Entre faillite sociale, économique et politique
L’Europe des marchés est en feu
Les événements du 17 octobre en France ont mis le feu dans tous les médias européens.
Pour s’en inquiéter ou s’en réjouir. Qui s’en inquiète ? Naturellement et d’abord tous les possédants qui ont tant profité de la «théorie de l’offre», sur lesquels ont ruisselé les profits d’un système mis en œuvre par le «Mozart de la finance», un Jupiter qui a trôné sans partage au-dessus de l’Hexagone pendant une décennie (sans compter le temps qu’il avait passé à Bercy pour mettre au point son projet). Ensuite, tous les partenaires profiteurs des excédents commerciaux avec la France, les «pays frugaux» qui étalent leur vertu douteuse et la mettent en demeure d’équilibrer ses comptes, dont ils ont largement tiré parti. Le chantage «Too big to fail», c’est terminé ! L’Allemagne est aux premières loges. Le crédit du chancelier bat de l’aile et son parti n’est même plus représenté à l’«Est d’Eden». Et si ses amis de la CDU-CSU ne l’ont pas encore mis à la porte, c’est parce qu’ils ne savent pas encore par qui le remplacer et pour quoi faire… L’impératrice v. Der Leyen qui voit son royaume se déliter, menacé de désagrégation : la France ne serait plus alors que la grosse pichenette qui fera capoter toute la construction européenne, jeu de dominos profondément remanié après la chute du «Mur» qui a abandonné le projet des «Pères fondateurs» devenant un vaste marché ouvert aux quatre vents, déficitaire avec l’Est et dangereusement excédentaire avec l’ouest. Mais les ennuis de la France ne font pas que des malheureux. Pour Marine Le Pen et son parti, c’est pain béni. Elle était en haut des sondages malgré sa condamnation pour détournement de fonds publics. Elle était si souvent passée à deux doigts du succès, méfiante qu’elle est, elle doutait. Maintenant, égérie de l’ordre, elle ne doute plus que les bourgeois, effrayés par l’ogre populaire, lui accorderont leurs suffrages. Se délectant de l’incendie de l’hôtel de ville de Limoges, D. Trump n’a plus que la France à la bouche depuis le 17 octobre. Un vrai repoussoir, une planche de salut, alors qu’approchent à grands pas les Midterm. Avec un seul mot d’ordre commun à tous les membres de l’internationale MAGA : «des hordes de barbares déferlent sur l’Occident et veulent y mettre le feu». En vérité, par-delà les calculs et les calculateurs, petits ou grands, tous les problèmes non résolus convergent et simultanément débouchent sur une crise multidimensionnelle. C’est en cela qu’elle est majeure et on ne peut la confiner à une simple question de désordre urbain : Union Européenne, politique intérieure de chaque Etat, crise de la démocratie représentative, déséquilibres économiques, sociaux, financiers, budgétaires, soutien à l’Ukraine en guerre, cohésion atlantique avec une OTAN écartelée entre les deux rives de l’Atlantique, crise au Proche-Orient qui fait exploser les coûts de l’énergie, réchauffement climatique… Démocratiquement élus, on ne peut contester la légalité des exécutifs à la tête des Etats européens. Il est en revanche possible et même pertinent de discuter de leur légitimité. Si d’un côté, on peut mettre en doute la validité juridique et les conséquences politiques des sondages. D’un autre côté, on ne peut les récuser en doute, lorsqu’ils renvoient régulièrement une impopularité persistante et même croissante des dirigeants en poste. Encore que des élections «locales» ou partielles, récentes comme en Allemagne, accordent aux sondages le crédit empirique et factuel qui les confirme. C’est entre ces deux bornes, dans cette distinction entre respect des règles démocratiques formelles et délégitimation politique que se place le mécontentement des citoyens à travers la multiplication des manifestations dans différents pays de l’Union. La gravité des événements en France et les images qu’ils renvoient masquent deux réalités, deux problèmes qu’on tente «quoi qu’il en coûte» d’escamoter : 1.- Il est trop facile de prétendre que c’est un phénomène purement français (un vieux cliché colporté depuis la Révolution Française) alors que le feu couve et s’étend à toute l’Europe. 2.