Livres - MUSIQUE : ICÔNES
Un grand-père, originaire de Souk Ahras, fondateur du célèbre cabaret parisien «Tam Tam». Initialement baptisé «Algérie-Tunisie-Maroc», le nom avait été refusé ...
Son grand-père choisira finalement «Tam Tam», un acronyme dissimulant discrètement les trois pays du Maghreb. Le lieu deviendra ensuite un véritable foyer de soutien à la Révolution algérienne. Reyad Kesri raconte également une anecdote méconnue sur la naissance de Warda à Paris en 1939. La chanteuse aurait pu porter le prénom de «Georgette» après qu’une sage-femme l’eut inscrit ainsi sur le registre de naissance en l’absence de son père. Refusant ce prénom à son arrivée à la maternité, celui-ci choisira finalement «Warda», en référence au bouquet de fleurs qu’il tenait dans les mains. À seulement 11 ans, Warda est remarquée - pour sa voix qui, déjà, impressionnait - au restaurant familial par Ahmed Hachlaf, animateur d’une émission destinée à la communauté maghrébine sur la radio française. Impressionné par sa voix, il lui propose rapidement d’enregistrer ses premières chansons. Les premiers titres interprétés par Warda parlaient déjà de l’Algérie alors même qu’elle ne connaissait pas encore le pays. Très tôt, elle s’engage aux côtés de son père dans le soutien à la cause indépendantiste algérienne. Les activités politiques menées autour du cabaret familial provoqueront d’ailleurs le départ précipité de la famille vers le Liban puis l’Égypte, après l’arrestation et la torture de son grand-père par les autorités françaises. Peu à peu, elle imposera son style, sur une scène artistique dominée alors par les plus grandes stars arabes, arrivant à s’adapter (avec son fils comme «tour de contrôle») aux nouvelles technologies et aux contraintes commerciales... et les escroqueries. Et, toujours humaniste et généreuse... et maman aimante... et bonne cuisinière. Il y aura aussi une période (63-72) consacrée, après son mariage, à son foyer, à Alger même. Après un appel personnel du président Houari Boumédiène, elle remonte sur scène à l’occasion du dixième anniversaire de l’indépendance. Le reste est un long, et parfois difficile sinon douloureux (dont, durant les dernières années, plusieurs interventions cardiaques ainsi qu’une greffe du foie), chemin vers la gloire. Le tout excellemment écrit et décrit par son fils. Le tout décliné en cinq parties : «Les racines», «Devenir Warda», «Vivre avec une légende», «Résilience et renaissance» et «Ce qui reste quand la voix se tait». Un livre-témoignage truffé d’anecdotes, ce qui rend facile la lecture. Mais attention à l’émotion qui peut vous gagner car vous allez vous plonger dans une vie d’efforts, de gloire et de luttes. L’Auteur : Né à Alger en 1966. Scolarité en Algérie (Lycée El Idrissi et Inc), au Caire (Lycée français) et aux États-Unis (University of Toledo). Extraits : «Malgré son admiration sincère pour ces chants religieux, quelque chose lui manquait. La musique orientale, avec ses quarts de ton, ses ornements, ses vibratos, lui paraissait plus riche, plus charnelle, plus complexe. Elle en percevait intuitivement la difficulté. Elle dira, plus tard, avec une lucidité presque technique, que lorsqu’on peut chanter de l’oriental, on peut chanter de l’occidental. L’inverse, en revanche, n’est pas toujours vrai» (p 31), «Sans le savoir, maman grandissait au carrefour de plusieurs modes musicaux. Elle ne choisissait pas entre eux. Elle les accueillait tous. Bien avant la scène, bien avant les studios et les orchestres, Warda était déjà en train d’écouter» (p 31), «La relation de Warda avec l’Algérie fut d’une simplicité absolue. Un amour sans détour, sans calcul, sans conditions. Un amour parfois contrarié, parfois tenu à distance, parfois blessé, mais jamais remis en question. Un amour ancré en elle comme une seconde respiration» (p 43), «Vivre dans l’orbite d’une personnalité comme Warda, c’est évoluer en permanence dans un champ magnétique où gravitent des êtres hors norme... Cette proximité vous expose à l’exceptionnel, parfois à l’intimidant, souvent à l’inoubliable» (p 12 ), «Bouteflika est resté profondément reconnaissant à ma mère pour l’amitié qu’elle lui avait témoignée durant sa traversée du désert» (p 139), «Une vérité incontournable : le risque n’était pas l’ennemi de ma mère. L’ennui l’était» (p 152). Avis : Souvenirs ! Souvenirs ! Un ouvrage chargé d’amour filial, d’affection et d’admiration. Un récit intime et sensible qui se lit d’un seul trait, grâce à une écriture fluide, claire et directe... allant toujours à l’essentiel. En fait, plus qu’un récit... le Roman d’une immense Diva. Plus que ça : une «Moutriba» qui a marqué... mieux encore, transcendé