Livres : QUELLE VIE... DANS LE VIDE ?

La sirène de Tartous. Roman de Ferial Camille Zemmouchi. Nouba Editions, Alger 2026, 134 pages, 1 000 dinars

Tartous, une ville balnéaire de Syrie au demeurant non encore touchée par le conflit. Donc, tout va pour le mieux dans le pire des mondes pour la famille Al Chamy, composée des parents et de leurs quatre enfants, dont deux filles. Dans une belle maison inondée de lumière et une atmosphère de tranquillité et d’insouciance. On se retrouve autour de la table... et puis c’est l’apocalypse. Un bombardement et tout bascule. Seule Hala échappe au massacre. Pour elle, commence alors deux longs exils douloureux: celui intérieur, dû au traumatisme, difficile à surmonter... et celui de l’exil à l’étranger. Elle quittera sa ville natale à bord d’une embarcation où se tassent des réfugiés, emportant avec elle une poignée de terre, un livre qu’aimait lire son père et une sandale de sa petite sœur Nadia. Elle se retrouve donc à Paris, au milieu d’autres réfugiés. «La ville ne l’accueille pas, elle l’absorbe». La convalescence est dure, très dure. Heureusement, il y a la rencontre avec une autre exilée, une femme de ménage sénégalaise, qui rêve de ramener sa petite fille Awa laissée au pays, et qui lui ouvre les bras et l’aide à se reconstruire. Doucement mais sûrement bien qu’incomplètement. Peu à peu, elle va rebâtir sa vie comme une maison dessinée par un architecte. Les portraits qu’elle dessine, les souvenirs qu’elle raconte à la psychothérapeute vont, petit à petit, la ramener à la lumière dans une ville de grisaille. La mémoire de simples gestes, les rires des siens et la lumière de Tartous qu’elle conserve vont la guérir de sa tragédie. Il ne s’agit pas d’oubli ni d’effacement du passé. Les mots sont comme des pierres qu’elle pose l’une sur l’autre. Elle se remet à bien s’habiller, prend des cours de langue, cuisine,... et sème des graines de plantes ramenées du pays natal. Pas d’oubli, pas d’effacement du passé... seulement et tout simplement la reconstruction d’une autre vie dans un autre monde... mais toujours sans oublier ses racines. Un de ses frères est ressuscité quand se manifeste, par lettre, l’un de ses amis qu’elle ira retrouver à Lyon, où il lui remet le luth de Sami, qui rêvait de poursuivre des études au conservatoire de Paris. Elle reçoit également des nouvelles de son ami Youcef. «La vie reprend ses droits, indifférente au destin », écrit la romancière. C’est le processus au terme duquel Hala finit par habiter le vide, car pour Hala, si le vide ne se comble pas, elle finit par y habiter. L’Auteure : Médecin réanimatrice médico-chirurgicale. Premier roman Extrait : «Ce roman est né d’une conviction : toutes les blessures humaines ont le même son, la même douleur lancinante, qu’elles naissent d’une absence ou d’une explosion. La perte n’a pas de drapeau. Elle traverse les murs, les frontières, parle toutes les langues, excellent dans les silences, ne choisit pas son camp. Il n’y a jamais de vainqueur. Ceux qui croient gagner finissent par se perdre, ailleurs, sans retour autrement » (p 134). Avis : Un exercice de style presque poétique, maîtrisé contant une histoire émouvante d’exils forcés. Un style et une écriture qui, au départ, désarçonnent mais qui, au fil du récit et des pages (très aérées) captent l’attention. Tout finit bien....dans l’émotion, la tristesse... et l’espérance. Citations : «Une maison, c’est comme un arbre. Les murs et le toit ne sont que le tronc et les branches» (p13), «Le deuil a sa propre odeur et l’on ne décape pas une âme comme on nettoie un carrelage» (p 44), «Bâtir une maison c’est comme naviguer. Il faut de la structure pour fendre la vague et de la souplesse pour ne pas rompre» (p48), «Le français c’est une langue de sopie. Il faut la dérouler sans la froisser, sinon elle se referme» (p53), «L’élégance ce n’est pas que pour les autres.C’est pour ne pas se perdre quand on se regarde» (p 67), «Les mots ne sont pas des aveux. Ce sont des outils. Prenez ceux dont vous avez besoin pour avancer» (p 71), «L’arabe n’est pas une langue de calcul, d’effort. C’est une langue de sang, un flux chaud qui irrigue sans forcer» (p90), «L’exil n’est pas une ligne droite. C’est un chantier que l’on ne parachève jamais» (p127). GAZA. Essais de la Revue d’études et de critiques sociales Naqd. Alger, octobre 2024, Hors série, n°8. 