Un terrain à déminer

L’Algérie a, encore une fois, remis sur le tapis le lourd dossier des déchets nucléaires, accusant la France de se dérober à ses responsabilités devant l’implac...

A l’occasion de la célébration du 72ème anniversaire de la Révolution du 1er Novembre, l’Algérie a lancé une deuxième opération de décontamination des anciens sites d’essais nucléaires français dans le Sahara, à In Ekker, dans la région de Tamanrasset. Le ministère de la Défense nationale a clairement et vivement mis en cause la coopération française dans ce dossier sensible. Alger reproche à Paris de ne pas transmettre les registres et les cartes permettant de localiser les sites d’enfouissement des déchets issus des essais nucléaires réalisés entre 1960 et 1966. De nombreux observateurs estiment que la question dépasse la confrontation diplomatique entre les deux États, mais concerne également le droit des populations à connaître les risques auxquels elles ont pu être exposées et à disposer des informations nécessaires à leur protection. Force est de constater que le lourd contentieux mémoriel entre Alger et Paris reste la principale pierre d’achoppement dans les relations algéro-françaises. Décidée par Macron, la déclassification des archives françaises sur la Guerre de libération nationale avance à pas de tortue. Des historiens algériens avaient déjà exprimé leurs appréhensions sur d’éventuels blocages quant à son application, puisque la décision est, pour l’heure, « politique et non administrative ». Différents subterfuges pourraient être trouvés par des administratifs (archivistes) afin d’empêcher un accès total à ces archives, comme la non-classification de certaines archives par manque de personnel ou une sélection préméditée de ces documents, avaient déjà dénoncé des historiens algériens, certains d’entre eux soulignant l’importance «extrême» des documents liés aux essais nucléaires français dans le Sahara algérien, la torture, les exécutions sommaires ou encore celles se rapportant à la bataille d’Alger. Pour l’historien français Benjamin Stora, « les excuses de la France n’absoudront pas ses crimes en Algérie ». Pour Stora, « la reconnaissance des crimes commis durant la période coloniale - y compris par le biais d’un hypothétique discours officiel d’excuses - ne constitue qu’un premier pas largement insuffisant, parce que l’examen lucide et complet du passé colonial est un immense chantier qui n’a pas encore commencé ». La décision de faciliter l’accès aux archives sur la Guerre de libération, jusque-là couvertes du secret-défense, continue d’agiter le landerneau politico-médiatico-intellectuel pour venir compliquer un travail d’apaisement sur la question sensible de la mémoire, déjà en butte à moult obstacles. L’on se souvient de cet avocat français qui avait affirmé sans sourciller que « nul aujourd’hui en France ne s’oppose à la reconnaissance des exactions, mais dans le cadre du principe de la réciprocité ». Une phraséologie spécieuse, amplifiée par les médias hexagonaux. Pousser l’outrecuidance jusqu’à mettre la victime et son bourreau sur un même pied d’égalité, c’est dire et redire que la grave crise qui marque les relations entre les deux pays est loin de connaître son épilogue.