Les prisons coloniales et les centres de torture au centre d’un colloque
Des chercheurs reviennent sur les dispositifs de répression dans l’Ouest algérien
Derrière les murs des prisons officielles et dans les lieux de détention clandestins, la répression coloniale a constitué l’un des instruments utilisés par l’ad...

Cette page douloureuse de l’histoire nationale a été remise en lumière la semaine dernière à l’Université d’Oran 1 Ahmed Ben Bella, à l’occasion d’un colloque consacré aux prisons, aux centres de détention et aux pratiques de torture durant la Guerre de libération nationale. Organisée par le laboratoire des manuscrits de la civilisation islamique en Afrique du Nord, en collaboration avec la faculté des sciences islamiques, cette rencontre a réuni des universitaires, des chercheurs en histoire contemporaine et des étudiants autour d’un travail de mémoire et de recherche consacré aux mécanismes de répression mis en place par les autorités coloniales, notamment dans l’Ouest du pays. Les communications ont permis de mettre en évidence l’ampleur du réseau de détention utilisé pour surveiller, interroger et isoler les militants nationalistes ainsi que les personnes soupçonnées de soutenir les combattants de la Révolution. Plusieurs localités de la région oranaise ont été évoquées, notamment Bethioua, Bir El Djir, Arcole, Sidi Chahmi et El Daya. Des lieux de détention réservés aux femmes à El Amria ont également été mentionnés, de même que des centres d’interrogatoire et de séquestration implantés dans certains quartiers d’Oran, particulièrement à Sidi El Houari. Les chercheurs ont également insisté sur la diversité des structures utilisées par l’administration coloniale, entre établissements pénitentiaires officiels relevant de l’appareil judiciaire et centres clandestins échappant à tout contrôle légal. Ces derniers servaient notamment à retenir les personnes arrêtées et à leur faire subir des interrogatoires dans des conditions particulièrement violentes. Une large place a été accordée aux méthodes de torture physique et psychologique employées contre les détenus algériens. Les documents d’archives et les témoignages présentés ont notamment évoqué la torture à l’électricité, les sévices et les exécutions par précipitation dans des puits. Les intervenants ont replacé ces pratiques dans la stratégie de terreur mise en œuvre pour intimider la population, obtenir des renseignements et affaiblir les réseaux de soutien à la lutte armée. Le rôle des avocats et des défenseurs des droits de l’homme, algériens et étrangers, a également été abordé. Leurs démarches pour dénoncer les exactions commises dans les lieux de détention et faire connaître ces violations au-delà des frontières ont constitué un autre axe des travaux. Le parcours du chahid étudiant Zeddour Ibrahim Belkacem, originaire d’Oran, a fait l’objet d’un volet particulier de cette rencontre. Les communications ont retracé les différentes étapes de son engagement nationaliste, depuis sa participation aux manifestations de mai 1945 et son militantisme au sein du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques, jusqu’à son parcours universitaire à la Zitouna, à Tunis, puis au Caire. Ses relations avec les responsables de la Révolution et les représentants de la délégation extérieure ont également été évoquées, avant de revenir sur son arrestation et sa mort sous la torture dans les premiers jours de la Guerre de libération. Les chercheurs ont notamment souligné les tentatives de l’administration coloniale de dissimuler les circonstances de son assassinat et de faire disparaître son corps en le jetant à la mer.