LEspagne, le pays qui ne veut pas rentrer dans le rang et refuse de marcher au pas
« Je suis trop pauvre pour me courber » Ch. De Gaulle à W. Churchill en 1940.

Jeudi 30 juillet a commencé un afflux massif de migrants, estimé à plus de 60 000, alors que le Maroc et son roi célèbrent la Fête du Trône à quelques kilomètres de là, dans la ville de Mdiq. Venant de la ville marocaine de Fnideq, qui jouxte lenclave espagnole de Ceuta, les migrants sont arrivés rapidement par terre et par mer. « Cela représente 70% de la population de Ceuta [84 000 habitants]. Cest comme si, en 24 heures, 34 millions de personnes entraient sur le territoire espagnol. Evidemment, cest impossible dabsorber cette pression » salarme vendredi Juan Vivas, le président du gouvernement local de Ceuta. Cela sétait déjà produit par le passé, mais ces dernières arrivées dépassent largement par leur ampleur celles de mai 2021, lorsquenviron 12 000 migrants avaient afflué à Ceuta en quelques jours. Ceuta et Melilla constituent les deux seules frontières terrestres de lEurope en Afrique. Très vite, la nouvelle se propage dans toute lEurope et les ctions les plus effarées ont submergé les réseaux dinformation couvrant même les incendies qui ravagent lUnion de la Grèce à la France voisine mais aussi le Canada, les Etats-Unis Les explications et les réactions fusent dune Europe inquiète, habitée par des peurs de « submersion » entretenues depuis longtemps par un système politico-médiatique qui appelle à la fermeture hermétique des frontières du continent et à lérection de « murs » aussi hauts et solides que nécessaire pour le préserver des désordres « extérieurs ». Des images empruntées au film « World War Z » (Marc Forster, 2013).1 Des rumeurs douverture de la frontière entre le Maroc et Ceuta, propagées sur les réseaux sociaux, amplifiées par des « mafias » à identité et objectifs indéterminés, auraient provoqué cette ruée sur lenclave marocaine. Le chancelier allemand Friedrich Merz somme lEspagne « de ne pas laisser les migrants en situation irrégulière accéder au continent européen » LItalie, soutenue par la Finlande et le Danemark, se dit favorable à la fermeture de lespace Schengen à lEspagne.2 « Il va de soi que lUE doit immédiatement prendre toutes les mesures nécessaires et envisager toutes les options, y compris une suspension de la coopération Schengen. Une immigration incontrôlée constitue une menace pour lEurope et pour le Danemark », estime la Première ministre danoise Mette Frederiksen (AFP, V. 31 juillet 2026) Rappelons que si géographiquement les enclaves espagnoles sont en Afrique, géopolitiquement, la frontière de Ceuta est en Europe. Cette différence importe peu à ceux qui, mordicus, tiennent cet événement pour une confirmation de leurs discours alarmistes sur les dangers « extra-muros » pour une Europe insuffisamment cloîtrée derrière ses « valeurs » et ses certitudes. Le gouvernement espagnol aura beau avoir annoncé le retour vendredi au Maroc de la quasi-totalité des personnes qui ont franchi la frontière la veille, rien ny fait. Loccasion était trop bonne pour ne pas tirer parti de laubaine. De nombreux pays sont en campagne et des exécutifs craignent pour leur maintien aux affaires. Inutile de rappeler le cas de D. Trump en passe de perdre sa majorité dans les deux assemblées en novembre prochain. Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national (RN) à lélection présidentielle française de 2027, déclare que si elle venait à lemporter, elle réserverait la libre circulation dans lespace Schengen aux seuls ressortissants européens pour « stopper cette folie ». « Face aux entrées massives et coordonnées de migrants en Espagne, encouragées par le gouvernement espagnol, la France doit sans délai renforcer les contrôles à ses frontières », écrit-elle sur X. En Argentine, le président Javier Milei (totalement inaudible, car Washington parle pour lui), accuse son homologue espagnol dutiliser les migrants pour « perpétuer sa tyrannie ». Mardi 04 août, une réunion en visioconférence des ministres de lintérieur européens devait examiner en urgence ce problème, avec Madrid au centre des débats. Cest en effet lEspagne, et plus particulièrement son gouvernement et son Premier ministre, qui est visé par une campagne de critiques et de polémiques sans concession. Toutefois, la question migratoire nest quun prétexte dans un vaste réquisitoire. Le fait que ce pays a, sur de nombreux sujets dactualité internationale, pris le contre-pied de la minorité agressive et agissante qui gouverne lUnion, pour le compte dun tiers, à partir de Bruxelles. La réunion sest terminée, comme dhabitude, par des recommandations prévisibles. Chacun savait à quoi sen tenir avant même sa tenue. LEspagne sest en effet fait beaucoup dennemis depuis 2018 : 1.