Baisse des prix du poulet

Les éleveurs laissent des plumes

La filière avicole traverse une nouvelle zone de turbulences.

Les éleveurs laissent des plumes
Malgré l’autosuffisance atteinte en viande blanche et en œufs de consommation, la chute brutale des prix a plongé de nombreux producteurs dans une grave crise financière. Certains éleveurs ont déjà cessé leur activité en raison de pertes devenues insoutenables. Face à cette conjoncture, la Fédération nationale des éleveurs de volailles affirme suivre de près l’évolution du marché. Elle indique poursuivre ses démarches auprès des pouvoirs publics afin de faire remonter les préoccupations des professionnels et de proposer des solutions concrètes pour rétablir l’équilibre de la filière. La Fédération se veut néanmoins rassurante. Selon elle, la situation devrait progressivement s’améliorer, rappelant que la filière a déjà connu, par le passé, des cycles similaires de baisse suivis d’une reprise. Elle annonce, par ailleurs, la tenue prochaine d’une réunion avec le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche afin d’examiner les difficultés du secteur, de présenter les revendications des éleveurs et d’étudier les mesures susceptibles de sortir la filière de cette impasse. Dans une déclaration au ‘Le Quotidien d’Oran’, le président de la Fédération nationale des aviculteurs, Ali Benchaïba, attribue cette crise à une surproduction de viande blanche, d’œufs de consommation et de poussins. Une offre largement supérieure à la demande a provoqué un effondrement des prix, désormais inférieurs aux coûts de production. Il précise que la plaque de 30 œufs est actuellement cédée entre 320 et 330 dinars au niveau des producteurs, tandis que le poulet est tombé à 220 dinars le kilogramme. Quant au poussin de chair, son prix a chuté jusqu’à 30 dinars l’unité. « Ces prix ne couvrent même plus les coûts de production», déplore-t-il, soulignant que de nombreux petits éleveurs ont enregistré des pertes considérables, poussant certains à abandonner définitivement leur activité. Selon lui, la Fédération a officiellement saisi le ministère de l’Agriculture afin d’exposer l’ampleur de la crise et de proposer des solutions permettant de préserver cette activité stratégique. Parmi les principales propositions figure une régulation de la filière en amont. La Fédération préconise d’adapter les importations de poussins aux besoins réels du marché afin d’éviter les excédents de production. L’objectif est d’assurer un meilleur équilibre entre l’offre et la demande tout au long de l’année et de stabiliser les prix. « Nous plaidons pour des prix stables. Les fortes fluctuations, avec des hausses pouvant atteindre 500 dinars le kilogramme puis des chutes à 200 dinars, pénalisent aussi bien les producteurs que les consommateurs », explique Ali Benchaïba. La Fédération insiste également sur la nécessité d’une régulation en aval à travers le stockage des excédents de production. Elle regrette toutefois la réticence des opérateurs privés à investir dans les chambres froides, notamment en raison des craintes liées à l’application de la loi contre la spéculation. Elle rappelle avoir demandé la réactivation du système « Syrpalac », sans succès jusqu’à présent. Le président de la Fédération souligne également que le secteur public ne représente qu’environ 15 % des capacités du marché et estime que l’absence d’une prime de stockage constitue un autre frein au développement de cette activité. Les pouvoirs publics avaient indiqué que cette aide nécessitait son inscription dans la loi de finances. Exporter les excédents et développer la transformation pour stabiliser la filière Par ailleurs, Ali Benchaïba souligne que l’Algérie a désormais atteint l’autosuffisance en viande blanche et en œufs de consommation, ouvrant ainsi des perspectives prometteuses à l’exportation. Selon lui, plusieurs opérateurs ont déjà reçu des commandes provenant notamment de la Turquie, de la Libye et de plusieurs pays du Moyen-Orient. Il rappelle toutefois que l’autorisation accordant un quota de 10 % de la production destiné à l’exportation a été suspendue. La Fédération espère la reprise rapide de cette mesure afin de permettre l’exportation des œufs de consommation, d’autant que la demande étrangère est bien réelle. Enfin, le président de la Fédération appelle à développer l’industrie de transformation afin de mieux valoriser les excédents de production. Il cite notamment la fabrication de mayonnaise, d’œufs liquides destinés à l’industrie agroalimentaire ou encore de poudre d’œufs utilisée dans la pâtisserie et d’autres industries. À titre d’exemple, il évoque la Chine, premier producteur mondial d’œufs, qui mise fortement sur leur transformation pour développer ses exportations à forte valeur ajoutée. Une orientation qui pourrait, selon lui, offrir de nouvelles perspectives à la filière avicole algérienne tout en réduisant les déséquilibres du marché.