. Également, seront abordées d’autres thèmes, que nous pensons susceptibles d’impacter positivement, le taux de participation, et donc favoriser l’évolution souhaitée pour les institutions de la république. Pour revenir à la question du taux de participation, pour les législatives 2026,le premier responsable de l’autorité nationale indépendante des élections, l’ANIE, a annoncé officiellement le chiffre de 21.24 à l’intérieur du pays, et de 10.5 à l’étranger. Il était d’à peine 1 point de plus en 2021, et c’est encore une fois très bas : sur les 24 millions d’inscrits, seuls 5 millions ont voté. Ainsi, l’abstention des algériens à se rendre aux urnes, stagne à un niveau élevé depuis longtemps, et semble se banaliser dans l’opinion, alors qu’elle doit constituer une préoccupation pour tous, dans l’intérêt de la nation. Dans cet esprit, il faut d’abord cerner la réalité de cette position : l’abstention de voter est, usuellement, l’expression d’un soutien à un appel d’un parti, une association, ou tout groupe autorisé à organiser une action « ponctuelle » particulière autour d’un sujet donné. Elle peut être, aussi, une position individuelle où le citoyen exprime son propre désaccord avec l’Autorité en place, en refusant de participer à une consultation électorale. Le désaccord peut être de différentes natures, mais les raisons« avouées » reposent souvent sur des aprioris, comme lorsque le citoyen dit ne pas voir la nécessité ou l’intérêt de voter, pensant que « le choix proposé est déjà fait par l’Administration ». Ou encore quand l’abstentionniste pense que le système électoral mis en place ne lui garantît pas de choisir les plus aptes à s’occuper des affaires de la cité, … ou d’autres genres de désaccord. L’abstention qui est par ailleurs une attitude universelle qui accompagne les élections, est,en Algérie, rarement une action politique militante coordonnée entre groupes, mais l’expression d’une position individuelle, résultante de nombreuses insatisfactions cumulées sur différents sujets. C’est ce genre d’abstentions observées de manière récurrente lors des élections, législatives en particulier, qu’il faut, à mon avis, traiter en priorité parce qu’elles gênent le fonctionnement du pays, par leur nombre devenu important, mais aussi leur acceptation dans la banalisation quasi générale, dans la société. Ici, la responsabilité de l’Administration, de la société civile et de la société politique doit être totalement solidaire, dans la recherche de solutions. A notre avis, la création de l’ANIE est le début de cette solution ; son mode de fonctionnement peut être la solution durable, s’il est bien adapté à l’environnement politique national. Dans ce sens, la création d’un conseil à caractère consultatif, représentatif des sociétés civiles et politiques, aux cotés de l’Autorité, pour l’assister dans la préparation de la décision, dans la communication, et dans d’autres taches. est à notre avis une piste à étudier. Notre propos sur la faiblesse du taux de participation ne portera pas que sur l’abstention dans son volet volontaire, c’est-à-dire « politique », mais aussi sur les dysfonctionnements techniques pouvant apparaitre dans l’organisation et le déroulement des scrutins, et qui peuvent amplifier et aggraver de façon significative la non-participation effective aux élections. La preuve la plus évidente reste le nombre important de bulletins nuls, dus aux erreurs au cours de « l’opération de vote » et à l’ignorance des règles par le votant. Pour les dernières législatives, l’autorité indépendante a noté 91.000 bulletins annulés, pour les 5 millions de votants, ce qui peut constituer un chiffre et un argument importants dans des manipulations éventuelles, tentant de confondre sciemment le refus de voter avec l’annulation pour considérations techniques, quand il s’agit de mesurer le degré de représentativité de l’élu, ou du niveau de participation réel de l’électeur au choix de son député. C’est pourquoi, et à notre avis, il devient utile de simplifier certaines procédures, et démultiplier les occasions d’explications ,afin de réduire les erreurs pouvant amener à l’annulation de bulletins, et diminuer de la complexité qui justifie chez certains électeurs l’absence aux élections. Par exemple, dans le scrutin de liste actuel, quand l’électeur choisit une liste mais ne choisit aucun candidat, la liste (seule) bénéficie du vote ; mais