- Politique migratoire «laxiste» ? Bruno Retailleau (ex-ministre français de lIntérieur) le dit clairement : « La régularisation massive de près dun million de personnes en Espagne était totalement irresponsable. Un pays ne peut pas faire subir ses choix laxistes à tous les autres. » () « Dans ce monde de plus en plus menaçant, il nous faut un changement de culture profond. LEurope doit cesser davoir honte delle-même : le contrôle des frontières est laffirmation de notre identité, mais aussi de notre puissance. » (JDD, 02 août 2026) Madrid est ainsi accusé de complaisance. Ces critiques mettent en exergue une décision récente de la Cour suprême espagnole, arguant que les migrants interceptés en mer tentant de rejoindre Ceuta ou Melilla ne pouvaient être renvoyés immédiatement en vertu dun régime spécial applicable dans ces enclaves. - Au printemps 2026, Madrid a décidé des mesures exceptionnelles jugées laxistes par ses partenaires de lUnion. Les demandes de régularisation en ligne sont ouvertes depuis le 16 avril 2026, et la date limite est fixée au 30 juin 2026.3 En réalité, nul laxisme dans les décisions espagnoles, rien quune logique implacable qui touchera aussi les autres pays de lUnion : lEspagne vit une double contrainte qui explique sa politique : une forte croissance économique et un vieillissement de la population espagnole. Le choix de la régularisation détrangers, pour la plupart en fonction, simpose de lui-même. Au reste, ce nest pas la première fois que lEspagne régularise ses migrants. En 1986, les étrangers nétaient officiellement que 293.000 dans une Espagne sortant de presque 40 ans de dictature franquiste (1939-1975). Vingt-cinq ans plus tard, en 2012, lEspagne comptait 5,2 millions de résidents étrangers sur 47 millions dhabitants, soit 11% de sa population, lun des taux les plus élevés de lUnion européenne, selon des données de lInstitut national des statistiques (INE). A partir de 1993, une Espagne au taux de natalité trop faible mais en pleine croissance avait même instauré des quotas par secteur pour attirer la main-duvre étrangère. Beaucoup travaillaient cependant sans être déclarés et dans des situations précaires, comme aux Etats-Unis, où Barack Obama avait régularisé par décret cinq millions de clandestins, qui ont eu un permis de travail de trois ans. En Espagne, dans les années 1990 et 2000 plusieurs régularisations massives sont donc intervenues, la dernière, en 2005, étant en proportion la plus spectaculaire et la plus controversée, avec quelque 690.000 demandes dont plus de 88% avaient été acceptées. LEspagne a mené un plan de régularisation massive des sans-papiers entre le 16 avril et le 30 juin 2026. Le Tribunal suprême espagnol, à propos des conditions darrivée et de refoulement des migrants, a statué le 8 juillet 2026. Du 16 avril au 08 juillet de nombreuses semaines se sont écoulées. Il a donc fallu près dun mois pour quune vague de Marocains déferle sur Ceuta. Cest sans doute ce délai qui a convaincu le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, quil sagissait là dun argument et d« une interprétation malhonnête » de la décision de la Cour suprême espagnole statuant sur la reconduite des migrants arrivés par la mer. P. Sanchez parlait des « trafiquants dêtres humains » toujours avisés pour exploiter la misère des migrants. Il est cependant peu probable que ce soit eux quil visait. 2.