Le dollar prépare son chant du cygne
Dans lhistoire, toutes les monnaies hégémoniques sur leur territoire élargi ont vu leur puissance décliner et disparaître.
Si pour le dollar le chant du cygne semble encore loin, on entend les premières notes de sa partition. Quun empire sécroule est dans le sens de lhistoire. Dans son agonie il emporte avec lui lune des marques essentielles de sa souveraineté et puissance, la monnaie. Lhistoire est longue de ces écroulements que leurs contemporains nimaginaient pas. On peut citer certains des plus gros. Le drachme de la Grèce antique sest effondré à cause du tarissement des mines dargent, des dévaluations constantes et surtout de linstabilité politique et de lenlisement dans les guerres. Le denier de la grande Rome antique (vous reconnaissez ce mot qui est resté dans le vocabulaire) , un phare financier de lempire pendant plusieurs siècles a lui aussi été miné par des dévaluations constantes à cause du gouffre des dépenses publiques des armées. En Italie, le florin de Florence et le ducat de Venise, des références absolues dans les échanges commerciaux en Europe, se sont écroulés, notamment par larrivée massive de lor africain qui a provoqué une forte inflation (ne pas confondre avec lor des colonies espagnoles bien plus tardivement). Lassignat français crée pendant la révolution française a explosé du fait de lhyperinflation causée par une euphorie démission massive. (Dans ce dernier cas, il ne sagissait que dune naissance et non dune période historique longue mais le mécanisme de la disparition est identique). Lancien mark allemand de Weimar a sombré de la même façon par une hyperinflation qui a obligé lempire allemand à lintroduction dune autre monnaie en 1923. Dans la croyance de sa puissance éternelle, le pays de loncle Sam ne sest pas préoccupé de ménager le carrosse royal qui le menait sur les routes de son règne depuis la fin de la seconde mondiale et le début de son empire. Curieusement, malgré lextraordinaire gisement déconomistes et dexperts financiers, les gouvernements successifs nont pas lâché la bride à une euphorie aveugle, celle de la dette. Pourtant, en toute part dans ce monde les professeurs duniversité répètent dès le premier cours que léconomie, dans ses échanges et sa croissance, repose sur un seul mot en postulat, la confiance. Elle est la base fondamentale sur laquelle repose lédifice. Tout le reste, aussi important soit-il pour que les rouages fonctionnent par des actions très techniques, cest la confiance qui reste le moteur. La monnaie nationale est la marque de la souveraineté dun pays (nous lavons déjà dit) qui peut lutiliser pour ses politiques commerciales et financières. La monnaie est avant tout une arme politique et donc celle de la domination inévitable lorsquelle est puissante. Rappelons (ou apprenons) aux jeunes lecteurs quune monnaie est un bout de papier imprimé au départ de sa vie mais qui représente une valeur déchange. Un pays A achète des « cacahuètes » à un Pays B (on peut rire), il le paye avec ce bout de papier (ou une transaction numérique libellée avec cette monnaie). Le pays B détient donc une créance envers le pays A qui à son égard sest engagé par une dette. A tout moment, ce pays B, le vendeur, peut venir frapper à la porte de lémetteur du bout de papier et lui dire « Svp, monsieur Washington, en échange de mes « cacahuètes » je voudrais des armes, jai une reconnaissance de dette de votre part avec ce papier que je vous présente (ou en numérique). Vous comprenez que la première garantie de la créance est quon lui donne bien des armes au prix convenu par la valeur inscrite sur le bout de papier (valeur faciale) en tenant compte toutefois des variations de valeur dans les échanges monétaires mondiaux, le vendeur en avait pris le risque. Si le pays qui avait une dette se met à avoir une forte inflation, en lien direct avec la valeur déchange sur le marché (ce qui est le cas pour les États-Unis depuis un moment), le petit bout de papier vaudra moins darmes par la diminution de sa valeur. Si la valeur de ce papier ne vaut plus un char mais une grenade à dégoupiller, nous sommes dans un risque gigantesque pour le pays B (je fais des jeux de mots avec grand effort et personne ne daigne sourire !). Le pays B avait confiance au pays A car celui-ci avait une situation florissante et garantissait un échange gagnant pour lun et lautre. