La rupture des relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis

Un révélateur de la doctrine de souveraineté algérienne

Le non-alignement algérien n’est pas une neutralité passive, mais une doctrine de souveraineté.

Un révélateur de la doctrine de souveraineté algérienne
Après avoir défendu ses frontières, l’Algérie cherche désormais à construire les infrastructures, les partenariats et les interdépendances qui rendront son encerclement plus difficile. Les routes commerciales, les gazoducs, les chemins de fer, les ports, les réseaux numériques et les investissements sont devenus des instruments de puissance. L’Algérie ne cherche donc plus seulement à empêcher les crises régionales de pénétrer son territoire : elle veut organiser son voisinage autour de la coopération, de la circulation et du développement. Le non-alignement n’est pas un changement de camp Le non-alignement algérien signifie qu’Alger refuse de subordonner ses choix à un bloc, une puissance ou une alliance militaire. Il repose sur la souveraineté des États, l’intégrité territoriale, la non-ingérence et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. L’Algérie peut ainsi défendre la souveraineté du Mali sans approuver toutes ses décisions, l’intégrité du Soudan sans choisir de faction et le droit du peuple palestinien sans devenir l’auxiliaire d’une puissance régionale. Le non-alignement est cette liberté de jugement. Le Sahel : un espace de coopération Le Sahel n’est pas seulement une zone d’instabilité. C’est aussi un espace stratégique entre l’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Ouest et les grandes routes énergétiques et commerciales. Alger ne cherche pas à créer une zone de domination au sud de ses frontières, mais un espace où la souveraineté des États voisins fonde la stabilité régionale. La meilleure réponse à l’encerclement n’est pas toujours un mur : c’est une route La sécurité militaire reste indispensable, mais elle ne suffit plus. Une région sans infrastructures, emplois ni échanges demeure vulnérable. Routes, voies ferrées, réseaux électriques, télécommunications, agriculture, mines et industrie peuvent rendre un territoire plus stable et plus difficile à déstabiliser. L’Algérie passe ainsi de la souveraineté défensive à la souveraineté connectée. Le chemin de fer et le gazoduc transsaharien Le projet ferroviaire Alger–Tamanrasset, prolongé vers In Guezzam, peut transformer le Sahara en axe économique reliant le Nord, le Niger et l’Afrique de l’Ouest. La même logique s’applique au gazoduc transsaharien Nigeria–Niger–Algérie. Avec environ 4 130 kilomètres et une capacité annoncée de 30 milliards de mètres cubes par an, il ne serait pas seulement un outil d’exportation énergétique. Il pourrait créer des emplois, des investissements, des réseaux et des intérêts communs. Le gazoduc peut devenir un instrument d’intégration économique. Le Sahara peut devenir une interface entre la Méditerranée, le Sahel, la Libye, le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest. Routes, rail, énergie, fibre optique, ports, agriculture, mines et zones industrielles prennent toute leur force lorsqu’ils sont connectés. Une infrastructure développe un territoire. Un réseau transforme une géographie. L’Afrique ne doit pas devenir le terrain de jeu des puissances extérieures L’Algérie défend une même logique au Sahel et au Soudan : les crises africaines ne doivent pas devenir des marchés pour les puissances étrangères. La question n’est pas seulement de savoir qui gagne une guerre, mais qui contrôle ensuite les ressources, les routes, les financements et l’avenir politique du pays. La rupture diplomatique annoncée avec les Émirats arabes unis s’inscrit dans un contexte régional marqué par le Sahel, le Sahara occidental, la Libye, le Soudan et la Palestine. Elle ne signifie pas l’abandon du non-alignement, mais son application. Un pays non aligné n’accepte pas tout : il conserve le droit de dire non. De la puissance militaire à la puissance systémique La puissance du XXIe siècle ne se mesure plus seulement aux capacités militaires. Elle dépend aussi de la maîtrise de l’énergie, des infrastructures, des transports, des données, de l’industrie, de l’agriculture et des échanges. C’est la puissance systémique : la capacité à organiser des flux et à relier plusieurs marchés. L’avantage potentiel de l’Algérie réside dans la combinaison de son territoire, de son armée, de son gaz, de ses infrastructures, de ses ressources et de sa diplomatie. Construire un nouvel espace sahélo-saharien Le contre-encerclement algérien ne doit pas consister à encercler les autres, mais à créer suffisamment de relations et de corridors pour rendre l’encerclement inefficace. Le Mali peut devenir un partenaire économique, le Niger un corridor, le Nigeria l’extrémité méridionale d’un axe transsaharien, Tamanrasset un hub continental et In Guezzam une porte vers l’Afrique de l’Ouest. L’objectif est de construire un espace sahélo-saharien fondé sur quatre principes : souveraineté, bon voisinage, circulation et développement partagé. L’Algérie ne change pas de principes. Elle change d’échelle. L’Algérie ne passe pas du non-alignement à un nouvel alignement. Elle transforme sa doctrine politique en capacité d’action géoéconomique. Elle défend la souveraineté et doit construire les infrastructures qui la rendent concrète. Elle refuse la domination extérieure et doit proposer ses propres corridors et partenariats. Le non-alignement algérien n’est pas une retraite du monde, mais une manière d’y entrer sans lui appartenir. L’Algérie ne doit plus seulement défendre ses frontières, mais construire un espace reliant la Méditerranée à l’Afrique. La meilleure réponse à l’encerclement n’est pas toujours de bâtir des murs, mais de construire des routes : ferroviaires, énergétiques, commerciales, numériques et humaines. L’enjeu n’est pas de choisir un camp, mais de bâtir un espace suffisamment solide pour ne pas dépendre d’un seul. C’est le sens contemporain du non-alignement : une puissance souveraine, africaine, méditerranéenne et connectée, qui ne cherche pas à dominer son voisinage, mais à empêcher que d’autres le dominent.