- Le mariage de la démocratie représentative et du libéralisme (aujourd’hui «ultra», sans limites) finit de consommer leur alliance et d’exhiber leur incompatibilité avec les principes posés au XVIIIème s. 17 octobre en France : entre 500 000 et 800 000 manifestants (probablement davantage), mêlés à leur corps défendant à des émeutiers violents qui saccagent et volent des commerces et mettent le feu à des établissements publics. Dans de très nombreuses villes, des centaines de jeunes cagoulés cassent et pillent. De nombreux blessés sont comptés parmi les émeutiers et les policiers débordés, mal préparés ( ?). A Paris, à Lyon (où l’office de tourisme est brûlé), à Marseille (où l’hôtel de ville est pris d’assaut) à Limoges, monument historique, il est incendié... dans de nombreuses villes, des hordes de casseurs s’en donnent à cœur joie. L’histoire bégaie. Les images, pour les mémoires étroites, actualisent celles de mai 19681. Les moins oublieux se souviendront des années 1830, des saint-simoniens et des canuts, de 1848 qui accouchent d’une éphémère IIème République, de 1870 et de la Commune de Paris… De tous ces soulèvements «coûteux» qui ont tissé l’histoire sociale et politique de la France. Des scènes troublantes sont observées ; permissivité et même «complicité» des forces de l’ordre qui laissent faire les casseurs et s’occupent de gazer les manifestants pacifiques, comme si tout était fait pour les dissuader de défendre leurs causes et leurs droits. Pour mettre un terme à la «chienlit». Plus grave. Lundi soir 19 octobre, Mediapart publie une enquête dans laquelle il cite un commissaire du renseignement territorial affirmant qu’il lui avait été demandé «texto d’écrire que c’est LFI qui est derrière le mouvement alors que c’est objectivement faux de l’avis général des RT (renseignements territoriaux, ndlr)». «Si les renseignements territoriaux produisent des rapports mensongers, si on leur demande d’écrire à l’intérieur de ces rapports des choses qui sont fausses (...) ça s’appelle un scandale d’État», s’indigne Manuel Bompard, coordinateur national de LFI sur franceinfo le lendemain. Il ajoute : «Qu’on en vienne à manipuler le travail des renseignements territoriaux pour essayer de cibler la France insoumise et de lui imputer une responsabilité dans des actes sur lesquels elle n’a aucune responsabilité, c’est absolument inacceptable». «Je vais saisir la Cour de justice de la République contre le ministre Nuñez, [pour fabrication] de faux documents... Comment ne pas songer à l’entre-deux guerre, à la collusion entre les descendants des Hohenzollern et des fascistes, taraudés par la peur de voir les bolchéviks déferler sur l’Europe et leurs biens ? Qui se souvient de la «nuit des longs couteaux» (août 1934) et de «l’incendie du Reichstag» (fin février 1933) ? Qui sont les amnésiques qui jouent aujourd’hui aux apprentis sorciers ? Les formes et la gravité des événements diffèrent, mais les enjeux et les causes sont identiques. Sans atteindre le niveau de violence connu en France ce samedi 17 octobre, des manifestations se multiplient un peu partout en Europe. Au Portugal (manifestations liées au coût de la vie et surtout du logement)2, en Belgique (mobilisations à Bruxelles et Liège, notamment lycéennes et sociales), en Italie (protestations contre la vie chère, notamment à Milan et aussi contre la guerre, cf. pancarte brandie ci-dessous), en Espagne (manifestations importantes sur le logement et les loyers) Albanie. Effrayés, les pays voisins ne savent comment réagir pour à la fois éviter de provoquer plus de manifestations et moins de dégâts. .C’est toute l’Europe qui est en feu Le gouvernement italien, au vu des événements en France, instaure des lois anti-émeutes plus strictes. L’Europe aux abonnés absents Les Etats-Unis et la Russie discutent entre eux de la fin du conflit ukrainien, sans l’Ukraine et sans l’Union Européenne depuis longtemps marginalisée et écartée de la résolution de la plupart des conflits dans le monde, en particulier ceux dont elle subit les conséquences. C’est le cas des attaques israélo-américaines contre l’Iran en dehors de toute résolution des Nations Unies qui provoquent une hausse persistante des prix des matières premières énergétiques et des taux d’intérêt qui creuse le coût de la dette (120% du PIB français, le double du maximum qu’autorisent les traités). Déficit budgétaire intenable, d’autant moins que procyclique, il ne peut qu’effondrer la consommation, le taux de croissance (déjà anémique), les recettes fiscales directes (TVA) et, de nouveau, les problèmes budgétaires. France : lundi 19 octobre matin, taux d’intérêt nominal (OAT à 10 ans), au lendemain des émeutes, 4.7953% avec un spread franco-allemand préoccupant de 140 points de base. La France subit une double contrainte. Une hausse de ses taux et un creusement de l’écart (spread) avec son voisin allemand. 