Violences en France

Sous pression, le pouvoir tente de reprendre la main

Fragilisé, le gouvernement français tente de répondre à la colère et aux craintes soulevées par sa gestion des manifestations contre le coût de la vie qui ont d...

Sous pression, le pouvoir tente de reprendre la main
A six mois de la présidentielle, l’exécutif a promis de répondre avec fermeté aux scènes de chaos de samedi dans plusieurs villes de France et va multiplier les réunions et déplacements de crise lundi. Ce dossier s’ajoute à la mobilisation des lycéens qui réclament depuis un mois de meilleures conditions d’étude et à la difficulté à adopter un budget sur fond d’envolée du coût de la dette. De quoi assombrir encore la fin du deuxième mandat du président Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat, qui bat des records d’impopularité après bientôt 10 ans au pouvoir, s’est adressé aux Français dans une allocution solennelle dimanche soir, n’annonçant aucune mesure concrète mais disant ressentir «de la colère, de la honte». «Ceux qui ont cherché à faire tomber la République auront à en répondre», a affirmé Emmanuel Macron, après cette journée qui s’est soldée par près de 2.400 interpellations. Près de 1.000 membres de forces de l’ordre ont par ailleurs été blessés, selon les autorités. Des incidents ont de nouveau éclaté dimanche : heurts et pillages à Paris, où de nouveaux magasins ont été pillés, des tentatives d’intrusion à Lyon, Marseille et près de Nantes. «Pourrissement» Habituée des grandes mobilisations, la France a déjà connu des épisodes de violences avec les «gilets jaunes» en 2018-2019 ou les manifestations contre la réforme des retraites en 2023. Mais la journée de samedi a été largement considérée comme un point de bascule. Mairies attaquées, magasins saccagés, rues jonchées de débris... Ces violences, dans le sillage d’une mobilisation nationale de centaines de milliers de Français pour le pouvoir d’achat, ont provoqué la sidération. En tête des sondages pour la présidentielle, la principale figure du Rassemblement national (extrême droite) Marine Le Pen a dénoncé «une crise profonde de confiance, d’autorité, qui fait peser une menace sur la démocratie». Le chef de file de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, en deuxième position dans certaines enquêtes d’opinion, a accusé le chef de l’Etat de jouer le «pourrissement». La crise française n’est pas passée inaperçue à l’étranger : le président américain Donald Trump a écrit que «la France brûle», estimant que le pays était «brisé» par l’immigration. Face au choc, le Premier ministre Sébastien Lecornu devait tenir lundi une cellule interministérielle de crise qui portera sur trois volets, «économie-commerce», «assurance» et «suivi judiciaire», selon ses services. Il a par ailleurs été chargé par Emmanuel Macron de réunir prochainement partis, syndicats, collectivités et parlementaires. «Scène d’horreur» Une autre réunion était prévue lundi au ministère de l’Economie et des Finances pour faire le point sur l’ampleur des dégâts matériels, alors que quelque 1.500 commerces ont été pris pour cible samedi selon leur fédération. «On voyait les magasins se faire piller, les forces de l’ordre impuissantes, enfin c’était une scène d’horreur en fait pour nous en tant que commerçant, c’est absolument affreux», a déploré Estelle Piron, gérante d’une bijouterie pillée à Bordeaux (sud-ouest), interrogée par l’AFP. «Ceux qui ont détruit doivent payer, ceux qui ont pillé doivent rembourser (...) Nous serons intraitables», a certifié Emmanuel Macron lors de son allocution. Le président, qui a maintenu un déplacement dans le Golfe à partir de lundi, a aussi promis «la transparence» quant à la stratégie controversée de maintien de l’ordre employée samedi. Il demande «au ministre de l’Intérieur» Laurent Nuñez, dont plusieurs dirigeants d’opposition exigent la démission, de «tirer toutes les leçons» des événements, disant attendre «des réponses claires». Samedi, de nombreux manifestants ont rapporté avoir été «nassés» et aspergés de gaz lacrymogène par les forces de l’ordre et certains d’entre eux ont été grièvement blessés. Et ce alors que la gauche dénonçait déjà un recours excessif à la force face à la mobilisation des lycéens depuis un mois.