- LEspagne, une économie performante Sur la plupart des paramètres économiques et financiers, lEspagne est au vert. Cela devrait expliquer son besoin de main-duvre que ne peut combler, comme on la noté plus haut, son déficit démographique. Ses partenaires devraient le comprendre, eux qui sont pour la plupart dans la même situation. Il est vrai que leur dynamique économique nest pas comparable à celle de lEspagne qui affiche une forte croissance de 2,8% en 2025 et denviron 2,3% prévue pour 2026, largement supérieure à la moyenne de la zone euro limitée à 0,9%. LEspagne a enregistré un excédent de la balance des paiements courants de 2,90 pour cent du produit intérieur brut du pays en 2025. Le marché du travail espagnol conforte un cycle vertueux de la croissance du PIB, des créations demplois soutenues auxquels contribuent limmigration et la demande. Le taux de chômage a été divisé par deux en cinq ans, et est passé sous Tourisme record : afflux de 97 millions de visiteurs lan dernier. Contrairement aux statistiques globales qui ne sattardent pas sur les détails, ce nest pas la France qui est au sommet du tourisme international, ni par les flux réels, ni par les revenus. La France est dominée par un flux de passage venu de lEurope du Nord qui va vers lEurope du Sud méditerranéen ou atlantique (comme cest le cas des rives espagnoles et portugaises). Arrivées de touristes internationaux (2025. Top 3 des pays) France : 103 millions de visiteurs internationaux, première destination mondiale. Espagne : 98 millions de visiteurs internationaux Italie : 58,5 millions de visiteurs internationaux. Mais au flux français, il faut soustraire un tourisme de passage qui représente entre 15 et 20% de touristes internationaux en transit. La France occupe, il est vrai, une position géopolitique et géoéconomique déterminante. Et pas seulement pour le tourisme : la géographie de la France, incontournable, a toujours pesé sur lhistoire de lEurope. On le constate et le vérifie par les nuitées (durées des séjours) et les revenus. Le classement est alors inversé. Espagne : 513,6 millions de nuitées totales. Italie : 476,9 millions de nuitées totales. France : 471,7 millions de nuitées totales. Revenus du tourisme. Espagne : 106,5 milliards de dollars Royaume-Uni : 84,5 milliards de dollars France : 77,5 milliards deuros États-Unis : 215 milliards de dollars (première place mondiale) non-comparable avec les pays européens à cause de la distance qui accroît la durée des séjours et des dépenses associées. Si on laisse de côté le cas américain, cest lEspagne qui arrive en tête de tous les classements. La dette publique espagnole avait atteint un pic de 124,2% du PIB en mars 2021 en raison des dépenses engagées pour soutenir lactivité économique face à la crise du Covid-19. Mais elle recule sans arrêt depuis. Elle a atteint fin décembre 2025 100,8% du Produit intérieur brut (PIB), contre 101,7% un an plus tôt, grâce à la forte croissance économique enregistrée par le pays et malgré la flambée des prix engendrée par les conséquences de linvasion russe de lUkraine en février 2022. Peu de pays européens peuvent en dire autant. Son reflux sexplique principalement par la forte croissance économique du pays, qui a atteint 2,8% en 2025, selon lInstitut national de la statistique (INE), soit près du double de celle de la zone euro (1,5%) (Cf. tableau plus haut). La Banque dEspagne table sur un déficit public de 2,1% du PIB en 2026, contre 2,5% en 2025. Respectueuse des traités et des normes administrées par la BCE, lEspagne est à son avantage et soutient la comparaison avec ses partenaires qui ploient sous des dilemmes ingérables : équilibres financiers vs crise politique. 3.- Querelle maroco-espagnole. Il est impossible dimaginer que de tels mouvements aient pu se produire sans laccord, voire la décision et laccompagnement du gouvernement marocain. Madrid et Rabat divergent même sur le nombre de victimes de cette déplorable crise : des morts tentant de franchir la frontière hispano-marocaine à Ceuta. Au moins 72 personnes selon Madrid, 11 selon Rabat. