Le Baccalauréat

Plongée au cœur d’un mythe éducatif

« Le Baccalauréat est le monument le plus complet de l’inutilité des tempsModernes ». (Albert valentin, Scénariste et réalisateur – 1902-1968).

Depuis plus de deux siècles, des milliers de candidats affrontent chaque année les épreuves d’un examen mythique appelé Baccalauréat, titre qui les autorise à rejoindre les bancs des universités. Le baccalauréat demeure l’unique diplôme qui se distingue par une histoire à la fois passionnante et émouvante, celle du combat acharné mené par les femmes européennes auxquelles on interdisait l’accès aux universités,et celui engagé par les indigènes Maghrébins que le colonialisme français maintenait dans l’ignorance. Ainsi, ce simple diplôme décrété par Napoléon soulève de nos jours des questions d’ordre organisationnel, politique, social et juridique. Avant d’aborder les différentes questions soulevées par le baccalauréat, jetons un regard sur sa naissance. La naissance du baccalauréat: entre politique et misogynie Le baccalauréat puise ses profondes racines dans l’université médiévale ou ce titre (Baie de laurier) récompensait les premiers grades académiques; sa forme moderne, on la doit à Napoléon Bonaparte, qui l’a institué par décret en 1808 dans le but de s’entourer d’une élite pour préserver son empire; la première session qui eut lieu en 1809 consistait en des épreuves orales portant sur la philosophie ainsi que la réthorique, et ne concernait que 31 candidats du sexe masculin; les jeunes lycéennes quant à elles, n’avaient pas le droit de participer aux épreuves nationales couronnant le cycle secondaire ; Si la magnifique Russe NADEJDA SOUSLOVA obtint son Baccalauréat en 1860.En France, il fallait attendre l’année 1861 pour voir la première femme, en l’occurrence, Julie victoireDoubié, agée alors de 37 ans décrocher le fameux diplôme. A l’époque le terme bachelière n’existait pas, seul celui de Bachelier (Jeune homme aspirant au grade de chevalier) figurait sur les documents officiels, comme sur le baccalauréat obtenu par si M’hammed Ben Rahal l’algérien en 1874 sous le statut de l’indigénat, il n’avait que 16 ans!, ainsi que sur celui du Docteur d’Etat en lettres, Mohamed Boucheneb,qui a obtenu la première partie du BAC en 1896. L’accès généralisé des filles aux examens du Baccalauréat s’est concrétisé entre 1870 et 1910, En Algérie, l’inoubliable, Aljia Noureddine Ben Allègue ; obtint le fameux sésame en 1930, elle est considérée comme la première femme Algérienne doctoresse et plus tard professeur en pédiatrie, à l’instar de sa consoeur,Nafissa Hamoud qui rejoint la wilaya IIIet réussit à l’examen du Baccalauréat vers 1936, La Tunisienne.Tawhida Benchikh l’a obtenu en 1928 et devint la première femme médecin en Tunisie; la talentueuse et célèbre Assia Djebbar obtint, quant à elle son Baccalauréat en 1953. Signalons un fait historique particulier, celui des neuf de Londres (The London NINE), ces courageuses filles qui obligèrent l’université de Londres à créer en 1869 un examen général pour les femmes qui leur permet d’accéder aux études universitaires. Les questions organisationnelles: le souci majeur de mesurer la qualité globale du système éducatif Le Baccalauréat sert non seulement à mesurer les capacités des élèves à suivre des études universitaires mais aussi et surtout à évaluer la qualité globale du système éducatif, c’est-à-dire examiner si le système éducatif en place est en mesure de fournir à la nation une élite en mesure d’assurer et de maintenir son développement économique, raison pour laquelle il existe plusieurs systèmes de sélection des étudiants universitaires, à côté d’organismes et institutions nationales et internationales, dont la mission est d’évaluer l’efficacité des diplômes qui couronnent la fin des études du cycle secondaire. S’agissant des méthodes de sélection, le Baccalauréat à la « Française », que l’on retrouve dans plusieurs pays colonisés par la France, ainsi qu’en Suisse (La Maturité), au Royaume Uni ( L’A- LEVEL), et qui consiste en un examen final très stressant après deux ou trois années d’études secondaires n’est pas l’unique système d’évaluation des futurs universitaires, on lui reproche d’ailleurs, d’être très couteux; nécessitant une logistique ainsi qu’une sécurité particulières et faisant perdre aux élèves des autres cycles des heures précieuses d’études, même