2022. Le taux français était de 1.7% (le spread était de +56) 2026 (mardi 20 octobre). L’OAT française était à 4.9% et le spread de +146.9 (153 points au plus haut de la séance). Taux plus élevé que ceux de l’Italie (4,59%) et de l’Espagne (4,07%), deux pays longtemps considérés comme les maillons faibles de la zone euro. L’Europe se contente de communiquer et d’acheter des armes américaines pour entretenir une guerre qui n’est pas dans son intérêt, mais seulement dans celui des marchands de canons qui entretiennent le feu parce qu’il alimente les commandes qui leurs sont adressées au détriment des besoins des citoyens et des Etats déficitaires et endettés au-delà des normes prescrites auxquelles ils ont formellement souscrit. C’est aussi dans l’intérêt des exportations d’hydrocarbures américains plus coûteux pour l’économie et l’environnement par opposition au gaz russe auquel les Européens ont renoncé moins cher, plus stable et plus sécurisé. Vendredi 23 octobre, l’Agence Moody’s attribuera une note à la France qui pourrait compliquer la tâche de ses dirigeants. Comment la France a-t-elle fait pour en arriver là… ? Comment les exécutifs européens et leurs relais médiatiques s’expliquent ces difficultés, leurs conséquences sociales, l’exaspération des citoyens et les manifestations populaires, sans que personne -jusque-là- n’interroge leurs causes au lieu de se complaire dans le spectacle télévisuel de leurs excès et débattre à l’infini sur les mesures sécuritaires pour les contrer et vainement tenter de les anticiper ? L’armée des ombres, à l’ombre des armées « La Russie nous livre une guerre de l’ombre. Cette guerre non déclarée échappe aux catégories militaires et juridiques conventionnelles. Nous ne sommes pas en état de légitime défense et, pourtant, nous sommes attaqués » Martin Jäger, président du BND, le service de renseignement extérieur allemand, lors d’une audition au Parlement (Le Monde, L. 05 octobre 2026). Il y a les guerres qui se déroulent sur les champs de bataille. Et il y a celles qui a les cervelles des citoyens pour champs de manœuvre. Seuls les scribouillards prétendent à tort que ce sont ces dernières qui déterminent le sort des conflits. Pourtant, jamais aucune guerre n’a été gagnée ou perdue dans les rédactions ou par les spin-doctor. La guerre de l’information accompagne les armées sur le terrain, pour s’en faire l’écho rétrospectif, mais ne s’est jamais substituée de manière décisive sur son issue. Pour preuve : la « propagande » occidentale vers la Russie ou russe vers l’occident a été complètement coupée, dès 2022. C’est pourquoi, la guerre de l’information, c’est bien aux citoyens des pays européens et russes de l’autre qu’elle est faite pour occulter les principales causes nationales de leurs problèmes. Chacun s’occupe de ses ouailles pour les convaincre de ses bons droits. En Europe, ça va mal à cause de la Russie et de LFI. Les opinions publiques deviennent ainsi l’enjeu d’une autre guerre où tous les coups sont permis. Une accumulation d’accusations de toute sorte est adressée à l’étranger ou à ses supposés « proxys » locaux. La désinformation se déchaîne contre la Russie posée comme une machine à intoxiquer les pays occidentaux. Pêle-mêle, tout y passe : fausses nouvelles, fausses vidéos, manipulations utilisant l’IA, fausses allégations à propos des hommes d’Etat français, de la gravité des émeutes, perturbations des élections roumaines en 2024, moldaves en 2025, étoiles de David sur les murs de Paris, cercueils déposés au pied de la Tour Eifel, drones sur l’aéroport de Leipzig en Allemagne…). LFI taxée d’« islamogauchiste », de servir de relais aux intérêts russes, accusée d’attiser le feu et d’être au fond responsable des émeutes avec une assimilation de la gauche avec l’extrême-gauche et l’ultra-gauche sans que personne n’explique très exactement ce que ces qualificatifs signifient. Il importe seulement qu’ils soient très négativement connotés. Tout cela évidemment sur la base de « soupçons », de « coïncidences troublantes »… sans la moindre preuve et sans débat. L’adversaire politique et l’« ennemi » ne possèdent du reste que peu de moyens pour répliquer et démentir. Le Premier ministre, le président et une partie de l’opposition (RN, LR…) n’hésitent pas à reprendre le slogan « Tout sauf Mélenchon » étalé depuis de nombreux mois, depuis que le chef de LFI est donné, par les sondages, au