Commerce
Entre marges et dérives
Pas besoin de s’engager dans des dissertations économiques pour comprendre ce qu’est le pouvoir d’achat.

On en a la mesure en suivant un citoyen au marché, à l’heure où il jette un œil sur le prix de la viande ou des fruits et légumes. C’est là qu’il se définit : dans l’art de bien garnir son panier sans pour autant y laisser son porte-monnaie. On doit quand même faire une part de vérité. L’État veille à réguler et soutenir les produits de grande consommation, on en voit les effets avec la stabilité de l’offre et des tarifs de ces produits. Un encadrement de ce type donne ses résultats. L’histoire est tout autre pour les viandes et les produits agricoles. Ici, c’est la loi du marché qui prime, l’offre et la demande dictant leur cours, le tout compliqué par l’opacité des marges et l’abondance des intermédiaires. L’éleveur qui impose un prix fort : le boucher s’en tient là, s’ajoute ses propres charges et sa part et c’est au consommateur de régler l’addition. Chacun fait ce qu’il peut pour ses intérêts, mais c’est invariablement le dernier de la chaîne qui en fait les frais. Même logique pour les fruits et légumes. De la terre à l’étal du détaillant, ils ont pu passer par de nombreuses mains avant d’être achetés, chaque intermédiaire s’octroyant sa commission. Quand ces marges s’empilent sans que l’on n’y trouve une valeur ajoutée à la hauteur, le circuit ne fait que générer des surcoûts. Aussi, force est de constater que l’insuffisante transparence de cette réalité se lit dans l’écart entre le prix de production et celui du détail, ou encore dans des marges qui deviennent parfois disproportionnées. Loin de vouloir imposer de force des tarifs qui se retourneraient contre les producteurs, l’idée est d’apporter un meilleur cadre aux circuits de distribution : les resserrer si l’occasion s’en présente, y instaurer plus de transparence et s’opposer à ce qui n’est pas conforme à l’esprit concurrentiel. Il en va de même pour le consommateur. Dans ces conditions, il se voit contraint de limiter ses emplettes, de se priver de viande ou de ne retenir dans son panier que les fruits et légumes qui s’accordent avec sa bourse, non avec ses besoins. S’il n’a aucune prise sur les marges successives ou sur la façon dont les uns et les autres négocient, c’est bien lui qui en subit l’impact. Pour y remédier, une régulation stricte s’impose, de même qu’un contrôle des marges excessives et un rapprochement entre le producteur et le détaillant. Le but est simple : assurer un revenu équitable au premier, une marge honnête au second et un prix abordable en conséquence au consommateur. Le pouvoir d’achat ne se résume pas à un salaire, il s’exerce aussi du champ de culture des légumes à l’étal. Autant dire que tant qu’on laissera les circuits insuffisamment régulés et les marges sur ces produits dans l’ombre, le client sera toujours celui qui règle l’addition d’un engrenage dont il ignore les règles comme les abus.