s’il garantit une égalité parmi les lycéens appelés à affronter les mêmes sujets durant plusieurs jours, en sus d’une correction anonyme. D’autres nations, préfèrent le contrôle continu durant tout le cycle secondaire, comme c’est le cas en Allemagne (LABITUR) au Canada et dernièrement en France qui l’a jumelé avec l’examen final; Il est reproché au contrôle continu de créer une inégalité entre les élèves des différents lycées, inégalité due au phénomène de l’inflation des notes; Certains pays,par contre,font recours aux tests standardisés comme aux U.S.A avec leSAT ou l’ACT, sorte d’examens privés auxquels il est reproché un formatage scolaire au détriment de la pensée critique. Les grandes puissances industrielles quant à elles, organisent des concours d’entrée aux universités, à l’instar du GAOKAO chinois,(un concours ultra–compétitif), le KyosuTest Japonais (l’enfer des concours) et le SUNEUNG Coréen. Le choix du système d’évaluation n’est pas fortuit mais obéit à des considérations précises. Ainsi les nations qui cultivent la méritocratie et l’effort font recours aux concours, celles par contre qui cultivent le populisme sacralisent le Baccalauréat classique qu’ils peuvent manipuler aisément par le truchement des consignes données au jury national ou par la manipulation des notes.D’autres pays qui se soucient du bien être des lycéens et ont confiance en leurs enseignants favorisent plutôt le contrôle continu;les libéraux par contre se soucient du coût économique de l’opération et veillent à transférer par le biais du contrôle continu la charge économique qu’engendre l’organisation de l’examen final, notamment la surveillance, vers des équipes pédagogiques déjà en place. Devant l’inexistence d’un consensus absolu sur le meilleur système de sélection,les Etats font auditer leur système d’évaluation, donc la qualité de l’enseignement général, par des institutions et organismes internationaux objectifs et neutres, lesquels se réfèrent à des paramètres rigoureux pour apprécier le niveau mondial du programme éducatif. Biensûr chaque pays dispose d’organes nationaux chargés de contrôler la qualité globale du système éducatif, cependant on leur reproche d’être soumis aux instructions de leurs tutelles. A l’échelle internationale, il existe trois organismes mondiaux redoutables, dont la mission consiste à auditer le niveau mondial et l’efficacité des systèmes scolaires. Ces institutions internationales mesurent la qualité des systèmes éducatifs secondaires ainsi que la valeur de certification des fins d’études à travers des paramètres rigoureux, à savoir, la validité et la rigueur de l’évaluation de l’examen, la comparabilité des niveaux requis avec des cadres de référence, comme celui des certifications en Europe ainsi que l’efficacité des certifications ( Taux de réussite, fraudes et corruption). Ainsi L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique ) pilote la fameuse enquête PISA ( programme international pour le suivi des acquis des élèves ) considérée comme étant le baromètre mondial le plus influent en matière de comparaison des systèmes éducatifs ;L’enquête TIMSS ( TRENDS INTERNATIONAL MATHEMATICS AND SCIENCE STUDY) quant à elle, pilotée par l’IEA (INTERNATIONAL ASSOCIATION for the EVALUATION of EDUCATION ACHIEVEMENT) évalue la qualité de l’assimilation des élèves en mathématiques et en sciences .Le BOSTON COLLEGE( USA), un centre de recherche international, analyse la qualité de la formation des enseignants. Signalons que l’UNESCO qui gère la nomenclature ISCED, CITE, (INTERNATIONAL STANDARD CLASSIFICATION OF EDUCATION), et contrairement à certaines idées reçues, valide de manière internationale l’achèvement complet du cycle de l’enseignement secondaire, sur le plan structurel uniquement. Alors, quel est le meilleur système d’évaluation de l’achèvement du cycle de l’enseignement secondaire ( le Baccalauréat) ? Des différentes analyses réalisées, il ressort sans conteste que le GCEA- LEVEL de Singapour constitue une référence mondiale absolue en matière d’enseignement secondaire, l’élève moyen de Singapour, Cité Etat, a trois (03) années d’avance sur ses pairs des autres pays de l’OCDE et maitrise trois (03) langues! Le Baccalauréat international né en Suisse, en 1968 est reconnu mondialement dans plus de 140 pays, comme le prestigieux Baccalauréat international Français (BFI) ; le Gaokao