les Trusts et wall Street

Iran : comment la guerre enrichit Trump

La guerre contre l’Iran possède une dimension énergétique fondamentale. Les États-Unis ne sont plus seulement la première puissance militaire mondiale ; ils fig...

Iran : comment la guerre enrichit Trump
Dans ces conditions, les tensions au Moyen-Orient ne produisent pas les mêmes effets pour tous les acteurs de l’économie mondiale. Là où elles fragilisent les pays dépendants des importations énergétiques du Golfe, elles renforcent simultanément la position des producteurs et exportateurs américains. Le jackpot énergétique de la guerre Depuis le déclenchement du conflit, le prix du Brent est passé d’environ 72 dollars le baril à plus de 110 dollars, avec des pointes comprises entre 120 et 130 dollars. Cette hausse de 40 à 45 % intervient alors que la production américaine atteint des niveaux records proches de 13,5 millions de barils par jour. Selon les estimations sectorielles disponibles, une hausse moyenne de plus de 25 dollars par baril représente, pour les trois premiers mois de guerre, environ 337 millions de dollars de revenus supplémentaires par jour pour les grands groupes pétroliers américains. Au total, le secteur pétrolier aurait ainsi engrangé entre 30 et 40 milliards de dollars de revenus additionnels, avec des profits supplémentaires estimés entre 12 et 25 milliards de dollars. Les principaux bénéficiaires sont connus : ExxonMobil, Chevron, ConocoPhillips, Occidental Petroleum, EOG Resources, ainsi que l’ensemble des producteurs de pétrole et de gaz de schiste du Texas et du Nouveau-Mexique. ExxonMobil aurait ainsi bénéficié de près de 28,8 milliards de dollars de revenus supplémentaires, pour 4 à 7 milliards de profits additionnels. Chevron aurait engrangé environ 12,3 milliards de revenus supplémentaires, pour 2 à 4 milliards de profits. ConocoPhillips aurait obtenu près de 8 milliards de revenus supplémentaires, pour 1,5 à 3 milliards de profits. Occidental Petroleum aurait profité d’environ 4 milliards de revenus additionnels, pour 0,8 à 1,5 milliard de profits. EOG Resources aurait, pour sa part, bénéficié d’environ 6 milliards de revenus supplémentaires, pour 1 à 2 milliards de profits. Le même phénomène s’observe sur le marché du gaz naturel liquéfié. En retirant brutalement du marché mondial une part importante du GNL du Golfe, notamment qatari, la guerre a provoqué une envolée des prix du gaz sur les marchés internationaux. En Europe, le prix de référence du gaz naturel est passé d’environ 30 euros/MWh à près de 60 euros/MWh, avant de se stabiliser autour de 47 à 58 euros/MWh, soit une hausse durable de 57 à 60 %. Sur le marché américain, le prix Henry Hub aurait également progressé de 20 à 30 %. Cette situation favorise directement les exportateurs américains de GNL, comme Cheniere Energy, Venture Global LNG ou Sempra Infrastructure, ainsi que les producteurs de gaz du bassin permien. Pour le secteur du GNL américain, les revenus additionnels sont estimés entre 8 et 15 milliards de dollars, avec 3 à 7 milliards de profits supplémentaires. Le transport maritime américain aurait lui aussi bénéficié de la situation, avec 1 à 3 milliards de dollars de revenus supplémentaires et 0,5 à 1,5 milliard de profits. Cheniere Energy aurait engrangé environ 4 milliards de dollars de revenus additionnels, pour 1 à 2 milliards de profits ; Venture Global LNG, dont les données complètes ne sont pas publiées, aurait dégagé entre 0,5 et 1,5 milliard de profits supplémentaires. Quand la Maison-Blanche épouse les affaires La pétrochimie américaine profite également de cette guerre. Les producteurs américains de plastiques, d’éthylène, de propylène et de dérivés chimiques disposent d’un avantage décisif : leurs matières premières proviennent largement du gaz naturel américain, moins directement exposé que les approvisionnements du Golfe. Malgré les effets contradictoires de la concurrence mondiale et les tensions sur certaines chaînes d’approvisionnement, les revenus du secteur pétrochimique américain auraient augmenté de 4 à 8 milliards de dollars, pour 1 à 3 milliards de profits supplémentaires. Les groupes Dow, LyondellBasell et Westlake Corp. figurent parmi les principaux bénéficiaires. Dow aurait dégagé entre 0,3 et 0,8 milliard de profits additionnels ; LyondellBasell entre 0,2 et 0,6 milliard ; Westlake Corp. entre 0,1 et 0,4 milliard. La guerre du Golfe persique a également provoqué une hausse d’environ 16 % du prix mondial de l’aluminium, soit une progression de 650 à 730 dollars la tonne. Cette augmentation aurait procuré au secteur américain de l’aluminium entre 0,8 et 1,5 milliard de dollars de revenus supplémentaires, pour 0,2 à 0,7 milliard de profits, principalement au bénéfice d’Alcoa. Les engrais azotés, les gaz industriels et les