Le courage en héritage

De la Révolution aux héros d’aujourd’hui !

Le jeune Abdenacer Ben Khelfa, plus connu sous le prénom de Nacer, est devenu en quelques heures le visage du courage ordinaire qui accomplit des actes extraord...

Alors qu’un violent incendie ravageait un appartement de la résidence El Yasmine, dans la commune de Bir El Djir, deux enfants se retrouvaient prisonniers des flammes au dixième étage. Avant même l’arrivée des équipes de secours, Nacer n’a pas hésité une seule seconde. Il a escaladé la façade de l’immeuble, défiant le vide, la fumée et les flammes, pour atteindre le balcon où les enfants étaient réfugiés. Au péril de sa propre vie, il les a mis hors de danger. Les images de cette ascension vertigineuse ont fait le tour des réseaux sociaux et suscité une immense vague d’émotion en Algérie comme à l’étranger. La République n’est pas restée insensible à cet acte de bravoure Le ministre de l’Intérieur a recommandé son recrutement et le jeune héros s’est vu offrir un emploi au sein de l’Aéroport international Ahmed Ben Bella d’Oran. Une reconnaissance méritée pour celui qui a rappelé que l’héroïsme ne porte ni uniforme ni grade : il naît souvent de l’instinct de sauver son prochain. Mais Nacer n’est pas un cas isolé. Son geste s’inscrit dans une longue tradition algérienne où le courage est une valeur profondément enracinée. Comment ne pas évoquer, à cet égard, le sacrifice de Mohamed Amine Lahmar, l’agent de sécurité du complexe gazier de Tiguentourine qui, le 16 janvier 2013, choisit de faire face aux terroristes plutôt que de sauver sa propre vie ? En donnant immédiatement l’alerte, il permit à des centaines de travailleurs de se mettre à l’abri et donna aux forces de sécurité le temps nécessaire pour intervenir. Son sacrifice empêcha que cette attaque terroriste ne se transforme en une tragédie encore plus meurtrière. Tombé en héros, il fut décoré, à titre posthume, de l’Ordre du mérite national et la base-vie du complexe gazier d’In Amenas porte aujourd’hui son nom, perpétuant ainsi le souvenir d’un homme qui plaça le devoir au-dessus de sa propre existence. Le courage des Algériens ne connaît d’ailleurs aucune frontière À Paris, récemment, un jeune Algérien originaire de Béjaïa, Yacine, âgé de 29 ans, s’est jeté dans les eaux de la Seine pour sauver un homme en train de se noyer... alors même qu’il souffrait d’une véritable phobie de l’eau. Pendant près de dix minutes, il a maintenu la victime à la surface jusqu’à l’arrivée des sapeurs-pompiers. En Belgique, un autre jeune ressortissant algérien n’a pas hésité à plonger dans les eaux glacées de la Meuse pour secourir une femme en détresse. D’autres encore, à travers plusieurs pays européens, se sont illustrés en escaladant des immeubles en flammes ou en pénétrant dans des bâtiments envahis par la fumée afin de sauver des familles piégées. Ce qui frappe dans tous ces récits, c’est leur spontanéité. Ces jeunes n’ont pas réfléchi aux risques, à leur situation administrative ou à leur avenir personnel. Ils ont simplement choisi d’agir. Et c’est précisément ce qui définit le courage : agir quand tout pousse à fuir. Cette bravoure n’est pas née d’hier. Elle plonge ses racines dans l’histoire même de l’Algérie Durant la Guerre de Libération nationale, la jeunesse fut le véritable moteur de la Révolution. Les étudiants répondirent massivement à l’appel historique de la grève du 19 mai 1956, abandonnant les amphithéâtres pour rejoindre le maquis ou soutenir le combat pour l’indépendance. Quant aux artisans du 1er Novembre 1954, ils étaient eux-mêmes de jeunes hommes. Le plus âgé venait à peine de dépasser la quarantaine. Leur jeunesse ne constituait pas une faiblesse mais leur plus grande force. Ils avaient compris que la liberté ne se mendie pas ; elle se conquiert. Quelques jours avant le déclenchement de l’insurrection, le 24 octobre 1954, les six chefs de l’intérieur se rendirent ensemble chez un photographe à Alger. Ils demandèrent une simple photographie souvenir. Pourtant, leurs regards, leur détermination silencieuse et leurs visages graves semblaient déjà annoncer que l’Histoire était en marche. Quelques années plus tard, cette même jeunesse écrivit une autre page glorieuse à travers l’équipe de football du FLN, ce mythique « Onze de l’indépendance » En avril 1958, plusieurs joueurs professionnels abandonnèrent secrètement leurs clubs français, leur carrière et parfois même la perspective de participer à la Coupe du monde pour rejoindre Tunis et mettre leur talent au service de la Révolution. Malgré l’interdiction de la FIFA, cette équipe disputa 91 rencontres à travers l’Europe, l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique, remportant 65 victoires. Chaque match était bien davantage qu’une rencontre sportive : c’était une déclaration d’existence. Avant même que l’Algérie ne soit indépendante, son drapeau flottait devant des milliers de spectateurs et les premières notes de Qassaman faisaient entendre au monde entier la voix d’une nation en devenir. À l’heure où les Fennecs s’apprêtent à affronter la Suisse pour décrocher une place en huitièmes de finale de la Coupe du monde 2026, puisse cet héritage leur rappeler que les plus grandes victoires naissent toujours du dépassement de soi, de l’esprit collectif et de la fierté de défendre les couleurs nationales. L’histoire de l’Algérie n’est finalement qu’une succession de rendez-vous où sa jeunesse a refusé de céder à la peur Des maquisards de Novembre aux étudiants de 1956, des héros de Tiguentourine à Nacer suspendu au dixième étage d’un immeuble en flammes, une même flamme traverse les générations. Cette flamme s’appelle le courage. Elle constitue sans doute l’un des plus précieux héritages de la nation algérienne. Tant qu’elle continuera de brûler dans le cœur de sa jeunesse, l’Algérie pourra regarder l’avenir avec confiance, car un peuple qui sait encore produire des héros est un peuple qui ne renonce jamais. *Ancien Cadre Supérieur de l’Etat