Chinois est considéré comme l’un des concours les plus difficiles au monde comme d’ailleurs le Kyotsu TEST, l’enfer des examen au Japon ;L’EGE Russe, l’héritier direct des célèbres écoles de mathématiques russes par contre,dépasse le standard de la majorité des baccalauréats mondiaux ;Quant à l’ABITUR Allemand il valide un large spectre de disciplines (10 à 12 matières). L’examen des questions organisationnelles nous renseigne que le Baccalauréat est une institution administrative complexe dont les conséquences sur les plans politique, social et Juridique font l’objet d’études sérieusesdans beaucoup de nations. Aspects politiques, sociaux juridiques du baccalauréat : au cœur de la dynamique étatique Le Baccalauréat est une institution complexe qui traduit le rôle de l’exécutif dans l’organisation et le contrôle de l’examen et définit le modèle de citoyen à bâtir,ce qui ne laisse pas indifférents et la société et l’opposition politique. Il ne faut pas perdre de vue que c’est l’Etat qui centralise les programmes scolaires et possède le monopole sur la collation des grades universitaires, raison pour laquelle d’ailleurs l’exécutif organise et contrôle l’examen en question .Faut- il souligner que l’Etat utilise souvent le taux de réussite à l’examen du baccalauréat, soit pour apaiser l’électorat soit pour redonner de la crédibilité et de la valeur au diplôme,dans le but de démontrer l’efficacité de sa politique. La société quant à elle reste très attentive aux résultats du diplôme, lequel dicte le rythme de vie des foyers durant toute l’année de terminale ; les sacrifices, notamment financiers, consentis par les familles sont considérables, car le Baccalauréat demeure perçu par les classes populaires comme le levier indispensable d’émancipation et d’insertion professionnelle, en dépit de la massification scolaire.Créateur du droit d’accès à l’université, le Baccalauréat dépasse largement le cadre pédagogique pour être protégé par un arsenal juridique puissant reposant essentiellement, sur le principe constitutionnel d’égalité devant le service public, d’où le secret des sujets, l’anonymat des copies ainsi que la neutralité des examinateurs, Faut-il préciser que la souveraineté du jury étant absolue, ses décisions échappent donc au contrôle du juge, lequel ne peut intervenir qu’en cas de détournement de pouvoir, comme la modification arbitraire des notes ou dans les cas d’intervention de l’administration, visant à imposer un quota de réussite, En cas de fuite des sujets ou tricherie le juge pénal condamne pour délit de fraude les délinquants; le juge de la légalité, quant à lui, annulera uniquement les examens des sujets concernés et non l’examen total du Baccalauréat. Au-delà de l’évaluation des aptitudes scientifiques des élèves à rejoindre les bancs des universités, le Baccalauréat sert essentiellement à mesurer la qualité globale du systèmes éducatif après 12 ou 13 années d’études, du primaire à la classe de Terminale, d’où l’importance qu’accordent les nations à ce diplôme et leur souci majeur de mettre en place un système éducatif d’excellence; car aucun Etat digne de ce qualificatif, ne peut se permettre de dépenser des milliards durant plus d’une décennie pour se retrouver en fin de parcours devant des élèves qui ne maitrisent aucune langue et ont du mal à s’exprimer tant à l’oral qu’à l’écrit .L’exemple de la cité Etat de SINGAPOUR, (744 km²) , dépourvue totalement de ressources naturelles et agricoles, excelle de nos jours dans la production des semi- conducteurs, en investissant dans l’enseignement d’excellence,que lui envient les plus grandes puissances du monde. Cette nation a compris, que l’admission à l’université commence dès la première année d’études primaires, raison pour laquelle Singapour opte pour un système hybride du Baccalauréat. L’évaluation des élèves appelés à rejoindre les universités doit prendre en considération les efforts fournis durant les trois (03) années d’études secondaires ; l’Examen final ne doit concerner que les principales matières de chaque filière et peut par conséquent être réalisé en une seule journée. Le contrôle continu étant appelé à jouer un rôle prépondérant à l’heure de l’intelligence artificielle générative , le Baccalauréat est appelé à s’adapter à cette irruption inattendue de L’IA ou disparaitre. *Docteur en sciences Juridiques Maître de Conférences.