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen a proposé que lUE renforce son soutien au Maroc et écrit lundi 03 août : « Le Maroc est un partenaire stratégique important, en particulier dans le cadre de nos efforts de lutte contre le trafic de migrants et limmigration clandestine. » Oubliant que cest le Maroc qui a été à lorigine des événements dramatiques destinée à déstabiliser son voisin espagnol. La veille, lors dune réunion entre ambassadeurs lEspagne avait « exprimé sa frustration sur le manque de solidarité ». Juan Jesus Vivas, le maire-président de la ville autonome de Ceuta (dun bord politique de droite opposé à celui du Premier ministre), nest pas de cet avis et a clairement désigné le Maroc comme acteur principal des événements, estimant quune opinion ` largement partagée dans lenclave était que Rabat avait laissé faire, voire orchestré, la crise. « Le Maroc nous a montré quil nétait pas fiable. Il ny a pas dautre choix que de mettre en place tous les moyens nécessaires pour faire en sorte que cela ne puisse plus se reproduire », a-t-il déclaré au quotidien El País. (Reuters, L. 03 août 2026) Cest aussi lavis de nombreux observateurs indépendants tenant Rabat comme linstigateur principal de la crise.4 Passée la question du « comment », la seule question qui vaille revient alors à se demander « pourquoi ». 4.- Madrid-Alger. Relations de retour au beau fixe. Le 20 juillet 2026, Pedro Sanchez, se déplace à Alger pour rencontrer son homologue algérien et entamer un réchauffement des relations entre leurs deux pays. Une première depuis 2020. « LEspagne considère lAlgérie non seulement comme un pays voisin mais aussi un partenaire stratégique ». « Il est fondamental de renforcer le dialogue politique entre lEspagne et lAlgérie » et de « construire un partenariat économique mutuellement bénéfique », déclare le Premier ministre espagnol à son arrivée à Alger. Aucune déclaration damour, rien que des intérêts administrés au bénéfice des partenaires. Voilà probablement un motif dirritation pour Rabat et ses « alliés ». Une vraie déclaration de guerre alors que le Maroc avait cru avoir érigé un mur infranchissable entre Madrid et Alger, une question définitivement réglée avec lEspagne en avril 2022 et quelques années plus tard avec la France convaincue de la marocanité du Sahara et irrémédiablement fâchée avec Alger. Cette raison suffit-elle à tout expliquer ? Sans doute, la crise est multifactorielle et combine plusieurs objectifs. On peut se demander si le Maroc naurait pas été missionné pour le compte de tiers bien plus puissants pour mettre des bâtons dans les roues de lEspagne de Sanchez. La monarchie sest fait une spécialité de mercenaire à se mettre au service des puissants du monde : Etats-Unis, Israël, Europe atlantiste, transnationales pour favoriser leur maintien en Afrique (en loccurrence contre la Chine et la Russie), pour espionner les chefs dEtat européens via un logiciel israélien (Pegasus) pour contenir et étouffer toute velléité de remises en cause de la puissance atlantique en Afrique sahélienne et au Maghreb. Au cur du processus israélien dit « Accords dAbraham », il y a des agents dinfluence, de leviers occultes à la subversion dans les pays arabes du Maghreb et de lOrient monarchique. La Tunisie, le Liban, lArabie Saoudite sont directement visés par sa politique, en collaboration avec certains pays du Proche-Orient qui ont déjà franchi le Rubicon. Par le passé Rabat a fourni régulièrement des troupes pour intervenir aux côtés des Etats-Unis, dIsraël et de la France par exemple lors de la campagne militaire contre lIrak de Saddam Hussein (en janvier 1991) ou contre lIran cette année, venant en aide des Emirats et du Koweit. Aujourdhui, il est aux côtés des Ukrainiens contre la Russie, parmi la multitude, dune force multinationale armée, financée, motivée et résolue comme il convient au triomphe de Kiev. Par ailleurs, en interface euro-africano-atlantique, le Maroc est devenu un espace économique stratégique dans la guerre économique contre la technologie et le commerce chinois. Le port autonome de Tanger en est la pierre angulaire. Cela le met à labri (relatif) de toute décision contre ses ressortissants et des hommes daffaires. 5.