quand l’électeur choisit une liste et des candidats en nombre supérieur au nombre total de députés de la circonscription, le bulletin est annulé, alors qu’il ne gêne en rien de le valider, dès lors que les bulletins où aucun candidat n’est choisi, le sont (1). D’autres simplifications existent et peuvent être adoptées, elles encouragent l’électeur à aller à l’urne s’il a compris comment voter, et donc, contribueront à améliorer les taux de participation. Nous proposons quelques-unes, dans ce texte, en partant des données relatives aux dernières législatives. L’autre sujet que nous abordons, concerne la problématique apparue dans l’élaboration des listes, et qui est l’intérêt accordé à la position des candidats sur le bulletin de vote.Ce sujet qui a retardé l’entrée en campagne pour certains partis, peut aussi diminuer le taux de participation, parce qu’il peut servir à l’introduction de doutes sur la sincérité du scrutin.En effet,la dernière modification de la loi et des règles électorales redonne l’autorité du positionnement des candidats sur le bulletin de vote, aux directions des partis, alors que c’est l’ordre alphabétique des candidats sélectionnés et retenus, qui prévalait. Dans ce nouveau contexte c’est l’ordre alphabétique qui est en cause, car le principe essentiel de l’attribution des sièges selon les résultats obtenus par chacun des candidats est, quant à lui, maintenu. Alors pourquoi ce changement, sachant qu’il peut induire des conflits entre candidats de la même liste, et affaiblir la solidarité entre eux ? Il faut préciser que cette disposition, qui est le classement des candidats dans un scrutin de liste, était déterminante dans le mode de votation entre 1997 et 2021, puisqu’elle donnait le droit au chef du parti de classer les candidats, au préalable, pour l’attribution des sièges obtenus par la liste, à l’issue de l’élection. Cette disposition de classement des candidats, par le chef politique, avait été ramenée à une simple présentation par ordre alphabétique, à l’occasion des législatives de 2021, et donc, l’attribution des sièges obtenus par une liste se fait, selon le résultat obtenu par chaque candidat de cette liste. Ceci a été ‘salué’ à ce moment comme une réelle avancée démocratique, parce que jugé plus juste pour les candidats et par les électeurs, qui considèrent que cela constitue plus de ‘respect’ de leur vote et de leurs choix de représentants. De ce fait, ces considérations devraient participer à améliorer le taux de participation des citoyens aux élections, ce qui n’a pas été nettement remarqué à travers les statistiques enregistrés ; il a été à 21 %, mais les circonstances du moment pouvaient masquer les tendances réelles.Le changement intervenu en 2026, sur la manière de présenter les noms sur la liste, viendrait du fait que les résultats des élections législatives et locales précédentes, ont été impactés par l’ordre alphabétique, et ont montré un avantage certain aux noms débutant par les premières lettres de l’alphabet, parce que certains citoyens votent pour une liste, sans réellement choisir de candidats, en se contentant de cocher de façon imprécise et aléatoire, une partie de cette liste. Ce genre d’imprécision dans ce genre de scrutin fait, souvent, bénéficier aux premiers de la liste, d’un vote qui ne leur est pas destiné. Néanmoins, il apparait clairement que la correction introduite en 2026 ne peut éliminer l’impact négatif en attribution des voix d’un vote approximatif, consistant à « cocher des noms, les premiers de la liste qui se présentent, sans conviction ». L’évaluation n’est pas encore complètement faite, mais en se contentant de remplacer l’ordre alphabétique de la liste, par un positionnement des candidats, décidé par le parti (ou du responsable de la liste), on peut, juste,réorienter le bénéfice éventuel des voix imprévues, produites par l’absence réelle de choix par l’électeur, dans un vote « formel », un « devoir » de citoyen. En fait, la solution n’est pas que technique, elle est, surtout, dans le comportement de l’électeur qu’il s’agit d’amener à changer. Enfin, l’attitude des députés lors du traitement de la question de la liste par ordre alphabétique, confirme que la classe politique admet l’existence « de l’attribution injuste de voix », du fait de votes imprécis ou d’erreurs « techniques ». En réalité, le poids (chiffré)de cette situation est très réduit, mais