Le «TEYHOUDITE»...
Voici donc le nouvel « historique » que Rabat s’empresse de mettre en vitrine : une femme à la tête du gouvernement. La première est certes inédite. Pour le res...

En 2013, une certaine Fatima Zahra El Mansouri- était parmi les parlementaires qui avaient cosigné un projet de loi visant à criminaliser la normalisation avec l’entité sioniste. Aujourd’hui, elle préside le gouvernement d’un royaume qui a normalisé ses relations avec cette même entité. Hier, il fallait criminaliser la normalisation ; aujourd’hui, il faut la gouverner. Le véritable tour de force n’est peut-être pas de mettre une femme à la tête du gouvernement, mais d’avoir réussi à faire d’un ancien principe un simple accessoire de communication sans même avoir eu besoin de changer de décor. Hier encore, la normalisation était dénoncée à grands cris, aujourd’hui elle est assumée ; hier, le rapprochement avec les sionistes pouvait encore être combattu au sein du Parlement, aujourd’hui il accompagne l’accession aux plus hautes responsabilités. Alors que le Makhzen célèbre la première femme à la tête du gouvernement de son histoire, l’entité sioniste applaudit sa désignation et appelle déjà à resserrer les liens entre les deux pays. Ce n’est donc pas la présence d’une femme aux affaires qui pose question. C’est la route parcourue entre ces deux positions. C’est cette incroyable mutation politique qui appelle à être interrogée : comment une élue associée à une démarche contre la normalisation se retrouve-telle à la tête de l’exécutif d’un Maroc qui fait de cette même normalisation l’axe fondateur de sa politique extérieure ? Il s’agit, sans doute, d’une nomination historique, mais peut-être pas tout à fait pour les raisons que Rabat veut applaudir. Elle l’est surtout dans la tristesse de la coïncidence chronologique. En 2013, El Mansouri était de ceux qui, parmi les 48 élus du PAM, avaient signé la proposition de loi tendant à criminaliser la normalisation avec les sionistes. Aujourd’hui, c’est ce même parti, vainqueur des législatives, qui est appelé à conduire un gouvernement au moment où Rabat préconise un nouvel élan à sa coopération avec Tel-Aviv. La contradiction est d’autant plus mordante que cette politique officielle se heurte à une opinion marocaine très largement hostile à la reconnaissance de l’État israélien : selon [1] l’Arab Opinion Index 2025, 89 % des Marocains interrogés s’y opposent. Hier, le pouvoir poussait le gouvernement islamiste du PJD à se prononcer pour la normalisation impliquée, officialisée en 2020. Aujourd’hui, le Makhzen remet aux mains de ceux qui hier combattaient la normalisation avec l’entité sioniste, les commandes. Comme si, face à un peuple dont une très large majorité semble rejeter la reconnaissance d’Israël, le pouvoir avait trouvé la parade : ne plus demander à ceux qui contestent la normalisation de la cautionner, mais de la gérer et de l’amplifier. Hier, on leur faisait voter contre la normalisation ; aujourd’hui, on les installe aux manettes pour en accentuer les effets. Il y a là un cynisme remarquable : reprendre l’argumentation du contre-pied d’hier pour conforter la capitulation d’aujourd’hui. Rendre responsables de la normalisation, celle qui a été dénoncée hier, les mêmes qui prétendaient la combattre : tel est le véritable tour de force. Hier, ils dénonçaient un scandale ; ils sont aujourd’hui promus à la gestion de sa diffusion. Le Makhzen ne leur demande même plus de renier leur discours ancien, il leur demande de le recycler. Aucun cynisme plus grand que d’en faire la vitrine docile de la politique qu’ils croyaient pouvoir combattre. La normalisation n’a pas seulement changé de statut : elle s’est trouvé elle-même ses curateurs d’hier pour en assurer la caution : c’est ce que nous appelons chez nous ‘TEYHOUDITE’. [1]: https://www.dohainstitute.org/en/Lists/ACRPS-PDFDocumentLibrary/arab-index-2025-in-brief-en.pdf »Arab Opinion Index 2024-25"