second tour des prochaines Présidentielles, sur la plupart des « Une » dans les magazines et les TV d’information continue aussi bien publics que privés. Ils ont l’unanimité médiatico-politique avec eux. Mais aucun d’entre eux n’oserait se mêler à la foule des manifestants sans prendre le risque d’être conspué ou enfariné. « Accusé LFI, levez-vous ! ». Marine Le Pen accuse les troupes de Jean-Luc Mélenchon de légitimer la violence et de chercher à « précipiter le pays dans le chaos ». « Les revendications sociales légitimes ont une nouvelle fois été prises en otage par l’extrême gauche et les discours des députés de Jean-Luc Mélenchon qui, en légitimant la violence, en considérant l’ordre comme une oppression et le désordre comme un droit, cherchent à précipiter le pays dans le chaos », accuse sur X la candidate du RN à la présidentielle. Jordan Bardella présente, de son côté, les violences comme la « convergence d’un terrorisme d’ultra-gauche et de populations délinquantes de banlieue ». Se projetant vers mai 2027, il promet notamment la suspension des allocations familiales des délinquants récidivistes et l’application du principe de « casseur-payeur ». Le président du parti d’extrême droite a fustigé « les professionnels du chaos » et Éric Ciotti, allié du RN, dénoncé « le fascisme rouge » dans la rue aujourd’hui. Sébastien Lecornu à l’adresse de JL Mélenchon : « On ne peut pas appeler à cesser les violences tout en fournissant des excuses à ceux qui les commettent. C’est VOTRE responsabilité politique ». (Message sur X)4 Déjà qualifié d’islamogauchiste, pour que le tableau soit complet, Bruno Retailleau (LR, ancien ministre de l’Intérieur) y ajoute une dernière pièce pour dresser un réquisitoire et mener LFI l’échafaud. « Oui, il y a un lien entre une immigration massive qui crée des désordres sécuritaires et ce qui s’est passé (samedi). Oui, je le dis, l’affirme ». « Une convergence entre l’extrême gauche et des racailles ». « Quand on a des binationaux qui pillent, qui sont des violents, qui agressent les gendarmes ou des policiers, quand on est un binational, on doit pouvoir être déchu de la nationalité française » Il suffit de s’opposer à Israël et de dénoncer le génocide subi par le peuple palestinien pour être aussitôt accusé d’antisémitisme qui est un délit. Pourtant, aucune plainte n’a été déposée contre LFI. Chacun sait les véritables raisons de l’acharnement contre Rima Hassan. La Franco-palestinienne est poursuivie pour « apologie du terrorisme. Lui est reproché d’avoir posté sur sa page X le 26 mars une citation attribuée à Kozo Okamoto, un Japonais partisan de la cause palestinienne, l’un des auteurs de l’attentat de 1972 à l’aéroport de Tel-Aviv : « J’ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne. Tant qu’il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir ». Si cette déclaration est celle d’un terroriste, alors être palestinien, c’est être terroriste. La qualification d’apologie du terrorisme permet de contourner l’immunité parlementaire dont l’élue se réclame dans cette procédure. Le procès qui lui est fait par une cohorte de relais sionistes français et européens5 poursuit un double objectif. 1.- Valider juridiquement et pénalement une synonymie entre antisémitisme et antisionisme en sorte de soustraire définitivement Israël de toute critique et même de tout commentaire. 2.- Etablir enfin que LFI est une organisation antisémite terroriste qui doit être bannie du paysage politique français. C’est ce que réclame le président du Sénat mardi 20 octobre et celui de LR dès le 1er du mois. Ce que réclament à cor et à cris depuis longtemps tout le cénacle de la droite et de l’extrême droite, avec l’aimable soutien de ce qui fait office de socialistes en France. Le couple Guedj-Glucksmann s’est donné pour mission d’établir un gouffre infranchissable entre le PS et LFI. Rima Hassan cumule toutes les tares : musulmane, Palestinienne, de gauche, terroriste et femme. Si au moins elle était blonde aux yeux bleus… Maintenant que le PS s’est noyé dans le néo-macronisme sur la Place Publique, avec l’appui de communistes et de « Verts » ainsi que de quelques autres passe-murailles, le « Tout sauf Mélenchon » a atteint un degré d’universalité d’exception. Le problème est qu’il faudra alors songer à rouvrir des camps de concentration pour les millions de citoyens français qui votent pour LFI… Lundi matin, E. Macron refuse la démission de son ministre de l’Intérieur et s’envole vers le