Retouches, chambardements et succession générationnelle

Les générations en continuelle succession adoptent leurs plis, leurs us, leurs règles et leurs modes pour transfigurer les cultures et leurs manières de se teni...

Les générations en continuelle succession adoptent leurs plis, leurs us, leurs règles et leurs modes pour transfigurer les cultures et leurs manières de se tenir. Les anciennes encore de ce monde sont parfois désabusées en voyant la jeunesse d’aujourd’hui s’accoutrer de références vestimentaires et de coiffures burlesques. Tout y passe. Chevelures masculines peintes, queues de chevaux ramassées à l’emporte-pièce sur des têtes d’adolescents mâles, pantalons lézardés sciemment et parfois laissant découvrir les séants au-dessous du dos. Mais celles en âges avancées oublient seulement dans un désarroi affiché qu’elles ont connu des coutumes similaires et qu’elles ont, elles aussi, par leurs tignasses exagérément longues et leurs mini-jupes, provoqué le dérangement et le malaise des aînés qui les ont devancées. Chacune a eu son temps pour suivre les parcours différents d’une modernité que l’on approuve ou que l’on conteste selon la largesse ou l’étroitesse des esprits. Aujourd’hui, plus que les habits et les profils adoptés, c’est l’universalité d’un outil qui pose un grand débat nécessaire. Le téléphone mobile et les réseaux sociaux sont au cœur d’un chambardement phénoménal allant au-delà des retouches culturelles passagères et de la mue continuelle de la civilisation. Non seulement ils façonnent en profondeur les sociétés mondiales, mais ils maçonnent et donnent surtout une nouvelle génétique à l’homme de demain. A l’heure actuelle, le façonnage s’effectue non sans l’étalage d’un virtuel où le faux et l’invraisemblable s’associent pour que s’enrichissent toutes les duperies de l’irréel. L’enfance et l’adolescence étant le premier terreau pour une reconfiguration de l’architecture de l’humain, l’Australie, suivie par d’autres sont les premiers pays à avoir compris l’immense danger de la transformation à venir. Ils ont interdit par tous les moyens l’accès aux réseaux sociaux à la génération enfantine pour la prémunir d’une dégénérescence certaine. Le pari n’est pas gagné d’avance, car il ne s’agit plus de coupes de cheveux ni d’une mode qui passe.