produits chimiques constituent un autre champ d’enrichissement. Les perturbations provoquées par la guerre ont affecté la production d’ammoniac, d’urée, de soufre, d’hélium et de nombreux produits intermédiaires, alors que les pays du Golfe occupent une place importante dans ces filières. Le prix de l’urée aurait augmenté de 30 à 47 %. Les secteurs des engrais et des produits chimiques auraient ainsi enregistré entre 2 et 5 milliards de dollars de revenus additionnels, pour 1 à 2 milliards de profits supplémentaires. CF Industries aurait bénéficié de 0,5 à 1,2 milliard de profits additionnels ; Mosaic Company de 0,2 à 0,6 milliard. Au total, si l’on additionne le pétrole, le gaz, le GNL, la pétrochimie, l’aluminium, les engrais et les produits chimiques, cette guerre aurait déjà rapporté au secteur énergétique et industriel américain entre 45 et 75 milliards de dollars de revenus supplémentaires, pour 17 à 38 milliards de dollars de profits additionnels, dont 70 à 80 % proviendraient du pétrole brut et du GNL. Ces montants donnent la mesure des intérêts économiques colossaux générés par cet énième conflit provoqué par les États-Unis. La guerre n’apparaît plus seulement comme un affrontement géopolitique ou militaire : elle devient également une gigantesque opération de transfert de richesses vers les trusts américains de l’énergie, de l’armement, de la pétrochimie, des engrais et de la finance. Les nouveaux profiteurs du conflit iranien Aux États-Unis, les principaux bénéficiaires économiques d’une guerre ne se recrutent pas uniquement parmi les industriels de l’armement, les compagnies pétrolières ou les grandes banques de Wall Street. Une partie des gains peut également remonter vers les cercles politiques qui gravitent autour du pouvoir. Donald Trump, sa famille, Jared Kushner et plusieurs de leurs partenaires financiers ont développé au cours des dernières années d’importants intérêts économiques au Moyen-Orient. Immobilier de luxe, fonds d’investissement, plateformes financières, cryptomonnaies et partenariats avec les monarchies du Golfe constituent désormais autant de vecteurs d’enrichissement directement liés à une région devenue l’un des principaux théâtres de la politique extérieure américaine. Le gendre de Trump, Jared Kushner, a levé plusieurs milliards de dollars auprès des fonds souverains saoudiens, qataris et émiratis pour financer son fonds d’investissement Affinity Partners. Dans le même temps, plusieurs entreprises et structures liées à l’entourage du président Trump ont développé leurs activités dans les secteurs de l’immobilier, de la finance et des actifs numériques grâce à des partenariats conclus avec des investisseurs de la région. Cette situation a conduit des parlementaires américains et plusieurs organisations de surveillance de la vie publique à dénoncer des conflits d’intérêts entre activités privées, intérêts familiaux et responsabilités politiques au Moyen-Orient.Dans un tel système, la séparation entre intérêt national et intérêt privé devient de plus en plus difficile à établir. Lorsque les mêmes cercles fréquentent simultanément la Maison-Blanche, les marchés financiers et les grandes entreprises, la guerre ne constitue plus seulement un instrument de politique étrangère : elle devient également un puissant levier d’enrichissement privé. Ainsi,au États-Unis, la frontière entre intérêt national, stratégie géopolitique et intérêts privés apparaît de plus en plus poreuse. La guerre ne profite pas seulement aux grands groupes de l’armement et de l’énergie ; elle contribue également à renforcer l’influence, le patrimoine et le pouvoir économique des réseaux financiers, immobiliers et politiques gravitant autour du sommet de l’État américain. À mesure que les tensions s’aggravent, les bénéfices ne se concentrent pas uniquement dans les conseils d’administration des grands trusts : ilsremontent également jusqu’aux cercles dirigeants qui orientent ou accompagnent les décisions stratégiques de la première puissance mondiale. Et l’escalade pourrait encore élargir cette manne. Si le détroit de Bab el-Mandeb venait à être fermé en même temps que le détroit d’Ormuz, près de 25 % des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel seraient affectés, ainsi que jusqu’à 30 % du trafic mondial par conteneurs. Les navires devraient contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance, allongeant les trajets maritimes de 10 à 24 jours. Le prix du Brent pourrait alors atteindre 120 à 150 dollars le baril, les primes d’assurance maritime exploseraient, les coûts de transport augmenteraient brutalement, et les exportateurs américains d’hydrocarbures verraient encore croître leurs marges et leurs parts de marché en Europe et en Asie. Wall Street prospère sur les tensions du Golfe Si ces