- Il en faut du courage pour sopposer au couple israélo-américaine et à ses « alliés ». En vérité, par-delà cette crise migratoire et des réactions prévisibles de certains « alliés » de lAmérique et dIsraël, il y va des choix politique de Madrid qui révèlent de profondes divergences entre les membres de lUnion Européenne et de lAlliance Atlantique. LEspagne a refusé avec obstination dautoriser des avions de guerre américains datterrir sur le territoire espagnol ou de survoler pour bombarder lIran.5 Le Premier ministre espagnol refuse de se conformer à lobjectif de lOTAN et consacrer 5% du PIB de son pays pour la défense (cest-à-dire en réalité pour lachat de matériels militaire américain et le bénéfice de son complexe militaro-industriel). Peu de pays, pour ainsi dire aucun, noseraient se le permettre sans craindre les foudres du « patron du monde libre ». La plupart biaisent, regardent ailleurs et votent discrètement à « linsu de leur plein gré » et de leurs citoyens des mesures quils savent impopulaires et contraires à leurs convictions. En septembre 2025, sur fond de tensions entre les deux pays, le gouvernement espagnol, lui, a mis fin officiellement aux fonctions de Ana María Salomón Pérez, lambassadrice dEspagne en Israël, rappelée à Madrid.6 Voilà qui clôt un chapitre diplomatique entre les deux pays pour une durée indéterminée. Question Un mouvement densemble composé de dizaines de milliers de migrants a déferlé en moins de 48 heures sur Ceuta, comme un seul homme, à partir dun pays où pas un homme ne se déplace en dehors des normes fixées par la Cour de Sa Majesté, sans être identifié et maîtrisé. Jen inférais que les autorités marocaines ne pouvaient lignorer, et lavaient peut-être même ordonné et encadré. La suite confirme lhypothèse. Un fait est intervenu à la fin de la crise : les mêmes dizaines de milliers de migrants sont retournés au Maroc en quelques heures, tête basse, à la queue-leu-leu comme un seul homme. Mouvements densemble exemplaires ! « Lunivers membarrasse, et je ne puis songer / Que cette horloge existe et nait point dhorloger », devisait jadis Voltaire en quête de preuve de lexistence de Dieu. Les ministres européens ont organisé une réunion mardi pour aussitôt enterrer les raisons de sa tenue et tout est rentré dans lordre de Schengen. Tout est oublié. Retour aux conditions initiales. Comme si de rien nétait. Circulez, il ny a rien à voir. Evidemment, tout cela est pour les médias. Cette affaire semble terminée. Mais de nombreuses questions demeurent sans réponse. Les échanges économiques et politiques sont apaisés entre lEspagne et le Maroc. Madrid ne songeait pas à remettre en cause la reconnaissance de son voisin sur le Sahara Occidental et les Algériens nen font plus un obstacle à de bonnes relations avec Madrid. Tout semblait aller pour le mieux. 1.- Pourquoi alors Rabat sest-il laissé entraîner dans une aventure sans lendemain et prendre le risque de porter préjudice à ses rapports de voisinage ? 2.- Si le Maroc paraît avoir été aux manettes, on ignore qui a été linstigateur, le concepteur de cette opération. Quel démiurge, quel architecte se cache derrière cette mise scène exécutée par un monarque ? Qui la imaginée qui a donné le top départ et qui a sonné la fin de la récréation ? 3.- Qui parmi les partenaires de lEspagne a été complice de cette affaire (de ce complot ?) ? 4.- En tout état de cause nous avons assisté là à un magistral et pitoyable fiasco. P. Sanchez noubliera sûrement pas la mauvaise manière quon vient de lui faire. Tout le monde a bien compris que lexécutif espagnol est un obstacle à déquiller. L« opération Ceuta » a lamentablement échoué. LEspagne et son Premier ministre sont toujours debout. Dans une posture gaullienne dont les Français ont perdu le souvenir, les repères et les valeurs. Même le « 18 juin » a été oublié. 5.- La cacophonie européenne qui a accueilli le début de lafflux des migrants à Ceuta témoigne dun désordre structurel préjudiciable pour lUnion qui à chaque fois a été prise de court lors dune succession (récente) de crises : celle du Covid, de louverture des hostilités entre Ukraine et Russie, lors de destruction de Ghaza et du sud-Liban, de lattaque de lIran A chaque fois, lunité de lUnion explose en une multitude de « fidélités » à des causes qui nont plus rien à voir avec lEurope et tout à voir avec sa liberté de décision et, pour ainsi dire, sa « souveraineté ». A lévidence, les structures de défense héritées de la fin de la Seconde guerre mondiale sont obsolètes