son impact politique dans l’opinion peut être influent, et amplifier la tendance à l’abstention. Il s’agit, alors, pour l’Administration, l’ANIE et les partis politiques de maintenir l’effort, pour réduire voire éliminer les insuffisances techniques ou matérielles, afin de préserver l’évolution remarquée du système électoral, au cours de ces dernières années. Nous avons proposé, ici, quelques pistes, mais ce qui semble déjà crédible, efficace et maitrisable, serait d’augmenter le nombre de circonscriptions (pour certaines wilaya), afin de réduire le nombre de candidats par liste (8 à 10 maximum), et obliger le votant à mettre plus de clarté dans son bulletin, dans un cadre de lois et de règles simplifiées compréhensibles et faisables par tous. La question de la séparation de la politique avec l’argent a occupé une place importante dans la campagne des élections législatives de 2026, avec l’initiative de l’ANIE de mettre en œuvre, de nouvelles dispositions dans l’application de cette importante orientation. Rappelons que le Président de la république a mis cette option comme ‘une des priorités de la politique’ proposée dans son programme électoral. Et que depuis les élections de 2019 l’opinion publique n’a plus cessé son soutien, voire sa revendication, à cette orientation. Mais sur le terrain, l’application de ce grand et délicat principe a connu, à notre avis, nombre de lenteurs. Et c’est de l’ANIE qu’est arrivée l’accélération de la mise en œuvre, avec la décision forte de « refuser des candidatures, pour raison de proximité avec les milieux de l’argent », en application de textes pris en 2026.Cette décision de l’ANIE de refuser, à une large échelle, la candidature à de nombreux citoyens, y compris des députés sortants, a provoqué une réaction assez vive au sein des partis politiques, qui ont exprimé leur incompréhension devant la manière d’appréhender cette délicate question, et en particulier, devant l’absence d’informations sur les critères utilisés. Dans l’opinion publique, même si les avis sont souvent personnalisés, et donc, susceptibles de subjectivité, la manière d’appliquer la loi a suscité des lectures diverses, mais toutes les observations enregistrées notent l’accélération inattendue de sa « généralisation », et l’absence de communication sur le sujet, au moment de la préparation des élections. Par ailleurs, l’initiative et la manière déployées par l’ANIE dans le traitement d’une décision aussi importante, a suggéré à certains analystes la question de savoir, si cette accélération « du processus de séparation entre l’argent et la politique » n’est pas une position que l’ANIE voulait voir correspondre à l’engagement du Président dans son projet électoral ; un projet en cours de généralisation de sa réalisation, dans tous ses aspects. Beaucoup a été réalisé sur le plan économique et social. Alors que le volet politique se met en place progressivement, sur le terrain, les nuances voire les différences dans les manières d’appliquer ce choix stratégique par les différents organes et institutions, pour interdire l’utilisation de l’argent en politique et vice-versa, doivent être clarifiées et unifiées : cela détermine la faisabilité pratique de cette mesure phare, dans un climat serein. A notre avis, le principe de séparation de l’argent et de la politique est bien admis dans la société algérienne, et ce seront les choix des méthodes pour y parvenir, et la clarté dans l’application des critères, qui assureront la réussite finale de ce projet. Quant aux questionnements qui se posent, ils peuvent être traités, en commençant par donner les réponses les plus simples ; par exemple : -préciser que les citoyens sont égaux devant leurs droits fondamentaux constitutionnels, et que le citoyen riche a autant le droit qu’un citoyen pauvre d’être député. C’est la relation de l’argent avec la politique, quand l’un est utilisé par l’autre et vis-versa, qui pose problème ; -l’incompatibilité en question est décidée selon des critères fixés par la loi ;les rapports, appréciations ou enquêtes commandées à l’occasion de la candidature, ne constituent pas des éléments qui justifient un refus de candidature ; -renforcer le droit au recours pour le citoyen, d’un coté, et de l’autre le champ de compétence et l’autorité pour la justice, dans le traitement du recours. -préciser que le refus de candidature, quand il est prononcé pour cette