L’amour... sans frontières !
Livres : La valise de la veuve. Roman de Omar Kazi-Tani.
Editions Dar El Gharb, Oran 2015, 287 pages, 1.100 dinars C’est une belle et émouvante histoire d’amour entre Mahi, (beau) soldat algérien... aux yeux bleus, mobilisé durant la seconde guerre mondiale et Josiane, une (belle) femme française d’Alsace... déjà mariée. Bien après la guerre, devenue veuve, elle le rejoindra en Algérie (alors sous domination coloniale). Elle se convertira à l’Islam, s’appellera désormais Fatima et épousera son guerrier, devenu par la suite chef de gare... très estimé par ses supérieurs. C’est, aussi, une belle histoire d’amitié entre soldats ayant connu luttes et sacrifices sur le front : un Arabe, un pied-noir et un autre colonisé, originaire d’Afrique de l’Ouest. Bref, tous les ingrédients du roman presque rose. Seuls bémols, la descendance n’est pas au rendez-vous... même avec une seconde épouse (recommandée et acceptée par Fatima) et la lutte de libération nationale vient de commencer, ce qui perturbe fortement le tableau au départ idyllique. Les morts, naturelles ou non, se succèdent et notre belle Alsacienne se retrouve assez vite veuve... n’acceptant pas de quitter le pays (et la société de chemins de fer) qui lui a donné tant et tant de bonheur. Elle choisit, pour dernière demeure, le cimetière où repose son beau tirailleur, libérateur de sa ville natale, Strasbourg. L’Auteur : Psychopédagogue de formation, écrivain et romancier né à Tlemcen. Ancien cadre de l’Education nationale (plus de quarante années), aujourd’hui retraité, ayant connu l’ensemble des profils de l’enseignant (Chef d’établissement, professeur, conseiller pédagogique, inspecteur de l’enseignement du français, formateur), c’est un amoureux de l’histoire et du patrimoine archéologique du pays. Déjà auteur de plusieurs romans (chez L’Harmattan, Dar El Gharb et les Editions du Net…) Extraits : «Les photos sont des souvenirs, pas toujours bienveillants. Parfois de simples clichés révèlent et entretiennent la tristesse. On n’oublie pas son passé en détruisant du papier. Mais on devrait conserver du sourire et des moments de joie éternels. Les photos sont la réincarnation des êtres à travers leur vie. Ils ont à la fois source de gaîté et de peine» (p 210), «La terre, généreuse quand on l’aime, chiche si on ne lui donne pas assez» ( p 255), «Les morts occupent un espace souterrain et ont besoin d’un peu de lumière, pas trop, cela les éblouira. Les vivants, eux, ont le soleil, les regrets et les souvenirs» (p 285). Avis : Un roman comme on n’en voit peu ou plus. La vie presque quotidienne d’un couple mixte (Algérien et Française) au temps des colonies et juste après. Presque hors du temps et des événements. La vie en rose, quoi ! Ce qui en fait la saveur. Surtout pour les «has been» de l’amour sans frontières. Citations : «Les femmes peuvent s’entendre, pour partager et leurrer aussi quand il le faut, quand il fait bon mystifier. Duper en amour, c’est s’ouvrir des horizons, jadis restreints» (p 29), «Le rêve est une permission accordée par l’esprit qui demande du repos» (p 42), «Le pardon n’a jamais enfanté l’amnésie, il n’est que le fils de la sagesse» (p 47), «Un baiser, c’est une joie. Singulièrement quand il est offert avec le sourire» (p 61), «Quand on est militaire, et en pleine guerre, on a deux compagnons, à qui on reste fidèlement attaché : la conscience et le drapeau» (p 66), «Les trains n’aiment pas les absents et les gares sont souvent musiciennes, il fallait savoir les écouter. Elles ont toujours besoin d’un métronome» (p 147), «L’amour n’est pas une transgression, c’est un pacte d’alliance, de partage et de bannissement des frontières» (p 153), «Aimer, c’est répartir équitablement» (p 194). La morsure du coquelicot. Roman de Sarah Haidar (Préface de Yannis Youlountas). Apic Editions, Alger 2016. 135 pages, 500 dinars J’ai toujours mal accepté les préfaces à des romans, tout particulièrement lors d’une première édition. A la rigueur, lors d’une nouvelle édition... pour une œuvre qui a fait ses preuves, devenue un classique du genre. C’est en terminant l’ouvrage de Sarah Haidar que j’ai alors compris... qu’elle méritait amplement que l’écrivain, cinéaste et militant libertaire grec, lui consacre une présentation qui nous mette dans le bain. Pour mieux comprendre. Non, pour mieux nous préparer au plongeon dans le monde parallèle, mais réel puisqu’il a ses militants et ses adeptes, de ceux qui ne croient qu’en l’homme dégagé de toutes les servitudes (surtout celles imposées par d’autres hommes) et en la liberté totale. (...). Des personnages perdus dans un pays en guerre perpétuelle. Un pays qui après «tant de siècles pudibonds et tristes, découvrit la seule essence possible de l’extase : la violence !», dans un «territoire érogène» : Louisa dont «les aisselles donnaient les parfums manquant à la révolte», Mohand, «descendu du fleuve à demi-castré et à moitié aveugle…», le Commissaire, «aux prises avec une insurrection dont il comprenait la poésie», Dassine, «pieuse et silencieuse jusqu’à l’ultime centimètre creusé par le pal», Mahmoud, «le récalcitrant aux racines qui finit par s’en étrangler»... L’auteure les raconte, raconte leurs désirs, leurs révoltes, leurs souffrances, mais aussi leurs espoirs à sa manière et dans son style bien plus libre que ses personnages. On s’y perd un peu ? Beaucoup même pour celui qui n’a pas lu ou compris «Virgules en trombe». En fait, un véritable orgasme littéraire. L’Auteure : Née en 1987 à Alger, Sarah Haidar est écrivaine et journaliste. «Virgules en trombe» est son premier livre écrit en français (APIC, 2013). Il a obtenu, en 2013, le Prix de l’Escale littéraire d’Alger. Extraits: «Le miracle est une providence punitive. Il ne survient pas pour aider les damnés mais pour rétablir une petite harmonie dans l’univers, remettre quelques atomes à leur place afin d’empêcher une implosion, corriger les erreurs que nous sommes» (p 46). Avis : Le préfacier nous dit qu’à Alger, il a rencontré «la liberté incarnée», une femme qui «regarde sans poser, qui regarde sans retenue, qui écrit sans crainte». Citations : «Beaucoup ne le savent pas, mais on a toujours besoin d’un sans-abri pour nous montrer le chemin de la maison» (p 50), «Ne mourront que ceux qui craignaient la vie» (p 126). (Fiche de lecture déjà publiée en juin 2018. Extraits pour rappel. Fiche de lecture complète in www. almanach-dz.com/societe/bibliotheque d’almanach).