198 pages en français et en anglais et 71 pages en arabe, 1.000 dinars (Fiche de lecture déjà publiée en novembre 2024. Extraits pour rappel. Il est dit et écrit que toute lutte de libération nationale ne connaît d’essor réel qu’à la suite d’un événement majeur bouleversant le cours d’une histoire qui, au fil des ans, des silences complices et des «accords», commençait à être totalement oubliée. C’est ce qui se passait pour la résistance palestinienne qui dure depuis 1948 mais qui, ces dernières années, était en train d’être étouffée : accords dits «d’Abraham», installation de colonies sionistes en Cisjordanie déjà occupée, encerclement de Gaza... L’opération « Tawfan Al Aksa» du 7 octobre 2023 menée avec succès - en plein territoire «israélien» - par le mouvement Hamas a propulsé la dialectique de la violence et de la contre-violence entre le pouvoir colonial d’Israël et la résistance palestinienne à un niveau inégalé dans l’histoire des confrontations. La suite est connue avec la réaction sauvage, génocidaire du pouvoir sioniste.(...) Tout cela avec le soutien des pouvoirs politiques et médiatiques des pays occidentaux pro-sionistes. Heureusement, dans la foulée, on a vu apparaître et ou se développer, face aux nouvelles formes de la domination coloniale, de solidarités international(ist)es, tiers-mondistes ou tricontinentales, engagées dans une perspective politique historique de rupture qui s’assume en acte transformatif et de critique radicale. C’est cet esprit-là que ce numéro Hors-série cherche à honorer. Les Auteurs : Daho Djerbal/ Fourate Chahal/ Zukiswa Wanner/Noha Khalaf/Abdulla Moaswes/Ranabir Samaddar/Muhammad Jihad Ismael/ Ropae : Review of African Political Economy/Imad Sayrafi Greg Thoma/ Umeyya Abu Hana/ Maisan Hamdan. Sommaire :Présentation (Daho Djerbal)/ Vivre et mourir à Gaza/ Alliances et complicité génocidaire/ Critique du discours dominant/Résistances solidarités. Révolutionnaires et fronts de lutte/Écrits/Annexes (Nous vous avons donné Noël... Poèmes). Extraits : «La manière dont un peuple qui a historiquement reçu des Nazis la marque de l’Etoile de David peut faire de même avec un autre peuple est quelque chose qui doit être disséqué et analysé par des psychiatres et des psychologues» (Zukiswa Wanner, p 33),(...), «Selon certains auteurs, il n’est plus exagéré d’estimer qu’il y a, aux Etats-Unis, une quarantaine de millions de chrétiens sionistes, pour la plupart évangéliques et fondamentalistes» (Noha Khalaf, 60) (...), « Il est clair depuis longtemps que la stratégie israélienne de longue date est d’opérer une épuration ethnique des populations palestiniennes. L’élimination du Hamas et la libération des otages israéliens du 7 octobre sont devenus l’excuse mensongère par excellence pour perpétuer une épuration ethnique se terminant en génocide dans une des régions les plus peuplées du monde» (Noha Khalaf, p 79), (...) Avis : Une revue qui respecte sa ligne éditoriale de toujours. La défense des solidarités international (ist)es, tiers-mondistes ou tricontinentales... sans perdre sa vison critique et autocritique (...) Citations : «Racisme et apartheid sont maintenant au cœur de la démocratie occidentale» (Ranabir Samaddar, p 97)... Fiche complète in : www.almanachdz.com.relations internationales-bibliothèque d’almanach).