incompatibilité, ne concerne qu’un mandat, celui auquel on est candidat ; -unifier par des textes, la définition des concepts engagés ici, pour éviter les risques de leurs utilisations détournées ; -etc. Enfin, sur un autre plan,le déroulement des législatives 2026 m’a amené, personnellement, par de nombreux aspects, à reconsidérer le sujet de la limitation du nombre de mandats électifs ; en tout cas pour le parlement. La question se pose : la disposition introduite en 2021, à un moment où le renouvellement du personnel politique constituait une préoccupation majeure, est-elle tout-à-fait juste, « en tout temps, sur le plan constitutionnel » ? Pour la réponse, la facilité m’aurait invité à me référer aux systèmes électoraux d’Etats démocratiques comme les USA, la France et d’autres. Mais à mon avis, la comparaison, ici, n’est pas viable : d’abord le mandat de député n’est, généralement, pas concerné par la limitation dans les grandes nations démocratiques ; la désignation du représentant à « l’assemblée nationale » est une affaire du citoyen électeur. Ensuite, dans ces pays-là, quand ces pratiques de limitation existent, elles relèvent plutôt du « luxe de la démocratie », et ne sont pas que de caractère politique ; la réalité est qu’elles relèvent aussi du champ culturel, historique, etc. et à ce titre, elles n’interviennent pas toujours avec des codes connus. Alors que pour des pays comme le nôtre, il y a généralement nécessité de laisser cumuler les expériences et les compétences, pour construire des institutions stables dans des environnements durables, et avec des élites et des encadrements efficaces. Pour conclure, il y a lieu de rappeler que pour réaliser les objectifs de correction de la gouvernance, et de renforcement et stabilisation des institutions, la direction du pays a fait clairement le choix des voies démocratiques, pour y parvenir ;les élections constituant les moyens préférés de la démarche. Dans ce cadre,le taux de participation aux élections, en stagnant dans la durée à un niveau bas, peut gêner le développement prévu pour le pays. Cette problématique est surement une préoccupation à prendre en charge de façon adéquate avec toute autre disposition ou mesure pouvant mobiliser l’électorat, et faire reculer l’abstention. Dans ce sens, nous avons formulé quelques suggestions sur le taux de participation, ainsi que sur d’autres questions que nous pensons susceptibles de contribuer à améliorer notre système électoral, dans certains de ses aspects. Par ailleurs, le contexte marqué cette semaine par l’annonce des résultats définitifs des législatives par la cour constitutionnelle, nous a amenés à exprimer des points de vue sur des sujets suggérés par le déroulement des élections, et les résultats annoncés. A ce titre, les premières lectures montrent le maintien, voire la progression de la tendance de rajeunissement du « personnel politique » ; plus du tiers des nouveaux députés ont moins de 40 ans. Il est également remarqué, une évolution positive du niveau d’études académiques chez les nouvelles élites politiques, puisque plus de 70% des entrants à l’assemblée nationale, sont diplômés de l’université. A l’inverse, un recul est remarqué dans la représentation féminine : seules 25 femmes sont élues parmi les 407 députés qui composeront l’assemblée populaire nationale, et ce malgré le respect de la disposition de loi, qui impose qu’au moins un tiers de la liste des candidats doit être constitué de femmes. Cela montre la difficulté pour une femme de se faire élire directement par le corps électoral, et repose la question sur l’opportunité de remettre en place les mécanismes d’avant 2021, pour assurer une présence de femmes à l’assemblée. En tout cas, cette situation relance le débat sur la promotion des femmes dans les institutions élues. Enfin, de l’avis exprimé par les citoyens lors de la campagne, et au vu des résultats chiffrés de ces législatives, beaucoup de progrès a été réalisé, en perspective d’un développement socioéconomique et politique équilibré. L’évolution de la construction démocratique d’institutions stables, devient visible sur le terrain. Mais dans ce domaine il y a toujours à faire. Notes : 1 :Il est utile de rappeler que le bulletin comporte un nombre de candidats égal au nombre de députés de la circonscription, auquel est rajouté le nombre de remplaçants. *Ancien cadre supérieur en retraite