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, avec la destruction massive des économies mondiales, les États-Unis était le seul pays qui pouvait garantir une reconstruction des économies mises à terre par sa production qui fournissait le monde, particulièrement lEurope. De plus, sa stabilité politique était réelle (malgré tous les travers de ce pays). Dès ce moment, les États-Unis possédaient ainsi le monopole de la garantie suprême par la solidité de son économie et son pouvoir de protection militaire. Pour ces deux raisons, tout le monde voulait des dollars en contrepartie de ses ventes. Car quelle est la garantie quoffrent dautres pays qui ont une inflation gigantesque (donc des risques importants de perte de valeur) et au sein desquels les coups détat reviennent à toutes les pleines lunes ? Qui aurait limprudence daccepter leur monnaie en échange de la vente de ses produits ? Voilà comment est née lhégémonie mondiale du dollar. Nous laissons de côté les accords de Bretton Woods et autres décisions qui ont écrit la partition du système monétaire mondial car ce nest pas utile dans notre pédagogie simplifiée daujourdhui. Le plus fantastique pour ce pays est alors dimprimer tous les bouts de papier quil veut et sendetter à hauteur de ce quil souhaite sans même débourser le moindre centime. Il rembourse avec du papier. Les États-Unis financent donc leur dette avec lachat par le monde de ses bouts de papier ou par les emprunts quil émet. Lincroyable miracle sexplique par un seul mot qui a été déjà précisé, la confiance. Incroyable ce que ce seul mot soutient lédifice des échanges commerciaux et financiers dans le monde. Oui mais voilà, les piliers de cette confiance née après la seconde guerre mondiale commencent à connaître de grosses fissures. Elles existaient auparavant mais leur importance est des plus visibles maintenant. Lenfant milliardaire qui casse ses jouets par caprice et en réclame toujours dautres na pas seulement élargi les fissures mais a donné un coup de butoir fracassant aux murs de la citadelle dollar. Ce pays est rongé par linflation et nest même plus capable de gagner des guerres depuis plusieurs décennies. Il nest même plus capable de protéger les petits pays de sable et de guirlandes en or du golfe qui avaient accepté la puissance de son dollar et la garantie de sa protection. Ce billet vert qui a fait fantasmer la planète commence à être sérieusement menacé par dautres petits bouts de papier (nous lavons dit, également en système numérique) puisquils sont aux portes de la puissance économique et leur stabilité politique devient des plus solides. Le yuan chinois est prêt à bondir à lassaut du dollar même si pour linstant ses expériences de faire adopter mondialement son bout de papier nont pas encore réellement convaincu. Quant à lautre puissance montante, lInde, elle est candidate à cette hégémonie mais encore très loin de décrocher le Graal du bout de papier miraculeux. Avec humour on pourrait dire quelle traîne le boulet de lexpression « cela ne vaut pas une roupie ». La confiance, cest aussi la conséquence de la réputation. Cela viendra. La beau cygne majestueux et paradant fièrement sur leau nen nest pas encore à chanter sa mort mais il prépare sa partition (*). Loncle Hamza qui navait jamais fréquenté la faculté déconomie savait quil ne faut jamais accepter les chèques de personnes qui jouent aux riches, aussi grosse que soit sa voiture qui brille jusquau fond du quartier. Il avait la tête sur les épaules et le porte-monnaie bien accroché. Si cétait un billet, il lexposait au soleil et si cétait une grosse pièce, il la mordait pour en constater sa véracité (jexagère mais cest pour limage). Pour lui, la confiance ne se donnait pas aussi facilement que celle de lhumanité pour le dollar. Il ne plaisantais jamais avec largent ! (*) Beaucoup pensent prioritairement à luvre dopéra, cest juste mais lhistoire dont elle sest inspirée est beaucoup plus ancienne. Dans la légende antique on pensait que le cygne, dordinaire peu harmonieux dans son cri ou plongé dans le fier silence, poussait un chant extraordinaire au moment de mourir car il voulait faire ses adieux à la vie.