Proche-Orient pour y défendre, disait-il, le pouvoir d’achat des Français alors que non seulement il ne dispose d’aucun moyen pour y parvenir, mais qu’en réalité il a bien d’autres raisons pour s’y rendre. L’achat de gasoil est brandi par tous les médias « embedded » pour faire croire à une prochaine baisse des prix du carburant. Ce n’est pas faux, mais -il aura beau protester- c’est une goutte d’eau dans un océan transactionnel sur lequel le Président n’a aucune prise. Les marchés décident et Jupiter parade. L’essentiel des négociations a porté sur la vente d’armes pour lesquels Macron a été dépêché.6 Depuis de nombreuses années, depuis que les industries de défense de la France ont été partiellement ou totalement privatisées, la défense du pays est passée au second plan. Les parts qu’y possède encore l’Etat ne jouent qu’un rôle marginal dans les protocoles de décision. Présidents, ministres de la Défense (ou des armées, peu importe), ministres des Affaires étrangères sont devenus des VRP au service des marchands de canons pour y placer leurs quincailleries mortifères. Ainsi en fut-il de Jean-Yves Le Drian, l’un des plus méritants à cette tâche ou de l’actuel Premier ministre, longtemps préposé à la promotion des armes des industries françaises de la guerre. Beaucoup d’observateurs et de commentateurs se trompent : quand il est dit que la France vend des avions de combat ou des canons. Car ce n’est pas exact. C’est l’entreprise privée Dassault ou Nexter qui vend ses armes et encaisse les profits. Pas la France qui a été peu à peu dépouillée des bijoux industriels et technologiques à l’appui de sa politique étrangère et de sa sécurité de l’époque où elle en avait. Comme le disait le pauvre Jean Jaurès qui l’a payé de sa vie avant même que la Grande boucherie n’ouvre ses portes : « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage. »7 Ce ne sont pas les lettres mais les chiffres qui le démontrent. On peut approcher la question sous deux angles. Mais avant cela, il faut fixer quelques idées. Il fut un temps où le capital rôdait autour du pouvoir, noyautait l’Etat avec ses hommes d’influence, ses éminences grises pour organiser la décision autour de ses intérêts. Il se cachait derrière des lobbys cravatés sortis des Grandes Ecoles où ils apprenaient toutes les ficelles de la dissimulation et de la subversion. Les mafias emploient aujourd’hui des armées d’ingénieurs férus d’intelligence économique et financière, artificielle comprise. Des têtes d’œufs triées sur le volet avec des ordinateurs à la place des mitrailleuses. Rachida Daty est aujourd’hui traînée devant les tribunaux pour avoir été cette sorte de Mata Hari pour le compte de Renault auprès des institutions européennes. Elle a perdu la mairie de Paris et sera peut-être condamnée pour maladresse, excès de confiance, pour ne pas avoir été convenablement assistée ou pour avoir empiété sur le territoire d’un autre viandosaure vorace, dangereusement irascible. Elle rejoindra l’ancien président Sarkozy (et quelques anciens ministres) à la cohorte des professionnels de la politique chère aux libéraux. Elle n’a pas pris garde à se maintenir dans le club des « pas vus, pas pris » qui échappent encore à la loi. Quoi qu’il en soit, ces procédés relèvent de la préhistoire. Le capital dorénavant ne se cache plus. Il n’a plus besoin de prête-noms, d’hommes de paille. Le capital se livre tel qu’il n’a jamais cessé d’être, dans la plus évidente nudité. Deux aspects de la question le montrent. 1.- Chiffres d’affaires et capitalisations boursières 2.- On commence à reconnaître le lien entre la guerre en Ukraine et les difficultés économiques de l’Union Européenne, cause principale, mais pas unique des manifestations. Le voile n’est pas complètement levé sur les manipulations des opinions publiques européennes, mais à la faveur de futures élections prévues un peu partout en Europe, le débat s’ouvre et les lèvres se descellent. Du reste, il n’est plus possible de le cacher. L’état des finances publiques et de l’endettement des nations livrées pieds et poings liés aux marchés, aux impitoyables spéculateurs et de la révolte des citoyens étranglés par les « réformes structurelles » le montrent à l’évidence. C’est là où se situe l’origine des manifestations qu’on essaie en France de mettre sur le dos des Insoumis ou ailleurs (en Allemagne ou aux Etats-Unis), sur celui des migrants. La guerre en Ukraine et la ruine économique de l’Europe Jusque-là, cette aide était