Maroc

Quand le pouvoir suprême reste un héritage de famille

À l’approche des élections législatives au Maroc, 27 partis sont officiellement engagés dans la compétition. Les candidats s’activent pour obtenir des suffrages...

Quand le pouvoir suprême reste un héritage de famille
Cependant, cette effervescence électorale cache une réalité plus ancienne: au Maroc, le pouvoir politique est toujours centralisé autour du roi. Le Parlement existe, les partis politiques sont présents, et les élections ont lieu, mais le système ne permet pas une véritable alternance au sein du pouvoir. Il repose sur la domination de la monarchie. Ce phénomène illustre le paradoxe d’un régime qui prétend suivre les principes de la démocratie représentative tout en maintenant une structure profondément monarchique, où le roi joue un rôle central dans les décisions majeures concernant le pays. Le Maroc a rafraîchi l’apparence de son système politique tout en maintenant la position prééminente du roi. Les élections peuvent modifier la composition des députés, changer la majorité en place et même entraîner la chute d’un parti majeur, comme cela a été le cas en 2021 avec le Parti de la justice et du développement, qui est passé de 125 à 13 sièges. Cependant, ces changements n’altèrent pas l’équilibre du régime. Le Palais reste au-dessus des dynamiques partisanes habituelles. Freedom House souligne que le roi détient toujours un pouvoir significatif sur les orientations politiques majeures et les secteurs stratégiques de l’État. Les citoyens marocains votent, mais leur vote ne détermine pas le titulaire du pouvoir ultime. Ils élisent des représentants dont les capacités d’action sont limitées par une monarchie qui conserve des pouvoirs considérables. C’est cette dualité qui nous pousse à qualifier la situation de démocratie sous une tutelle monarchique, plutôt que de considérer un système où l’autorité émanerait entièrement du vote citoyen. Le mot « façade » peut paraître sévère, mais il soulève une question significative: quelle est la valeur d’une alternance au sein du Parlement lorsque les grandes orientations du pays sont principalement définies par la monarchie? Dans un tel cadre, le Parlement a la possibilité de débattre, de modifier, de voter et même de renverser un gouvernement. Cependant, il ne peut pas réellement s’imposer comme le véritable centre de pouvoir tant que les décisions stratégiques majeures restent sous le contrôle de la royauté. Cette centralisation de l’autorité évoque une vision traditionnelle de la monarchie, où le souverain dépasse le rôle d’arbitre entre les différents partis. Il représente l’État, la continuité du système et une autorité religieuse spécifique. L’appellation « Amir Al Mouminine » confère à cette autorité une portée qui va bien au-delà des simples enjeux électoraux. Le roi ne se limite donc pas à être un président hérité. Il détient une position unique au sein des structures institutionnelles, religieuses et politiques du Maroc. C’est justement cette nature héréditaire qui soulève la question la plus fondamentale. Dans une démocratie représentative, la plus haute fonction politique découle du choix des citoyens et peut être retirée. En revanche, dans une monarchie héréditaire, elle se transmet par la lignée dynastique. Le peuple a la possibilité d’élire ses représentants, de modifier ses gouvernements et de sanctionner les partis, mais il n’a pas la capacité de choisir celui qui est à la tête de l’État. Le pouvoir suprême ne provient pas des élections, mais se transmet de manière héréditaire. Cela se fait de génération en génération. Le citoyen est invité à s’engager dans le processus électoral d’un système dont la fonction ultime lui échappe par nature. C’est ici que se heurte la rhétorique démocratique à la réalité monarchique. Il est possible de multiplier les partis, de mener des campagnes électorales, de renouveler le Parlement et de proclamer à chaque élection un nouvel avancement démocratique. Tant que la structure fondamentale reste intacte, les changements demeurent limités. Les individus peuvent changer, mais le rapport de force persiste. L’événement de 2021 en est un parfait exemple. Le Parti de la justice et du développement, qui avait une majorité dans la Chambre des représentants avec 125 sièges, n’en a conservé que 13. Une nouvelle majorité a émergé, regroupant le RNI, l’Istiqlal et le PAM. Néanmoins, cette rupture électorale n’a pas conduit à une diminution de l’influence du Palais. Elle a surtout révélé qu’il était possible de transformer en profondeur la composition parlementaire sans altérer la nature du système en place. Il est essentiel d’aborder les élections marocaines avec discernement. Celles-ci revêtent une importance significative tant pour les partis politiques que pour la représentation au sein du Parlement. Cependant, il ne faut pas les interpréter comme un transfert de la souveraineté vers le peuple. Le Maroc demeure une monarchie, dans laquelle le roi détient un pouvoir exceptionnel sur les plans politique, institutionnel et religieux. Les élections permettent d’organiser la compétition au sein de ce cadre, sans toutefois remettre en question l’existence même de ce dernier. Cela met en lumière l’aspect le plus archaïque de ce système: au XXIe siècle, la tête de l’État reste liée à une logique dynastique. Les citoyens ont la possibilité de choisir les membres du Parlement, de changer de parti ou de sanctionner un gouvernement. Néanmoins, ils n’ont pas la possibilité de sélectionner celui qui règne. La monarchie est présentée comme un ordre politique préétabli, hérité et placé au-dessus des processus électoraux. Au-delà des discours sur la modernité des institutions, la situation actuelle est claire: le Maroc peut certes réformer son Parlement, créer de nouveaux partis et modifier ses structures institutionnelles, mais tant que le pouvoir royal demeure le véritable arbitre des décisions, le vote ne peut être assimilé à une véritable expression de la volonté populaire. C’est dans ce contexte que l’entité sioniste s’établit au Maroc, en dépit de l’opposition significative d’une partie de la population marocaine face à cette normalisation. Les citoyens exercent leur droit de vote, mais lorsqu’il s’agit des orientations du pays, leur voix reste contrainte par les limites imposées par le Palais. Les élections peuvent changer les visages des représentants, mais elles ne remettent pas en question l’autorité du souverain.