son époque. Mais aussi une mère à l’affection débordante. Citations : «Les gestes de liberté ne naissent jamais du néant. Ils se transmettent, parfois sans bruit, d’une génération à l’autre» (p 20), «Pour Warda, l’Algérie n’était pas un pays. C’était un serment. Une évidence» (p 46), «L’enfance ne se nourrit pas de dignité. Elle se nourrit de présence» (p 55), «Sa triple culture - algérienne, française et orientale - donne à son chant une couleur singulière... Dans le microcosme artistique égyptien, elle (Warda) est un ovni» (p 59), «Une star n’existe pas seule. Elle est façonnée, portée, parfois dévorée par son public. Et, ma mère, mieux que quiconque en avait pleinement conscience» (p 68), «Il existe des gens qui marquent une vie par des décisions spectaculaires. Et puis, il y a ceux qui la soutiennent par une somme infinie de gestes minuscules» (p 114), «Le pouvoir croit contrôler les émotions collectives, il ne fait qu’en modifier l’expression» (p 131), «La politique affectionne les rites et les postures martiales. Ma mère, elle, n’a jamais appris à composer avec ces gymnastiques» (p 132), «Le diabète n’est pas une maladie que l’on confie aux autres. Il faut l’habiter, l’anticiper, la négocier chaque jour. Le stress, l’effort, la joie même, modifiant ses chiffres» (p 143), «Je n’ai jamais compris cet empressement à honorer les morts quand tant d’artistes, dans le monde arabe, traversent leur vie dans l’indifférence. J’aurais préféré que l’on célébrât davantage les vivants. Ce théâtre de la commémoration m’a toujours laissé un goût amer» (p 170). Mohamed Iguerbouchène, une œuvre intemporelle. Essai de Mouloud Ounnoughène. Dar Khettab, Boudouaou 2015, 127 pages. (Fiche de lecture déjà publiée en février 2019. * «Une personnalité pareille, une sommité pareille devait être «exploitée» ; elle recélait un trésor de connaissances musicales, il fallait tirer de lui le maximum de profit culturel... ce n’est guère un musicien théoricien ; il était excellent «praticien»... la Rta est passée à côté d’Iguerbouchène». Ainsi s’exprime Zoheir Abdelatif, directeur de la chaîne II durant vingt ans (1963-1983) et producteur au sein de la radio et de la télévision algérienne. Le drame c’est que peu ou pas d’archives existantes sur les passages du grand artiste... et il a fallu attendre quelques décennies avant que Boualem Aïssaoui (Cim) lui consacre une série télévisée. Du talent ? Bien plus, un génie de la musique universelle puisant dans le patrimoine national (...) Né un vendredi 13, en novembre 1907, à Ait Ouchène du côté de Azzefoune (...). Le reste est fait d’un hasard heureux. Parti en Angleterre, «adopté» en 1919 - après accord du père - par un vieux seigneur écossais, le comte Ross, ayant «découvert» (à l’école anglaise sise rue du Croissant) le petit prodige, sa vie est, depuis, jalonnée d’études dans les meilleures écoles de musique : Londres, France, Italie, Allemagne. A vingt ans, il écrivait ses premières pages... et durant l’été 1925, se trouvant en Autriche, il présenta (du côté du lac de Constance) deux rhapsodies mauresques sur des thèmes spécifiquement algériens dont «La Kabylie, rhapsodie n° 9». On dénombre près de 600 œuvres et 86 musiques de films (dont celles de «Pépé le Moko» et de «Les plongeurs du désert» de Tahar Hennache en 1955) éparpillées en Europe, aux Etats-Unis et en Algérie (...) Ami de Piaf (dont la grand-mère maternelle était de Kabylie), de Taos Amrouche, de Mohand Tazerout (le philosophe), de Leila Bensedira (une très grande cantatrice d’opéra de l’entre deux-guerres... encore une illustre inconnue en Algérie, son pays), de Camus, maîtrisant plusieurs langues (anglais, allemand, espagnol, français et, naturellement, l’arabe), toujours modeste, malgré sa grandeur et son immense talent, inexploité ou/et mal exploité car ignoré ou méprisé par l’Algérie indépendante, et travaillant (à la Rta) au cachet, formateur direct ou indirect car exemplaire (...) L’Auteur : Neurochirurgien, musicien, ancien producteur et animateur d’émissions radiophoniques sur les musiques du monde, ayant produit avec son groupe, Massin’s, un album de fusions musicales, passionné par les effets et les impacts de la musique sur le cerveau Extrait: «Père du métissage musical en Algérie, Iguerbouchène a synthétisé, voire assimilé, différentes cultures musicales» (p 6). Avis : Un petit bijou de connaissances. Citations : (...), «Iguerbouchène avait la vie pleine de notes ; sa vie était musique, il en maîtrisait pratiquement tous les genres et styles musicaux» (Témoignage de Mustapha Sahnoun, p 103). *Extraits pour rappel. Fiche complète in www.almanach-dz.com/culture/bibliothèque dalmanach)