Livres - Nostalgie(s)

La poupée de bois.Nouvelles de Abdelkader Hammouche. Editions à compte d’auteur, Alger 2026, 130 pages, 500 dinars

D’abord et avant tout journaliste, donc observateur assez fin de la société, puis avocat, donc au fait de ses problèmes, l’auteur s’est cette fois-ci attaché à la description de figures discrètes du quotidien, d’habitants des quartiers, d’objets chargés de mémoire et d’êtres pris entre ce qu’ils furent et ce qu’ils deviennent. Lieux, vies, passé et présent s’entrelacent. De la novel-reality ! En peu de mots et de phrases, en dix nouvelles, tout y est mis... et tout y passe. La poupée de bois (qui est devenu le titre de l’ouvrage) est l’histoire d’une «pied-noire» qui tient à revenir en Algérie sur les lieux de son enfance afin de récupérer une poupée en bois enterrée dans le jardin familial. Ainsi sera-t-il. Mais, plus tard, elle ne tardera pas à s’apercevoir que, souvent, il vaut mieux laisser derrière soi le passé pour mieux vivre son présent. Il y a nostalgie et nostalgie. Certaines revanchardes et destructrices, mais d’autres sont refondatrices. Le mensonge... c’est celui d’un époux infertile qui, avec la complicité de son ami médecin, met tout sur le dos de son épouse. Un mensonge qu’il (ainsi que son complice) paiera assez cher. On a, aussi, l’histoire du nouveau boulanger de village, très mal accepté, les habitants voyant d’un mauvais œil le risque de détournement des femmes de leur rôle de «faiseuses de galettes». On a, ensuite, le Gardien des absents (au cimetière), pas simplement gardien des morts mais «de tout ce qui persiste quand plus rien ne reste», le cahier de la maîtresse d’école... retraitée et qui rêve de reprendre son enseignement, le kiosque à journaux de quartier qui périclite et de plus en plus ignoré, sous l’effet de la révolution numérique. La nouvelle la plus triste... On a, on a... des histoires de vie toutes simples et qui sont, j’en suis sûr (avec l’auteur), dans notre vie de tous les jours, légion. Il s’agit seulement d’écouter, d’observer... et de lire. L’Auteur : Né à Alger en 1952. Ancien journaliste d’Algérie Actualités, L’Hebdo libéré... dans les années 1980 et 1990. Par la suite devenu avocat. Auteur de plusieurs ouvrages (romans, récits, essais et Nouvelles). Sommaire : 10 nouvelles Extraits : «Il comprit qu’il n’était plus simplement gardien des morts, mais le gardien des absents, de tout ce qui persiste quand plus rien ne reste» (p 63), «Autour de lui, la ville s’était mise à courir trop vite : les passants pressés, le regard rivé à l’écran lumineux qu’ils tenaient dans la main, ne levaient même plus les yeux vers son kiosque» (p 87), «Elle comprit soudain que chacun portait en soi sa propre malle noire : un coffre invisible rempli de souvenirs, de douleurs et de silences » (p 121). Avis : Les nouvelles (comme toutes les bonnes histoires) les plus courtes sont toujours les meilleures. Encore plus lorsqu’elles interrogent notre réalité. Certainement les «restes» de la période journalistique. Et, une très belle couverture ! Citations : «Parfois, les gens ont peur de ce qui vient de l’extérieur. Ils croient que ça menace leur monde» (p 49), «La solitude ne venait pas de l’absence des vivants, mais du silence des morts» (p 61), «La guerre changeait tout, même la manière de dire adieu» (p 114), «Les cause nobles transcendent les nationalités» (p 120). Les Français d’Algérie. Essai de Pierre Nora. Edition revue et augmentée. Avec un document inédit (lettre à l’auteur) de Jacques Derida ainsi qu’un Dossier critique avec des articles d’époque de Jean Lacouture, Albert-Paul Lentin et Germaine Tillon. Hibr Editions, Alger 2013, 340 pages, 650 dinars (Fiche de lecture déjà publiée en juin 2020. Au commencement était l’Algérie. Deux ans de séjour. Puis, il publie, à son retour, en France, un article («J’étais professeur en Algérie»), son tout premier, dans… France -Observateur (l’ancêtre du Nouvel Observateur) lancé alors par Jean Daniel, un natif de Blida, transfuge de l’Express)… le 27 octobre 1960, le jour même de la première grande manif de l’Unef à Paris contre la guerre et qui s’était heurtée à de violentes charges de police. Au côté de Jean-François Revel. Rencontre avec l’éditeur Bourgois… «On sent que vous avez beaucoup plus à dire !». La suite est connue. Un essai va naître, vite transformé en livre. Il a donné d’ailleurs lieu à moult polémiques et réactions dont la plus volumineuse et lumineuse est celle de Jacques Derrida (un juif d’Algérie séfarade «affranchi» libéral) L’esprit de l’essai est clair : décrire, à travers une population, un système (colonial) vivant de sa dénégation et d’une prétention nationale… L’Auteur : (...).Il a connu l’Algérie en 1958 et y avait séjourné deux années, après son agrégation d’histoire, en enseignant au lycée Lamoricière d’Oran (devenu par la suite Pasteur). Grand éditeur, spécialiste des «lieux de mémoire», membre de l’Académie française depuis 2001, (...), il s’était opposé à la loi française, néocolonial(iste) et revancharde, du 23 février 2005 portant «reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés». Avis : Lecture nécessaire à tous ceux qui veulent et doivent «déconstruire» l’histoire coloniale de la France… pour en «décoloniser», là où il faut, et scientifiquement, tous ses pans, sans exception, et la traiter, enfin, avec objectivité. Un grand absent du livre, noté d’ailleurs par J. Derrida dans sa fameuse lettre : «Le Fln, ceux qui le soutiennent et qu’il guide». Extraits : (...), ««Le racisme apparaît, à plein, en période de crise et les cris de morts des femmes françaises d’Alger, en décembre 1960, ne firent que traduire un sentiment profond et permanent. C’est que la colonisation est intimement liée au racisme» (Introduction, Charles-André Julien, p 57), «La nation algérienne s’est forgée dans la lutte qui lui a donné conscience de son originalité et de son unité» (Introduction, Charles-André Julien, p 61), «Le seul lien commun entre tous les immigrants français et européens (en Algérie) fut une psychologie de déclassé vis-à-vis de leur propre nation. A un titre ou à un autre, tous ceux qui vinrent s’installer en Algérie avaient une vie manquée derrière eux» (p 105). *Extraits pour rappel. Fiche complète in www.almanach-dz.com/population/bibliothèque d’almanach).