perspectives se concrétisaient, les profits déjà considérables enregistrés depuis le début du conflit prendraient une ampleur historique. En effet, la guerre contre l’Iran pourrait constituer l’un des conflits les plus rentables de l’histoire récente pour certaines fractions du capital américain. Rarement une guerre aura simultanément favorisé avec une telle ampleur les trusts de l’armement et de l’énergie, Wall Street, les exportateurs américains d’hydrocarbures, les grands acteurs de la finance des matières premières, mais aussi certains intérêts privés liés à Donald Trump, à sa famille et à leurs partenaires économiques du Moyen-Orient. Lorsque des dizaines de milliards de dollars sont en jeu, la paix devient souvent moins rentable que la guerre. On comprend alors pourquoi certaines élites économiques et politiques américaines considèrent la prolongation du conflit comme un horizon plus profitable que son règlement.À la différence de nombreuses guerres précédentes, les bénéfices économiques ne se concentrent pas dans un secteur particulier mais irriguent l’ensemble du complexe militaro-énergétique américain, depuis les trusts de l’armement et de l’énergie jusqu’aux réseaux financiers et familiaux gravitant autour du pouvoir présidentiel. Pour les grands groupes de l’énergie, de l’armement et de la finance, cette guerre apparaît déjà comme l’une des opérations les plus lucratives du XXII” siècle. Jamais depuis la guerre d’Irak un conflit n’avait offert une combinaison aussi favorable de profits militaires, énergétiques, financiers et géopolitiques. La hausse du prix des hydrocarbures, l’augmentation des exportations américaines de pétrole et de gaz, l’explosion des commandes d’armement, le renchérissement des matières premières stratégiques et l’affaiblissement de certains concurrents régionaux convergent pour produire un effet cumulatif exceptionnel. Cette guerre illustre ainsi une tendance fondamentale du capitalisme américain contemporain : la fusion croissante entre complexe militaro-industriel, capital énergétique, puissance impériale et intérêts privés liés au cercle familial de Donald Trump. La guerre n’apparaît plus seulement comme un instrument de domination géopolitique ; elle devient un puissant mécanisme d’accumulation du capital. Chaque escalade militaire, chaque tension énergétique, chaque perturbation des flux commerciaux ouvre de nouvelles opportunités de profits pour les grandes entreprises étroitement liées à l’appareil d’État américain. La socialisation des pertes, la privatisation des gains Dans ces conditions, ce que les médias présentent comme une crise internationale ou un risque géopolitique majeur constitue également, pour certaines fractions du capital américain, une formidable opportunité économique. La socialisation des pertes et la privatisation des gains : telle est la véritable économie politique de la guerre. Les coûts sont supportés par les populations, y compris américaines, sous forme d’inflation, de pénuries, d’endettement et d’appauvrissement, tandis que les profits se concentrent entre les mains des actionnaires des trusts militaro-énergétiques, de Wall Street et des cercles politico-financiers liés à Donald Trump et à son entourage. Ces chiffres mettent en lumière ce que la propagande officielle américaine s’efforce de dissimuler : cette guerre ne sert pas les « peuples » ni la « démocratie », elle sert les intérêts du capital. Chaque missile tiré, chaque cargaison de pétrole perturbée, chaque méthanier détourné, chaque flambée du prix de l’énergie, de l’urée, de l’aluminium ou des produits pétrochimiques se traduit par des milliards de dollars supplémentaires pour les trusts de l’armement, des hydrocarbures, de la pétrochimie, des engrais, du transport maritime et de la finance. Derrière les discours sur la sécurité, la stabilité régionale ou la défense de la démocratie se cache une réalité beaucoup plus prosaïque : la guerre fonctionne comme une formidable machine à enrichir les capitalistes et leurs actionnaires américains. Loin d’apparaître comme un simple affrontement géopolitique, la guerre contre l’Iran s’inscrit pleinement dans la logique du capitalisme américain militarisé. Elle permet simultanément de soutenir les dépenses militaires, d’accroître les exportations américaines d’hydrocarbures, de maintenir des prix énergétiques élevés, de réduire certains concurrents régionaux, de discipliner les économies dépendantes du Golfe et de renforcer la puissance économique des groupes liés au complexe militaro-industriel et énergétique américain. Dans ce système, la guerre n’est plus seulement un instrument de domination internationale : elle devient un mécanisme de valorisation du capital, un accélérateur de profits et un rouage essentiel de la reproduction impérialiste américaine.