présentée comme vitale pour la sécurité de l’Europe et de la France. Même ceux qui la contestaient n’osaient pas le dire publiquement et clairement. Seulement à mots couverts. Sinon, c’est l’interdit d’antenne. Il n’y avait pas de débat en France, ni ailleurs en Europe, sur la question. A l’exception de l’AfD et Die Linke en Allemagne, partis considérés comme une sorte de « cinquième colonne » au service de la Russie (des « proxy », pour utiliser la langue des professionnels de l’intox). Dans le courant du mois d’octobre 2026, les débats autour de l’aide à l’Ukraine sont portés devant les citoyens. Un vrai pavé dans la mare. Ce changement est sans doute dû à l’approche de la campagne des présidentielles en France (avril-mai 2027) et surtout des négociations pour boucler à l’Assemblée le budget 2027. Le Rassemblement National annonce une interruption de l’aide si le RN parvenait à l’Elysée et à Matignon en mai-juin prochain. Ce choix est confirmé et précisé par Marine Le Pen. La dimension morale et politique n’est pas remise en cause. L. Alliot s’en tient à une stricte dimension économique. - 04 septembre 2026. Louis Alliot, vice-président du RN : « On coupe le robinet. Le système de santé, le système éducatif, l’ensemble de l’économie, tout le monde est à l’os et on trouve de l’argent pour aller encore financer des armes (…) mais qui paye tout ça ? »8 Ce faisant, L. Alliot établit un lien direct, de cause à effet, entre l’aide apportée et les problèmes de l’économie et de la société française, relations que les politiques et les médias français ont soigneusement pris soin de ne pas établir. Le 16 septembre 2026, sur LCI, Marine Le Pen déclare : «On peut continuer à former leurs soldats, leur armée (…) à leur fournir du matériel pour qu’ils puissent se défendre. Mais financièrement, on ne peut plus.» Elle ne dit pas, «on ne veut pas». Elle dit «on ne peut pas» pour signifier que le choix s’impose à elle comme une nécessité, une contrainte économique insurmontable.9 - 14 octobre 2026. Marine Le Pen maintiendra le soutien de la France à l’Ukraine pendant «six mois», avant d’«arrêter les financements», a-t-elle annoncé dans les colonnes du Financial Times., séparant ainsi aide militaire et humanitaire et aide financière, même si globalement depuis 2022 l’aide totale de la France (27 Md euro) est bien plus faible que celle de son voisin outre-Rhin (54 Mdeuro) selon Kiel Institute, mis à jour le 08 octobre 2026. Coincé entre marché et manifestants, le Premier ministre en vient à racler les fonds de tiroir. En sorte que 27 Mdeuro est loin d’être une peccadille. - 15 octobre 2026. Le candidat social-démocrate à la présidentielle, lui aussi anti-mélenchoniste enragé, a vivement critiqué jeudi la promesse de Marine Le Pen de mettre fin à l’aide financière française à l’Ukraine après six mois de pouvoir si elle était élue en 2027. « C’est une capitulation, c’est une soumission », a-t-il lancé sur France 5. « Si on coupe l’aide à l’Ukraine, ça veut dire qu’on soumet l’ensemble de l’Europe à Vladimir Poutine », a-t-il ajouté. Le gonflement du budget des armées est un autre sujet qui n’est pas encore placé au cœur des débats. 2022 : 40.90 Md euro 2026 : 57.15 Md euro Soit une augmentation nominale de 39.7% La loi de programmation militaire 2024-2030 prévoyait initialement 53,7 Md euro en 2026. Le projet de budget a porté ce montant à 57,15 Md euro, soit 3,5 Md euro supplémentaires au-delà de la trajectoire initiale. Sur la même période qu’en est-il du budget de l’éducation ? 2022 : 78,50 Md euro 2026 : 89,64 Md euro Soit une augmentation de 14.2% CQFD - On y trouverait des explications sur la chute de la France dans le classement Pisa. La question n’est pas : «Doit-on interrompre l’aide à l’Ukraine» ? Pour comprendre l’accroissement des dépenses militaires, il importe de se poser une autre question : «Doit-ont interrompre les commandes aux complexes militaro-industriels» ? Les Echos, mercredi 14 octobre 2026 La sensiblerie humanitariste est un faux-semblant, un subterfuge pour des hordes d’idiots utiles. Le peuple ukrainien n’intéresse personne sinon de vieux anti-bolchéviks primaires aigris (qui ont de vieux comptes à régler et ne se sont pas aperçus que l’URSS n’existait plus) ou des humanitaires en perdition à la recherche d’une cause pour donner un sens à leur existence. En réalité, les bruits de bottes qu’on fait entendre aux citoyens européens sont des tapages médiatiques destinés à les effrayer et à les domestiquer. Rien de plus ancien procédé efficace que l’horizon d’une catastrophe pour amener les peuples à «consentir». C’est pourquoi Hollywood a inventé les «films catastrophes» au début des années 1970 qui ont fait exploser depuis le box-office et le tiroir-caisse des Majors. Personne n’a envie de faire la guerre à personne. En vérité, nul n’a envie de déclencher un conflit majeur contre un pays « doté » avec un risque de déflagration généralisée qui ne ferait que des perdants. L’essentiel est que les affaires et les commandes continuent d’affluer et les profits de s’accumuler. La guerre du Viêt-Nam (entreprise hautement lucrative) semble avoir été oubliée. 