et ne sont plus là que pour perpétuer des subordinations incompatibles avec les valeurs européennes et les liens quelle escompte tisser avec ses voisins du sud et de lest. LUE pourra-t-elle demeurer contrainte à acheter une énergie très chère (à prix de marché fluctuant et à coûts environnementaux exorbitants) alors quelle avait à ses portes, dans une géopolitique apaisée, une source de matières premières fiable à long terme et peu coûteuse ? Sans élargir linterrogation à toute la Méditerranée, ne serait-il pas opportun de revenir à la configuration occidentale « 5+5 » qui aurait rendu inconcevable la crise à Ceuta ? Un avantage supplémentaire : cette coopération peut sélargir à lAfrique sahélienne qui cumule instabilité géopolitique, économique et environnementale. Quand lUnion se décidera-t-elle a établir des relations mutuellement avantageuses avec ses voisins méditerranéens au lieu de suser à ériger des « Murs », comme on le voit, incapables darrêter qui que ce soit, contre ses intérêts bien compris ? Ne faudrait-il pas enfin que les Européens se débarrassent des murs quils ont construits dans leurs têtes et regarder le monde tel quil est : le réchauffement climatique qui met en péril toute la planète se rit de ces calculs à courte vue. Cet été donne un aperçu de lavenir (commun) qui nous attend. La crise à Ceuta a fait des dizaines de victimes en purs pertes et profits. Pendant ce temps-là, à Ghaza plus de deux millions dâmes meurent à petit feu dans un gigantesque camp de concentration, au vu et au su de tous. Où sont donc les Hautes Consciences européennes ? Notes: 1 Adaptation cinématographique du roman éponyme de Max Brooks (2006) qui décrit un monde apocalyptique envahi par des zombies. Lécrivain a publiquement renié le film. Est-ce pour cette raison quil neut pas suite ? 2 Proposition offensante, juridiquement impossible au regard du droit européen, dautant que la ville autonome de Ceuta nappartient pas, par dérogation, à cet espace. 3 Les conditions sont simples : - Présence en Espagne avant le 31/12/2025 : preuve obligatoire (empadronamiento, factures, etc.) ; - Séjour dau moins 5 mois : présence continue sur le territoire espagnol ; - Absence de casier judiciaire : condition essentielle pour accéder à la procédure. Dès ladmission du dossier, le demandeur peut travailler légalement, accéder au système de santé et voir toute procédure dexpulsion suspendue. Lautorisation accordée est initialement valable un an, avec possibilité de transition vers des titres de séjour ordinaires. 4 Pierre Vermeren, chercheur spécialiste du Maghreb, souligne que la police marocaine est « très efficace, très organisée et très bien informée ». Si elle avait voulu empêcher les jeunes darriver, soutient-il, elle « pouvait bloquer les routes ». « Nous avons constaté que le dispositif sécuritaire avait été allégé » et que « les renforts (policiers) ne sont arrivés que jeudi vers 19H00 (18H00 GMT) », confirme Mohamed Benaissa, président de lObservatoire du nord pour les droits humains, basé dans la région. Riccardo Fabiani, analyste pour lInternational Crisis Group, juge toutefois qu« il y a suffisamment déléments pour estimer que (le pouvoir à) Rabat est impliqué dans cette crise ». Il cite notamment « des vidéos qui montrent des forces de sécurité passives face à des camions remplis de migrants ». Sachant comment fonctionne le Maroc, « difficile de croire que les autorités naient pas été au courant de ce quil se passait, voire naient pas facilité un mouvement de population dune telle ampleur », abonde Haizam Amirah Fernandez, directeur du Centre des études arabes contemporaines à Madrid. (AFP, L. 03 août 2026) 5 La ministre espagnole de la Défense a annoncé lundi 30 mars la fermeture de lespace aérien du pays aux avions militaires américains impliqués dans la guerre en Iran et lopération « fureur épique », y compris les avions-citernes et les bombardiers. LEspagne avait déjà refusé aux États-Unis lusage de ses bases de Cadiz (Rota) et Séville (Moron). 6 Notons que pour sa part, Israël na pas nommé dambassadeur en Espagne depuis que le gouvernement espagnol, sous la direction du Premier ministre Pedro Sánchez, a reconnu lÉtat de Palestine en 2024.