Flambée des prix du poulet

Entre déstockage et nécessité d’une régulation durable

Lopération de déstockage du poulet congelé a été lancée, hier, à léchelle nationale au prix de 350 DA le kilogramme, en prévision de la célébration du Mawlid En...

Entre déstockage et nécessité d’une régulation durable
Le groupe a précisé que des points de vente relevant de l’Office national des aliments de bétail (ONAB) seront ouverts dans les pôles Est, Centre et Ouest, ainsi que de la Société algérienne de régulation des produits agricoles (SARPA) dans différentes régions du pays. Cette opération vise à permettre aux citoyens dacquérir du poulet congelé à des « prix compétitifs et réduits », tout en contribuant à renforcer loffre disponible sur le marché. Selon AGROLOG, cette initiative sinscrit dans le cadre des efforts des entreprises publiques relevant du groupe pour assurer la disponibilité du produit, participer à la régulation du marché et limiter la hausse des prix, notamment durant les périodes caractérisées par une forte demande sur les viandes blanches. Ce déstockage a été décidé au bon moment en raison de la hausse des prix des viandes blanches qui continue de susciter des réactions. En effet, le kilogramme de poulet a dépassé les 500 DA dans certains marchés. Face à cette situation qui pèse sur le pouvoir dachat des consommateurs, certains ont même appelé, a travers les réseaux sociaux, au boycott du produit pendant dix jours,. De son côté, lOrganisation algérienne de défense du consommateur Himaytek a plaidé pour des mesures anticipatives et une meilleure régulation du marché. Lorganisation a ainsi appelé à anticiper les déséquilibres. Pour cette dernière, la flambée actuelle sexplique par plusieurs facteurs qui se conjuguent et fragilisent léquilibre de la filière avicole. Lorganisation évoque notamment le recul de la production et de loffre après des périodes durant lesquelles les éleveurs ont subi de fortes baisses des prix et dimportantes pertes, poussant certains dentre eux à réduire, voire à abandonner leur activité. À cela sajoutent les fluctuations des coûts de production, notamment ceux des aliments de bétail, des poussins, des médicaments et du transport. La multiplication des intermédiaires entre le producteur et le consommateur peut également, selon Himaytek, accentuer lécart entre le prix de sortie de la ferme et celui payé par le consommateur. Lorganisation estime que le marché reste marqué par un déséquilibre récurrent (baisse des prix, pertes des éleveurs, réduction de la production, recul de loffre, puis flambée des prix). Tout en considérant le déstockage du poulet congelé comme une mesure positive permettant de renforcer loffre, Himaytek estime que ce type dintervention gagnerait à inscrire dans une véritable politique anticipative. Pour lorganisation, lenjeu est de suivre régulièrement lévolution de la production, de loffre et de la demande afin didentifier les risques de déséquilibre et dagir avant que ceux-ci ne se traduisent par une forte hausse des prix. La Fédération des aviculteurs : « Une hausse conjoncturelle » De son côté, le président de la Fédération nationale des aviculteurs, Ali Benchaieb, a estimé, dans une déclaration faite, hier, au Le Quotidien dOran, que la hausse actuelle des prix est essentiellement conjoncturelle, se montrant optimiste quant à une baisse progressive dans les prochaines semaines. Selon lui, cette situation est principalement liée à la baisse de loffre, notamment en raison de la vague de chaleur qui a lourdement affecté les élevages. Les fortes températures ont entraîné des pertes importantes chez les aviculteurs, avec notamment la mortalité de volailles. À cela sajoutent les élevages et poulaillers touchés par les incendies enregistrés récemment dans plusieurs régions. Le président de la Fédération rappelle également que la forte baisse des prix du poulet enregistrée avant cette période a fragilisé de nombreux éleveurs. Certains ont été contraints dabandonner leur activité après avoir enregistré des pertes importantes, ce qui a mécaniquement réduit les capacités de production. À ces difficultés sajoute le facteur saisonnier. « Nous sommes en haute saison, durant laquelle la demande sur les viandes blanches augmente fortement pendant la période estivale », explique Ali Benchaieb. « Plusieurs aviculteurs ont déjà repris leur activité » Malgré cette situation, le président de la Fédération se veut rassurant. Il affirme que plusieurs aviculteurs ont repris leur activité ces derniers jours et que la majorité dentre eux ont déjà procédé à la mise en place des poussins. « Il sagit dune situation conjoncturelle. Nous verrons progressivement une baisse des prix », a-t-il indiqué, estimant que la reprise de la production devrait contribuer à rééquilibrer progressivement loffre et la demande. La Fédération appelle, dans ce contexte, à accompagner les aviculteurs sinistrés, notamment ceux ayant subi des pertes à la suite des incendies, afin de leur permettre de reprendre leur activité. Cette demande intervient alors que des mesures daccompagnement ont été annoncées par le ministère de lIntérieur et des Collectivités locales. Ali Benchaieb souligne que lactivité avicole est fortement implantée dans les zones rurales et montagneuses, où de nombreux éleveurs dépendent directement de cette activité. Concernant lopération de déstockage annoncée par AGROLOG, le président de la Fédération nationale des aviculteurs la considère comme une bonne mesure pour contribuer à la régulation du marché, mais estime quelle ne peut, à elle seule, répondre durablement aux besoins. Il a plaidé ainsi pour une implication davantage marquée des opérateurs privés dans les opérations de stockage et de déstockage. Selon lui, lONAB ne peut pas, à elle seule, assurer lensemble des besoins du marché en cas de tension sur loffre. La Fédération a également préconisé, la mise en place dune stratégie globale et dune feuille de route pour organiser durablement la filière avicole. Celle-ci devrait notamment prévoir une meilleure organisation du stockage et du déstockage, une implication des opérateurs privés et une identification des éleveurs afin de favoriser leur intégration dans le circuit formel.