3 objectifs primordiaux 1.- Accroître et sécuriser les commandes, les marchés et les profits 2.- Utiliser l’Ukraine comme laboratoire militaire 3.- Transférer les technologies mises au point du militaire au civil pour jouer et gagner sur tous les tableaux. La séparation entre civil et militaire est une fiction pour benêts. Même la notion de «double-usage» est une escroquerie intellectuelle. Dans «économie de guerre», c’est surtout «économie» qu’il faut retenir. Le reste est secondaire, offert en sacrifice à Arès en pertes et profits. Quelques exemples suffisent à faire comprendre ce qui se trame depuis 2022. Trois entreprises françaises nous montrent à quoi sert la guerre en Ukraine. Laissons de côté la chute du régime poutinien et de celle de l’axe Moscou-Pékin. Action Dassault aviation (2022 - octobre 2026) •Début 2022 : janvier 2022), •Années 2023 - 2024 : 140 euro et 205 euro (206,80 euro au printemps 2024). •Année 2025 : entre 300 euro - 324 euro. •Année 2026 (jusqu’en octobre) : l’action s’est stabilisée et évolue autour de 298 euro mi-octobre 2026 (avec un dernier cours enregistré à environ 301,80 euro). Action Thalès. Évolution annuelle (début 2022 – octobre 2026) •Année 2022 (Début de la hausse géopolitique) : 77,52 euro •Année 2023 (Stabilisation et consolidation) : 134,40 euro (fin déc.) •Année 2024 (Poursuite de la progression) : entre 135 euro et 167 euro •Année 2025 (Forte accélération) : entre 224,20 euro et 259,30 euro •Année 2026 (Jusqu’en octobre) : Plus haut sur 52 semaines : 274,20 euro Action Safran. Évolution annuelle (2022–2026) •Début d’année vers 112euro, un point bas autour de 98–99 euro avant un rebond vers 116,92euro en fin de l’année. •2023 (accélération) : une hausse annuelle d’environ 36%. .Le cours est passé de ~117 euro pour clôturer l’année autour de 159,84 euro •2024 (poursuite de la croissance) : +33% sur l’année. o209,10 euro fin décembre 2024 (avec un sommet à 219 euro en novembre). •2025 (forte expansion) : au-delà de 300 euro en fin d’année. •2026 (niveaux actuels) : .Le cours a atteint un plus haut historique à 366,50 euro. 318,90 euro en octobre 2026 .Une capitalisation boursière entre 131 à 133 milliards d’euros. Il en est de même des groupes européens qui se sont reconvertis massivement dans l’armement. L’automobile et l’industrie chinoise leur taille des croupières, du bas au très haut de gamme. Les Occidentaux viennent à peine de se rendre compte de l’erreur commise : admettre début 2000 la Chine dans l’OMC. Rheinmetall AG : évolution annuelle et jalons clés (2022 – octobre 2026) •Début 2022 (déclenchement de la guerre en Ukraine) : 87,28 euro .Mars–avril : explosion initiale avec un passage au-dessus des 217euro (+148 %). •Année 2023 (consolidation et croissance des commandes) : .Évolution progressive entre 186 euro et 284,70 euro. •Année 2024 (accélération industrielle) : .Mars 2024 : +429 euro .Décembre 2024 : clôture autour de 616 euro. •Année 2025 (sommet historique) : .Montée en puissance entre 1 800 - 1 960 euro (avec un pic à 1 966 euro). •Année 2026 (prise de bénéfices et repli) : .Début 2026 : autour de 1 900 euro en janvier, puis amorce d’une correction Les chiffres d’affaires, les capitalisations et les profits explosent. Et ils feront exploser tous ceux qui les menacent. La guerre n’est ni morale, ni immorale. « Par-delà le bien et le mal » aurait dit Friedrich Nietzsche. La guerre est d’abord une bonne affaire. L’économie n’a jamais cessé d’être une guerre, ainsi définie et conçue par le libéralisme agrémenté d’un principe d’égoïsme créatif et innovant. A court terme, le sort de tous ces revenus, de ces calculs et anticipations est entièrement lié au vote du budget : passera-t-il par ordonnance ou par 49-3, facilité par un RN toujours au secours d’un régime qu’il critique tous les jours mais qui croit avoir le vent en poupe imaginant que face au « désordre » la majorité silencieuse lui donnera l’Elysée et les moyens législatifs pour rectifier le budget ? La seule alternative à ce scénario est représentée par LFI, cible inconcevable dans le tableau de chasse de tous, du « centre » social-démocrate à l’extrême-France.10 Résumons-nous. 1.- Les manifestations sont l’expression la plus nette, la plus claire comme révélatrice des difficultés économiques et politiques des pays engagés dans des conflits armés au détriment du bien-être de leurs populations. 2.- Le « ruissellement » dont les bienfaits tant annoncés et vantés a ruiné les travailleurs au détriment de milliardaires dont le nombre explose. Entre 2000 et 2025, il est passé de 470 à 3 028, soit une augmentation de +544%. Pendant ce temps-là le nombre de pauvres en France a augmenté de plus d’un million, passant de 8.57 millions en 2017 à 9.82 en 2024.11 3.- La démocratie représentative a fait faillite et ne représente plus grand monde. Elle n’est plus ni représentative, ni démocratique. 4.- Le capital caché derrière des ectoplasmes se révèle au grand jour pour prendre d’autorité les commandes des nations. Trump n’a nul besoin d’un sous-fifre. Il ne représente aucun autre milliardaire que lui-même et toutes ses décisions qu’il prend se mesurent à l’aune de ses stricts intérêts personnels. La plus éclatante et plus sublime réussite de la démocratie transactionnelle qui, comme chacun l’aura compris, n’a plus rien à voir avec la démocratie. Le plus singulier est qu’il ne s’en est jamais caché. Notes: 1- Relisons R. Debray (2008) : Mai 68, une contre-révolution réussie. Mille et une nuit, 143 p. Réédition d’un texte précédemment paru trente ans plus tôt chez Maspero en 1978 sous le titre, Modeste contribution aux discours et cérémonies officielles du dixième anniversaire. 2- Le loyer, un des postes les plus lucratifs pour les rentiers et le plus lourds dans le budget des ménages. Un déséquilibre accru par une politique de discrimination urbaine et une chute des budgets consacrés au logement social. 3- « Soldats à l’école, non à la guerre ! » 4- « Quand j’entends le Premier ministre dire que le mouvement des lycéens, c’est LFI, c’est une insulte au mouvement des lycéens. Ça n’est vrai, ça n’est pas eux qui ont cassé », a protesté le maire de Paris, qui avait pourtant refusé lors des municipales en mars de s’allier avec les Insoumis. 5- L’Organisation juive européenne (OJE), l’Observatoire juif de France (OJF), la LICRA… La justice française est, en l’occurrence, un sous-fifre actionné à distance par Israël. A l’invitation du Premier ministre pour convenir d’une politique sécuritaire, J.-L. Mélenchon répond : « les risques de l’élection présidentielle, on peut les lui raconter à l’avance : c’est pas les groupuscules de l’ultragauche, c’est monsieur (Benyamin) Netanyahu qui pèse sur les élections à Marseille, à Toulouse, à Roubaix et à Paris ». (AFP, mardi 20 octobre 2026). 6- Par exemple un accord intergouvernemental sur le programme Rafale F5. Il s’agit d’un approfondissement du partenariat autour de la prochaine génération du Rafale, et non simplement d’une annonce politique. L’accord a été signé avec les Emirats dont on sait qu’ils n’ont aucun moyen technologique de le mettre en œuvre sauf à savoir que Abu Dhabi est intimement associé à Israël. Il faut aussi se souvenir que la base aérienne 104 française d’Al Dhafra (proche de la capitale) est partagée avec les forces américaines, elle accueille des avions de chasse (comme des Rafale). Qu’ajouter de plus ? 7- Même si ce n’est pas tout à fait de la formule exacte dont il avait usé lors de son discours à la Chambre des députés le 07 mars 1895, dans son esprit il n’y avait aucun doute : c’est bien pour ce pacifiste la violence et le chaos du capitalisme qui mènent aux conflits militaires. 8- Interview à BFMTV, jeudi 003 septembre 2026 au soir. L’article de BFMTV est daté du 04 septembre 2026. 9- Le Pen sait que ne plus aider l’Ukraine, revient ipso facto à aider la Russie. Mais comme l’image (négative) de V. Poutine ayant été solidement « traitée » par le système politico-médiatique, elle évite l’écueil d’avoir à exprimer un choix. Elle préfère s’en tenir à la défense de l’économie française dans l’état que chacun peut constater. 10- Les derniers sondages dépêchés après le 17 octobre donnent toujours J.L. Mélenchon au second tour. Désespérant ! 11- Source : Insee, données 2024 publiées en juillet 2026.